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mardi 29 mai 2012

Journal économique de Jean-Baptiste André - 11


1790-1842

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Épisode 11
Juillet 1791

Juillet 1791
[Page 14]

Prix des denrées : Vin vendu 4£ 8s ; bled 20£-22£ ; froment 24£

1- On a commencé les moissons le mardi 5 de ce mois. On a coupé ce jour-là et les suivants le bled de la grande terre. Il n’était pas excellent ; la partie haute était la meilleure principalement où était le vessat l’année dernière. La partie où avait séjourné l’eau était fort mauvaise. Dans toute la grande terre, il y a eu 14 pignons et un dans les deux lites (1) à côté.

"...les gerbes y étaient excellentes..."

2- Le 15 on a coupé la pamoule du grand champ-voisin et le bled du petit. La pamoule était assez bonne ; il y en a eu cinq chars, et l’on a fait trois petits plongeons (2) dans le petit champ-voisin, mais les gerbes y étaient excellentes et le bled en sera beaucoup plus beau.

3- Le 25 on a coupé le marsin ou froment trémois qui était dans le haut du grand champ-voisin. Il était assez joli, un peu clair, mais les moineaux y ont fait du mal, et en auraient fait bien davantage si on ne l’avait pas fait garder par une petite fille, environ quinze jours avant de le couper. Il y en a eu un char.
Le même jour on a coupé l’avoine et maillé (3) les fèves où il y a presque rien. Il y a eu trois petits chars d’avoine.

4- On a charrié le 26 et le 27 tout le bled qui était en pignons. Le 27 au soir, il y a eu une grêle qui a fait assez de mal dans la partie du Cézot. Elle a beaucoup haché les pommes. C’est ce jour où on a fini de charrier. On a fait qu’une maillée (4) de bled dans la grange. La pamoule est sur le pota [?], l’avoine et le froment aux deux côtés près du sol.

5- On a perçu à Noyers la dixme en nature. J’en ai fait mettre les gerbes à part, sur le sol de l’ancienne grange des dixmes. On a fait six tours de pamoule ou seigle et un tour de vessat avec la charrette.

6- La gelée du 15 juin ayant fait beaucoup de mal dans le domaine des Vergnes, on a fait remise au métayer de la dixme, pour cette année seulement.

7- J’ai acheté par adjudication la maison de la barrière du Toureau (5). J’ai compensé avec la municipalité de Clermont les arrérages que la ville nous devait ainsi qu’à ma grand-mère, en outre trois anciennes années qui n’avaient pas été payées, total : 1202 £ pour aller à 3175 £, prix de l’adjudication. J’ai donné le surplus en assignats.

8- On a pris un valet de plus conjointement avec Joseph. Il est de Gerzat ; le métayer des Vergnes en a rendu témoignage. Il gagne trois louis et se nomme Bonnet Souier [?].

9- On a vendu à un nommé Tapon le surplus du vin qui nous reste moyennant 4£ 4s le pot, en argent. Il a donné cinquante louis, prix que doit monter le vin. Il doit être délivré au mois d’aoust. Nous réservons quatre pièces pour l’usage de la maison. Le vin a été retiré.

10- On a affermé au maitre le chanvre du fossé 20 £. Il doit cueillir à la fois mâle et femelle.

11- On a semé des raves dans la partie basse de la grande terre du côté du mur.

12- Deux poiriers du pré Rougier ont été affermés 16 £.

13- Le 29 on a donné une saison (6) à la vigne et au plantier. La terre était humide.

14- On a affermé les noix moyennant vingt quintaux mesure du poids du Roi, douze pains de noix, une émine de noix à choisir. Les fermiers sont Paul Jalut pour deux lots, Etienne Ebely pour autant, Jean Beneix Langot, François Bayle le Rouge, Jean Dégironde panissasse, Martin Gioux braguette, André Durand, Michel Bourcheix fils à Michel. Ils ne doivent abattre aucun bois mort ni vif ; ils avertiront quand on fera l’huile, et il ne se mesurera que vingt quatre heures après avoir été fait.

15- On a fait tourner le bled dans le grainier. Il y en a environ 50 septiers. Il faut avoir ce soin environ tous les mois pendant l’été.(7)


Annotations de Pierre Bourcheix :
(1) - Lite : billon ou ados, bande de terre ménagée pour faciliter l’écoulement des eaux dans les zones humides.
(2) - Plongeon : meule ou gerbier.
(3) - Maillé : de mailler, couvrir d’engrais ou mettre en meule.
(4) - Maillée : meule de gerbes.
(5) - Barrière du Toureau : lieu-dit de Clermont-Ferrand.
(6) - Saison : donner une saison, aérer la terre à l’aide d’un fessou (fossoir, houe à lame plate).
(7) - Dans les années 1960, mon père pratiquait encore cela. Dans la grange, le blé était déplacé d'un coin à un autre régulièrement pour éviter que l'humidité ne le fasse germer. Mon père conservait du grain chez lui pour deux ou trois raisons : payer ses fermes en nature, nourrir les animaux de la basse-cour, et payer son pain chez le boulanger. Cette dernière raison peut surprendre aujourd'hui, mais elle était fréquente autrefois. Chaque année, après les moissons, mon père livrait un ou plusieurs sacs de blé chez le boulanger, le jour où le minotier apportait la farine. Ce dernier repartait avec le blé. La quantité de blé livré correspondait à la consommation annuelle de pain de la famille. Et lorsqu'on allait chercher du pain chez le boulanger, le pain était pesé et le poids était inscrit sur un carnet. Il n'y avait donc pas de paiement en espèces.



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