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jeudi 11 décembre 2014

L’irrésistible appel de la mort



Si les familles Baille (ou Bayle) et Mazen font parties de celles que l’on connaît à Aubière depuis le XIVème siècle, elles n’en échappent pas moins aux dures lois de la vie et de la mort. Jacquette Mazen d’abord : veuve deux fois, elle n’a pas cinquante ans lorsqu’elle fait sont testament et trépasse. Sa fille, Michelle Baille, elle, a moins de vingt ans lorsqu’en l’espace de 33 jours, elle doit dicter deux testaments, et succomber dans les jours qui suivent l’inhumation de sa mère !
Les deux étés caniculaires de 1604 et 1605 n’y sont sans doute pour rien ; mais il y a des cas isolés de peste noire, en ce début de XVIIème siècle. L’absence des registres paroissiaux en ces années ne nous le confirmeront pas, mais les prêtres d’Aubière, à notre grand regret, n’ont jamais été prolixes dans ce travail, que l’on peut qualifier d’administratif. Reste qu’il est difficile en ces temps-là d’ignorer longtemps l’irrésistible appel de la mort…

L’ascendance de Jacquette Mazen est des plus succinctes : on ne connaît que son père, Michel Mazen. Rien sur sa mère ; mais on lui connaît un frère, Michel, qui épouse par contrat, le 9 décembre 1586, Martine Bourcheir (1). Quatre jours plus tard, c’est à Jacquette de passer devant le notaire pour son contrat de mariage avec Anthoine Baille. Nous sommes le samedi 13 décembre 1586. Et là, on apprend que la future épouse est veuve d’un certain Estienne Ameil, mort sans doute depuis tout au plus quelques mois, sans avoir laissé de descendance.
L’année 1586 est la première année d’exercice de maître Guillaume Aubeny, premier notaire royal connu à Aubière. Si contrat de mariage il y a eu, entre Estienne Ameil et Jacquette Mazen, il faut le chercher chez un notaire de Clermont ou d’ailleurs. Nos recherches n’ont pas abouti, pour l’instant, mais vous comprendrez que c’est un travail colossal et de longue haleine…
Jacquette Mazen mettra deux filles au monde, entre son mariage et février 1590 : Anna et Michelle Baille. On ne sait pas dans quel ordre (les registres paroissiaux n’apparaissent qu’à partir de 1601 à Aubière). Il n’empêche, elles sont toutes les deux mariées avant 1605. Anna avec Martin Deperes ; Michelle avec Jehan Longchambon.
Il faut dire que le 21 février 1590, Jacquette, veuve d’Anthoine Baille, contracte son troisième mariage, celui-là avec Bonnet Cellerier, fils à feu Guillaume. Le contrat ne dit pas s’il est veuf ou pas. Sont cités : Jehan Martin, marguillier de l’église Saint-Martin d’Aubière ; Jehan Cellerier, frère du futur époux ; Michel Mazen, frère de la future épouse ; et messire Anthoine Constantin, prêtre de ladite paroisse d’Aubière soussigné (2). On ne connaît pas les circonstances ni la date de la mort d’Anthoine Baille.
Bonnet Cellerier et Jacquette Mazen auront un fils, né avant 1600, prénommé Jehan, qui se mariera par contrat à Aubière avec Jehanne Vedel, le 14 janvier 1626 (3).

Testament du 7 octobre 1605 de Michelle Baille
(5 E 44 20 - Archives départementales du Puy-de-Dôme)

A cette époque à Aubière, il n’y avait point de médecin ni de mire, et les seules apothicaires étaient ces femmes qui connaissaient les vertus des plantes. Lorsque ces dernières étaient inefficaces et que sa santé imposait que l’on reste alité, chacun savait reconnaître l’appel de la mort. Le notaire était alors appelé pour rédiger sous la dictée du malade un testament.
C’est ainsi que maître Guillaume Aubeny, le notaire, se présente chez Michelle Baille, la jeune épouse de Jehan Longchambon, en ce vendredi 7 octobre 1605 peu avant midi. Bien sûr, Michelle a remis son âme à Dieu, et elle a demandé que son corps soit mis en terre, sous les dalles de l’église Saint-Martin (la plupart des gens qui ont un peu de bien se font inhumer dans l’église, en ce début de XVIIème siècle à Aubière. Seuls les pauvres sont enterrés dans le cimetière) ; puis, « elle a légué audit [Jehan] Longchambon son mary une maison au quartier de la Quaire, plus un petit pré au terroir de la Saigne, jouxte le pré de Guillaume Noellet et le pré de Jacques Gioux… » Citée : Jacquette Mazen, sa mère. Témoins : Anthoine Aubeny laisné, Estienne Chastanier, Jacmet Ribeyre, Jehan Gioux, Estienne Thévenon, et Hugues Dumolin soussigné (4). Apaisée, elle attend que la mort l’emporte…
Il se trouve que les jours passent et même qu’elle se sente mieux, au point de pouvoir se lever. A l’approche de la Toussaint, Michelle est au chevet de sa mère, Jacquette Mazen, et tente de la soigner de son mieux.

Testament du 31 octobre 1605 de Jacquette Mazen
(5 E 44 20 - Archives départementales du Puy-de-Dôme)

En désespoir de cause, Jacquette Mazen « estant dans son lict, mallade de malladie corporelle, fait son testament. Elle veut être inhumée dans l’esglize d’Aubière au thombeau de ses prédécesseurs. Elle donne et lègue à Bonnet Cellerier son mary la somme de vingt huict livres tournois, une maison située à Aubière, au quartier de la Quaire, jouxte la rue commune d’une part, et l’aize dud. Bonnet Cellerier d’autre ; laquelle portion de maison led. Cellerier avait acquize par permutation de Guillaume Deperes, en échange d’une terre située dans lad. justice au terroir de Mareschalle. […] Donne et lègue aud. Cellerier son mary une vigne de cinq heuvres, située dans la justice d’Aubière au terroir de Mallemouche, jouxte la vigne de Guillaume Dégironde d’une part, la vigne de Jacques Martin d’autre ; plus une terre de cinq quartellées, située dans la justice d’Aubière et au terroir du Cézot, joignant au chemin commun allant d’Aubière à Clermont d’une part, la terre de François Dautour d’autre. […] Elle donne et lègue à la Charité d’Aubière (5) une heuvre de vigne, située dans lad. justice et au terroir de la Font Sainct Martin, jouxte la vigne de Guillaume Dégironde d’une part, et la vigne de Bonnet Chastanier d’autre… ». Citée : « Michelle Baille, femme à Jehan Longchambon, et sa fille naturelle et légitime de feu Anthoine Baille, son premier mary… ». Témoins : Michel Dégironde jeune, Pierre Chassignoles, Jehan Biard, Jehan Fallateuf, Jacques Legay, Martin Deperes, son gendre, et Me Hugues Dumolin soussigné, tous d’Aubière. Nous sommes le lundi 31 octobre 1605 (6). On apprend sa mort dans le second testament de sa fille Michelle Baille.

Testament du 9 novembre 1605 de Michelle Baille
(5 E 44 20 - Archives départementales du Puy-de-Dôme)

En effet, Michelle s’alite à nouveau peu après les fêtes de Toussaint et convoque le notaire, le 9 novembre 1605, pour son second testament. Au début de l’acte, le notaire est très clair : « Michelle Baille, fille à feu Anthoine et de feue Jacquette Mazen, mariée avec Jehan Longchambon ». Jacquette Mazen a donc expiré entre le 31 octobre et le 9 novembre (7). Son époux, Bonnet Cellerier, se remariera deux fois, dès janvier 1606 et en novembre 1614 ; mais c’est une autre histoire…
Michelle Baille lègue à sa sœur, Anna Baille, femme à Martin Deperes, et à Jehan Longchambon son mary. Témoins : Pierre Decors, Estienne Chastanier, Jacmet Gioux, Jehan Fallateuf, Jacques Gioux, fils à feu Guillaume, Ligier Chabosy, et Estienne Bourrand, tous d’Aubière. (8)

C’est dans une transaction du 25 juillet 1606 que l’on apprendra le décès de Michelle Baille et la confirmation de celui de sa mère, même si la notion de temps semble très élastique pour le rédacteur de l’acte. Cette transaction se fait entre Martin Deperes, mari d'Anna Baille, et Jehan Longchambon, mari de feue Michelle Baille. « Pour une vigne située au terroir de la Bade, jouxte la vigne de Guillaume Dégironde d'une part, la chalme vaccante d'autre, et la vigne de Bonnet Chastanier d'autre partie ». Il est aussi question d'une « autre vigne, aussi d'une heuvre, située au terroir de Mallemouche, joignant à la vigne de Michel Dégironde d'une part, la vigne de François Arnaud d'autre, et la vigne d'Anthoine Ramen d'autre ». Cités : « Chatard Vedel, au nom de père et légitime administrateur de ses enfants et de feue Guillauma Chavaignat, sa femme quand vivait, et François Chavaignat, enfant et héritier de feue Marie Ameil leur mère ; lad. Marie héritière de feu Estienne Ameil son frère, d'une part ; Anna Baille, femme à Martin Deperes, feue Michelle Baille sa sœur, femme à Jehan Longchambon, et feue Jacquette Mazen leur mère, décédées depuis six ou sept mois, d'autre part ». Témoins : Jehan Pyronnet soussigné, et Michel Dégironde jeune dudit Aubière. (9)

Notes :
(1) – Contrat de mariage passé devant Me Guillaume Aubeny, notaire royal à Aubière, 5 E 44 1 – Archives départementales du Puy-de-Dôme.
(2) – Contrat de mariage passé devant Me Guillaume Aubeny, notaire royal à Aubière, 5 E 44 5 – Archives départementales du Puy-de-Dôme. Messire Anthoine Constantin n’est pas le curé d’Aubière, mais fait partie de la communauté des prêtres aubiérois en tant que « communaliste ». Vous lirez avec intérêt les articles dont voici les liens : La paroisse Saint-Martin d’Aubière ; Le curé et les consuls ; Donation pour un prêtre filleul.
(3) – Contrat de mariage passé devant Me Guillaume Aubeny, notaire royal à Aubière, 5 E 44 41 – Archives départementales du Puy-de-Dôme.
(4) – Testament passé devant Me Guillaume Aubeny, notaire royal à Aubière, 5 E 44 20 – Archives départementales du Puy-de-Dôme.
(5) – La Charité d’Aubière : c’est une des confréries d’Aubière dont la mission est de secourir les pauvres. Il en existe une dizaine à Aubière à cette époque ; elles vivent des revenus des biens qu’on leur lègue et des autres dons qu’elles reçoivent.
(6) – Testament passé devant Me Guillaume Aubeny, notaire royal à Aubière, 5 E 44 20 – Archives départementales du Puy-de-Dôme. Il existe deux documents pour ce testament dont le premier (date illisible) découvert dans l'acquisition de Pierre Disseranges, tixerand, par son frère François Disseranges, en date du 1er mars 1605.
(7) – Lacune dans les Registres paroissiaux : l’année 1605 n’existe pas.
(8) – Testament passé devant Me Guillaume Aubeny, notaire royal à Aubière, 5 E 44 20 – Archives départementales du Puy-de-Dôme. Michelle Baille est morte sans descendance.
(9) – Transaction passée devant Me Guillaume Aubeny, notaire royal à Aubière, 5 E 44 21 – Archives départementales du Puy-de-Dôme. Un acte où l’on retrouve toute la parentèle de feue Jacquette Mazen : son premier époux, Estienne Ameil ; François Chavaignat, son neveu, fils de sa belle-sœur, Marie Ameil, et époux de Marguerite Cellerier, sa nièce, fille du frère de son troisième époux Bonnet Cellerier ; et, bien sûr, ses gendres : Martin Deperes et Jehan Longchambon. Parmi eux, ai-je des ancêtres ? Oui : d’abord le couple Anthoine Baille (Sosa n°8666) et Jacquette Mazen (Sosa n°8667) ; leur fille Anna et son mari Martin Deperes ; Jehan Cellerier (Sosa n°4678) ; son épouse, Marie Aubeny ; leur fille, Marguerite Cellerier et son époux, François Chavaignat…

Cercle généalogique et historique d’Aubière (Pierre Bourcheix)

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jeudi 4 décembre 2014

Les maisons de vos ancêtres_05



Grâce à la publication du terrier de 1764, ou Terrier Tiolier, vous pouvez retrouver la maison, grange ou cuvage de vos ancêtres dans le bourg d’Aubière.
Vivaient-ils dans le même quartier ou dans la même maison deux siècles plus tôt ?
Un moyen de le savoir : étudier les actes notariés du début du XVIIème siècle ! Vous apprendrez ainsi où ils habitaient, depuis quand ils vivaient dans tel ou tel quartier, peut-être même la date de l’achat de la maison… Mais ce n’est pas toujours facile.
Je publierai régulièrement sur ce blog, au fur et à mesure de mes lectures des actes notariés d’Aubière, le résultat de mes recherches.

Le dernier trimestre de l’année 1605 nous offre plusieurs occasions, à travers des testaments, des échanges et même un partage, de repérer des maisons dans trois quartiers différents. Entre les maisons, et à l’abri des murailles, apparaît un jardin… à viande !


Au quartier de la Quaire
C’est d’abord dans le testament de la fille, daté du 7 octobre 1605, que nous trouvons une maison. Il s’agit de Michelle Baille, fille d’Anthoine et de Jacquette Mazen (qui testera trois semaines plus tard) : « Elle a légué audit Longchambon son mary une maison au quartier de la Quaire… ». (Me Guillaume Aubeny, notaire à Aubière, 5 E 44 20 - A.D. 63).

Celui qui reçoit cette maison est Jehan Longchambon.

Au quartier de la Quaire
Le 31 octobre suivant, c’est au tour de la mère, Jacquette Mazen, de se sentir partir au point de faire son testament. « Elle donne et lègue à Bonnet Cellerier son mary une maison située à Aubière, au quartier de la Quaire, jouxte la rue commune d'une part, et l'aize dud. Bonnet Cellerier d'autre ; laquelle portion de maison led. Cellerier avait acquize par permutation de Guillaume Deperes, en échange d'une terre située dans lad. justice au terroir de Mareschalle ». Sa fille est citée ; elle a donc survécue à la maladie qui avait provoqué son testament du 7 octobre : « Michelle Baille, femme à Jehan Longchambon, et sa fille naturelle et légitime de feu Anthoine Baille, son premier mary… » (Me Guillaume Aubeny, notaire à Aubière, 5 E 44 20 - A.D. 63).

Nous aurons l’occasion prochainement de reparler de cette famille.

Au quartier de la Font
Une permutation du 29 novembre 1605 nous permet de repérer plusieurs maisons au quartier de la Font. Jacques Aubeny échange avec Jehan Tailhandier : « une maison dans le lieu d’Aubière, au quartier de la Font, jouxte la rue commune d’une part, le mur dud. Aubière d’autre, la maison de Jacques Cladière par sa femme d’autre, et la maison de Me Anthoine Rogeyron par sa femme d’autre partie… » (Me Guillaume Aubeny, notaire à Aubière, 5 E 44 20 - A.D. 63).

La femme de Jacques Cladière est Anna Taillandier.

Au quartier du Verdier
Nous nous retrouvons au quartier du Verger pour le partage du 9 décembre 1605 entre Michel Disseranges et Agnès Brunet, veuve de François Disseranges. Dans la part de Michel Disseranges, il y a « un jardin situé dans le lieu d’Aubière, quartier du Verdier, jouxte la grange dud. Michel Disseranges d’une part, la maison de Mathieu Sudre par sa femme d’autre partie »… (Me Guillaume Aubeny, notaire à Aubière, 5 E 44 20 - A.D. 63).

Au quartier du Verdier
Restons dans le même quartier et dans la même famille, mais là l’épouse de Michel Disseranges, Jehanne Tixier, est partie prenante. C’est une permutation du 31 décembre 1605. Les époux Disseranges vont recevoir une vigne à Mallemouche de Michel Dégironde jeune, contre « un jardin à viande, situé dans le lieu d'Aubière, au quartier du Verdier, jouxte la maison dud. Disseranges de jour d'une part, le mur dud. Aubière de midy, le pressoir de la maison de Jacques Martin d'autre, et la maison et aizes d'Annet Vaury d'autre partie » (Me Guillaume Aubeny, notaire à Aubière, 5 E 44 20 - A.D. 63).

Un jardin à viande est, au sens large, un jardin potager. A cette époque, le mot « viande » désigne toute nourriture, aliment, ou mets : « la viande qu’ils aiment le mieux sont les febves » (Thevet).

Sources : Archives départementales du Puy-de-Dôme.

© - Cercle généalogique et historique d’Aubière (Pierre Bourcheix)

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samedi 15 novembre 2014

Anthonia Abrial, les aspects d’une vie



Abrial, voilà un patronyme pas banal à Aubière. Original mais fugace. Forme méridionale d’avril, nous dit le maître Albert Dauzat. Natif du mois d’avril ou sobriquet de celui qui annonce le printemps. Il apparaît pour la première fois dans la 3ème transaction du 21 avril 1496 entre Louis, seigneur d'Aubière, et les habitants d'Aubière, au sujet des droits seigneuriaux, avec Guiot Abrial, qui se fait aussitôt oublié. Ce nom de famille réapparaîtra moins d’un siècle plus tard, pour disparaître définitivement (à Aubière) au début du XVIIème siècle.

Extrait du contrat de mariage du 24 janvier 1591
(Archives départementales du Puy-de-Dôme - 5 E 44 6)

Ce n’est pas par un acte qui concerne directement Anthonia Abrial que le patronyme refait surface, le 24 janvier 1591, mais pour le mariage de sa fille, Agnès Morel :
Contrat de mariage du 24 janvier 1591 « entre Ollivier Aubeny, fils à Pierre, mari de Françoise Obby, laboureurs habitants d'Aubière, et Agnès Morel, fille à feu François et Anthonia Abrial, sa veuve, et à présent femme d’Anthoine Esclany, soussigné. En présence de Michel Perol, fils à feu Anthoine, tuteur de la future qui l'autorise. Dot de la future espouze : une terre dans la justice de Montferrand et au terroir du Port Dieu, contenant trois quartellées, joignant à la terre des hoirs de feu Jehan Vialeveaux d'une part, et la terre de François Gioux d'autre ; plus une autre terre en lad. justice et au terroir du P...?, contenant trois quartellées, joignant à la terre de Michel Pérol d'une part, et la terre de Guillaume Noellet d'autre ; plus une autre terre en ladite justice et terroir, contenant trois quartellées, joignant la terre d'Estienne Mallet d'une part, et un rif d'autre à midy ; plus une autre terre contenant trois quartellées, située dans lad. justice et terroir, joignant à la terre de François Gioux d'une part, et la terre de Guillaume Noellet d'autre ; plus une vigne contenant deux heuvres, située dans la justice d'Aubière et au terroir du Creux des Mallades, joignant la vigne de Guillaume Decor d'une part, et la vigne de Guillaume Noellet d'autre, lad. vigne faisant deux parcelles ; plus une autre vigne contenant une heuvre, située en lad. justice et au terroir de Mallemouches, joignant à la vigne de Chaptard Vedel d'une part, et la vigne de Michel Bonabry d'autre ; plus un petit pré contenant un quart d'heuvre, situé en lad. justice et au terroir de la Saigne, joignant au pré de Me Jehan Taillandier d'une part, et le pré des hoirs de Michel Charrier d'autre ; plus une robbe de nopces bonne et honneste sellon la quallité des parties (...). Et ledit futur espoux a promis d'habiller lad. espouze d'une autre robbe de ...? bonne et honneste selon sa quallité et de l'enjoyaller (...). Fait à Aubière en la maison dudit Esclany en présence d'honorable homme Me Jacmet Dumolin, greffier dud. Aubière, soussigné ; Jacques Vialevaux ; François Morel [frère de la future] ; François Vialevaux ; Anthoine Aubeny ; Jacques Aubeny ; et messire Pierre Pin, curé dudit lieu, soussigné » (Me Guillaume Aubény, notaire à Aubière, 5 E 44 6 - A.D. 63).
Anthonia Abrial est sans doute née aux alentours de 1545. Peut-elle avoir un lien de parenté avec Guiot qui était chef de feu en 1496 ? Dans ce cas, elle pourrait être l’arrière petite-fille de Guiot. Elle va se marier deux fois : vers 1567 avec François Morel qui décède avant 1570 ; vers 1570 ensuite avec Anthoine Esclany, le marchand. On lui connaît six enfants : François, Agnès et Michelle Morel, puis Anna, Michelle et Ollivier Esclany.
On retrouve Anthonia Abrial pour le mariage de son fils aîné : contrat de mariage du 9 janvier 1593 entre François Morel et Mariette Ribeyre (Me Guillaume Aubeny, notaire à Aubière, 5 E 44 8 - A.D. 63). Puis pour son testament en date du 20 juin 1597 : « Anthonia Abryal, femme à Anthoine Esclany, a fait son testament en ma présence. A donné son âme à Dieu (…) ; a donné au curé et aux prêtres dudit Aubière (…), plus un cuvaige, situé dans le lieu d’Aubière et au quartier de la Fontaine, jouxte le mur dud. Aubière d’une part, et la rue commune d’autre partie. A donné et lègue à Ollivier Esclany son fils, le cuvaige cy dessus confiné ; plus le quart du molin, situé dans le lieu d’Aubière et au quartier de la Fontaine ; plus la moitié d’une maison située au quartier du chasteau, joignant à la muraille dud. Aubière d’une part, et la maison d’Anthoine Barbeyron d’autre, avec la moitié du chazal de grange au Chambon. A donné à Agnès Morel, fille de feu François Morel son premier mary, à présent femme à Ollivier Aubeny, la somme de vingt …? » Témoins : Michel Dégironde Maugue, Anthoine Dégironde, Guillaume Noellet, Anthoine Vairs, Jehan Pezand, Pierre Tourgon (Me Guillaume Aubény, notaire à Aubière, 5 E 44 12 - A.D. 63).
Quelque chose nous interpelle dans son testament. Ce n’est pas qu’elle lègue le quart d’un moulin ; les propriétés indivises étaient fréquentes même à cette époque. Mais c’est que le moulin de la Fontaine, qui sera propriété du seigneur au XVIIIème siècle, soit celle d’un particulier en 1597 ! En tous cas, c’est la première mention de ce moulin dans les textes.
Notons ici le passage éclair d’un certain François Abrial, parrain lors du baptême du 4 novembre 1601 de Catherine Dégironde, née le même jour, fille à Michel Dégironde et à Jehanne Roussel. Parrain : François Abrial ; marraine : Catherine Dégironde (R.P. Aubière, B.M.S. – 6 E 14/1 - A.D. 63). Il ne réapparaît plus par la suite.

Enfin, arrêtons-nous, encore avec Anthonia Abrial, pour le contrat de mariage du 7 octobre 1603 entre Jehan Pironnet, fils à Pierre, marchand boucher d'Olhiergues, et Michelle Esclany, fille d'honorable personne Anthoine Esclany, habitant du lieu d'Obiere, et d'Anthonia Abrial. La dot de Michelle se compose ainsi, outre un lit de plume garni avec tour de lit à rideaux, coffre fermant à clef garni, draps, nappes, robbes et autres linges…, elle reçoit « une vigne, appelée la Guerade, de dix heuvres, située à Obyere et au terroir de la Bezou ; plus une terre de dix cartellées avec ses arbres, située à Obiere et au terroir des Sauzes, sine de la Pointe du Renard ; plus une autre terre de dix cartellées, faisant deux parcelles, située à Obiere et au terroir des Gravins ; plus un pré appelé la l… ? de Chantoing, contenant une heuvre, situé dans la justice de Montferrand et au terroir du Granouiller ; plus un autre pré de deux heuvres, dans la justice d'Obiere et au terroir de Laschamps, jouxte le pré d'Anthoine Jehan d'une part, et le pré de la cure dudit Obiere d'aultre partie ; plus une maison avec ses aizes, située dans ledit lieu dhobiere et au cartier de la Font, au dessus du molin La future épouze reçoit de son futur époux une robbe … bagues et joyaux d'une valleur de quarante cinq livres… Fait et passé audit Hobiere dans la maison dudit Esclany, en présence de messire François Noellet prêtre dudit Obiere, d'honorable homme Me Jamet du Mollin, greffier dudit Hobiere, d'Anthoine Pironnet, procureur d'office du bailliage d'Olhiergues, de Nohel Bleine, greffier dudit Olhiergues, qui ont tous signé avec les parties, exceptés ladite épouze et Jehan Pironnet. » (Me Guillaume Aubény, notaire à Aubière, 5 E 44 18 - A.D. 63).
Nour retrouverons Anthonia Abrial, veuve pour la seconde fois, en 1635, pour une ratification de donation (Me Gilbert Aubeny, notaire royal à Aubière, 5 E 44 51 - A.D. 63) au profit de ses deux dernières filles, Anna et Michelle Esclany et de leurs époux, donation qui résonne comme un testament...

© - Cercle généalogique et historique d’Aubière – Pierre Bourcheix.

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lundi 1 septembre 2014

1914 : une semaine avec un poilu aubiérois_05



Après avoir suivi, jour après jour, grâce aux carnets de guerre d’Eugène Martin (1886-1970), nous voilà aujourd’hui au seuil de la Bataille de la Marne. C’est le dernier que nous vous faisons vivre sur ce blogue. Vous trouverez la suite lors de l’exposition que nous vous proposons à partir du 20 septembre en Mairie d’Aubière.

Les carnets de guerre d’Eugène Martin ont été retranscrits par Catherine Vidal-Chevalérias, petite-fille d’Eugène Martin, avec l’autorisation de ses petits-enfants : Jean Roche, Annie Roche, Françoise Courtadon, Jean-Pierre Fauve, Jacques Fauve et Jacqueline Actis.
Ils ont été publiés dans le numéro 66 de Racines Aubiéroises, revue du cercle généalogique et historique d’Aubière, en juin 2010.
- Les mots soulignés l’ont été par Eugène Martin ;
- Les photographies, transmises par la famille d’Eugène Martin, sont signalées par la mention entre parenthèses : Collection Eugène Martin.
- Nous avons complété les notes de bas de page de la famille d’Eugène Martin, notamment pour signaler la situation géographique des lieux.
- Les titres sont d’Eugène Martin, sauf ceux en italiques qui ont été ajoutés par nous.

Vers la Bataille de la Marne

1er septembre.
Nous ne nous levons pas de très bonne heure. Tout de suite, les batteries de tir vont prendre une position de combat dans le petit bois dominant le village. Nous, nous restons ici attendant les événements. On entend au loin le canon qui gronde. Il y a de la volaille, paraît-il, que l’on peut acheter dans le pays. Nous faisons une collecte de 10 sous chacun et quelques camarades vont acheter 4 poules, peut-être un peu âgées, mais encore assez grasses. Nous plumons ces volatiles et le Gros se charge de la cuisson. Et si nous nous régalons, il y a longtemps qu’on avait mangé rien que du bœuf. Nous couchons cette nuit-là à côté de nos voitures sur un peu de paille.

2 septembre.
Nous partons à 7 heures du matin, et, sitôt sur la route, les chevaux vont au trot. Nous passons à Bresles (1). Des batteries du 36ème sont en batterie sur la droite de la route, masquée par des arbres coupés et plantés autour des pièces. Il fait encore chaud. Nous reconnaissons bien cette fois que nous battons en retraite. Au loin, on voit les villages qui flambent. Creil est du nombre d’après les habitants des villages que nous traversons.
À 3 heures du soir, nous faisons halte dans un champ à proximité d’un village. Pendant la halte, le Gros nous prépare quelques patates. La viande que nous avons touchée le matin est abimée complètement et nous sommes obligés de la jeter. À 6 heures, nous repartons. Et toujours à reculons. Enfin, nous arrivons à Chambly (Oise) (2) à 10 heures du soir, où nous allons cantonner dans une ferme où nous formons le parc.

3 septembre.
Départ à 5 heures du matin. Nous passons au milieu de villas somptueuses, qui bordent la route ; nous arrivons à 7h à L’Isle Adam (3). Là, les ponts de l’Oise sont minés, le génie est là qui attend que les troupes françaises aient passé pour faire sauter ces ponts. Nous nous arrêtons dans un champ à côté de la rivière, pendant que nos batteries de tir prennent position sur une colline en arrière du pays. Nous cherchons du bois et nous mettons en devoir de faire la soupe. À peine l’eau est sur le feu, qu’il faut partir. Nous remettons notre viande dans les marmites de campement et nous repartons. Nous allons dans le bois de L’Isle Adam que nous traversons en tous sens.
À midi, nous mangeons une boîte de singe, une pomme pour dessert, et nous repartons peu après. Sur les bords de la route, des poiriers plient sur le poids de leurs fruits. Nous passons à Bouffémont (4). Tous les habitants quittent leur pays pour échapper aux troupes allemandes. C’est un spectacle vraiment touchant de voir tous ces pauvres gens, vieillards se traînant péniblement, jeunes mères portant leurs enfants dans les bras ou les traînant dans une voiture, sous une chaleur caniculaire. Les vieux territoriaux organisent la défense de Paris, des champs de poiriers tout entiers sont abattus pour faire un bouclier à nos fantassins. On devine qu’on a l’intention d’arrêter l’invasion par là. Nous allons dans la soirée bivouaquer tout près d’Ecouen (5), le long d’une ligne de chemin de fer. Nous faisons la cuisine dans un verger à côté du parc et là, nous finissons de faire cuire notre viande du matin. Nous faisons un quart de jus et puis nous nous alignons à côté de nos voitures sur la paille d’avoine que nous allons chercher dans un champ voisin.

4 septembre.
La batterie de tir va prendre une position à côté du bivouac. L’échelon va à côté de la voie ferrée. Pour la 1ère fois, nous allons, les brancardiers, faire le véritable service qui nous est assigné. Nous allons, munis de 2 brancards, former un poste de secours à l’arrière des batteries et avec le médecin auxiliaire, Nicolas. Et là, nous attendons avec impatience le premier coup de feu. Nous mangeons de bonnes poires que va chercher l’ami Brudin dans un champ voisin
À 10 heures, un cycliste apporte un ordre au colonel. Nous partons. Nous rapportons nos brancards à la voiture médicale et nous partons. Nous traversons encore quelques villages en partie abandonnés, et nous arrivons à 5 heures du soir à Marielles-en-France (6). Le parc est formé partie dans la cour d’une ferme et partie dans la rue. Aussitôt arrivés, nous faisons la cuisine à côté des chevaux. Les maisons sont ici toutes abandonnées ; c’est le pillage qui commence. La cave d’un débitant est vidée en un clin d’œil. Tonneau de vin, bouteilles de liqueur sont emportés, et c’est bien triste de voir dévaliser ainsi des Français. Pour notre part, nous emportons seulement un moulin à café, qui nous sera d’une grande utilité, et 6 jeunes lapins qu’ont laissés leurs propriétaires. Nous couchons ce soir dans la ferme, toute la batterie ensemble.

5 septembre.
Le matin, nous nous levons de bonne heure pour partir. On attèle et on attend les ordres. En attendant, nous visitons la ferme où il y a une distillerie. Là, il y a une bascule, j’en profite pour me peser et je constate que j’ai diminué de quelques livres. À 8 heures, nous partons. On va de l’ouest au nord-est, nous laissons les forêts de Paris à notre droite. Nous arrivons à Dammartin (Seine-et-Marne) (7). Nous nous arrêtons dans la ville. Là, les habitants sont effarés, des femmes pleurent et se plaignent des dégâts qu’ont faits les troupes à leur passage. Deux ou trois cadavres de chevaux sont là sur la route. Nous repartons. À peine avons-nous fait 1 km, qu’il faut faire demi-tour. Nous tournons les caissons à bras et revenons à Dammartin, que nous retraversons, et nous allons bivouaquer au bas de la ville dans un champ d’avoine. Vite, nous nous mettons à faire la cuisine. Avec quoi ? Le ravitaillement n’est pas venu aujourd’hui. Ah ! Les lapins que nous avons pris hier et qui depuis sont prisonniers dans les cases d’avant-train. On les assomme, les écorche, et le Gros va employer son talent de cuisinier pour nous préparer un civet épatant. Moi, je fais le jus, et malheureusement en le coulant, j’en vide la moitié. Voilà notre ration réduite. Personne ne s’en fâche d’ailleurs. Et je vais après m’étendre à côté de mon caisson avec les amis Martin et Arnaud.



Extraits des Carnets de Guerre d'Eugène Martin
(Archives privées)

6 septembre.
Nous partons du bivouac à 4 heures du matin. Nous repassons à Dammartin puis on prend une route à droite. Le 47ème d’Artillerie, le 5ème nous suivent maintenant. Le 292ème passe aussi sur la route et de partout les régiments de notre division se dirigent en avant. Décidément, nous prenons l’offensive. Nous mettons en batterie en haut d’un petit coteau mais nous repartons presque aussitôt. Nous continuons notre route à travers champs. Nous voyons dans les champs quelques trous d’obus de 77. Nous en trouvons même quelques-uns qui n’ont pas éclaté. Un cheval de boche tout sellé est étendu dans un sainfoin : il faut nous voir courir comme des lapins pour regarder l’équipement de nos ennemis. Pour la 1ère fois, nous entendons de près siffler les obus de 77, mais les fantassins nous ont tellement affirmé qu’ils n’étaient pas dangereux que nous les croyons inoffensifs. Bientôt, nous sommes obligés de constater que ce n’est pas tout à fait ça.

 
Oissery, au centre de la carte
(Carte Michelin)

En arrivant dans le village d’Oisery (Oise) (8), le 216ème a été surpris par le tir de ces canons et il y a eu quelques morts et un bon nombre de blessés. La vue de ces cadavres à pantalon rouge nous impressionne profondément et je n’ose les regarder. Les blessés regagnent l’église du village où est installée l’infirmerie. Un sous-officier du 36ème d’Artillerie a été tué au service des éclaireurs. Nous nous arrêtons à côté d’Oisery et nous attendons des ordres. Nous grignotons quelque bout de pain et de chocolat, il ne faut plus penser à faire cuire de la viande. D’abord, le feu attirerait l’attention des Boches, et puis il faut s’attendre à partir d’un moment à l’autre.
En effet, à 1 heure du soir, nous partons et les batteries vont prendre position un peu en arrière d’une crête tandis que l’échelon reste dans un bas fond. Je rencontre là Jarrige, qui est au 13ème escadron du train, conduisant une voiture ambulance. Sur les 4 heures, nous repartons. Nous passons à Puisieux où fume encore un moulin incendié. On fait boire les chevaux. Les pauvres bêtes n’ont ni bu, ni mangé depuis la veille. Et puis, nous allons nous placer derrière une petite colline au nord de Puisieux, de Boulancy (9) et de Bregy, et les pièces prennent position sur le plateau. Et tout de suite, nos canons se mettent en danse. Nous restons là jusqu’à la nuit. Nous voyons descendre des bandes de fantassins de la colline à perdre haleine. Qu’y a-t-il ? Que se passe-t-il ? Par prudence, le lieutenant Ronan commande à cheval, croyant à une retraite, et envoie en même temps quelqu’un s’informer auprès des pioupious. Au retour du commissionnaire, pied à terre. C’est une fausse alerte. Les fantassins allaient chercher de l’eau et de quel train. Allons ! Ils ne sont pas encore fourbus quand il s’agit de se ravitailler ! Nous couchons sur les lieux derrière les caissons. La fête d’Aubière n’est pas gaie cette année.


7 septembre.
Depuis le matin, la canonnade commence. Les batteries de tir ont conservé leur position. Nous faisons du café dans le bois à côté duquel nous sommes restés. Tout à coup, un sifflement, puis blan, un obus de 155 a éclaté en avant du bois à une vingtaine de mètres de notre médecin qui venait tranquillement de Douy-la-Ramée. Ce n’est plus de blague. Vite, il faut former un poste de secours. Nous allons, les équipiers de la 21 et 23èmes batteries, en haut de la crête où nous nous croyons en sûreté, nous déplions les brancards et, en compagnie du médecin Nicolas, nous attendons. Nos 75 ne cessent de tirer. Par tir fauchez et allez donc ! Sur le haut du plateau, un peu en arrière de la 1ère crête, 180 bouches à feu sont alignées, ce sont le 47ème, le 5ème, le 16ème, 36ème et 53ème. Plus à droite, le 40ème et le 32ème. Et toutes les pièces crachent en même temps et toujours l’acier et la mitraille.
À 8 heures, un aéroplane allemand passe au-dessus de nous. Une demi-heure après, l’artillerie ennemie nous a repérés et les marmites (10) font leur apparition pour la 1ère fois. Et d’où ce nom de marmite donné et employé maintenant quand on parle des obus allemands ? Je crois que c’est probablement parce qu’elles font, où elles tombent dans la terre, un trou de la forme et la dimension d’une grosse marmite. Et puis en éclatant, elles font un bruit formidable. Tous leurs coups sont, au début, un peu longs et dépassent la crête où nous sommes. Puis, peu à peu, se raccourcissent. Et bientôt, la position devient périlleuse. Une marmite tombe sur un groupe de fantassins, en tue 2 et en blesse un autre que nous soignons. Une autre tombe au milieu des avant-trains de la 23ème batterie, tue 5 chevaux et démonte un avant-train. Il n’y a aucun canonnier d’atteint. Des fantassins blessés légèrement ou pouvant marcher, des chasseurs à pied viennent du champ de bataille et vont rejoindre les ambulances au plus prochain village. Nous commençons à comprendre le danger.
À 10 heures du matin, on part précipitamment, vite, nous regagnons notre échelon. Nous traversons les champs de luzerne où les obus sont tombés en quantité. Nous avons nos caissons encombrés, toute l’avoine que nous avons touchée le soir, les vivres, plus 4 moutons que des servants de la batterie de tir ont ramassés près de leurs pièces. Dans ce champ, 2 porcs d’un joli poids ont été fauchés. Nos pièces vont prendre une autre position et nous allons, nous, former le parc dans un champ de peupliers à proximité de Bregy. Là, je rencontre Roche et Bayle au 292ème. Leur régiment a bien souffert et est un peu éparpillé de tous côtés. Nous causons naturellement de la fête du pays et des nouvelles, car c’est là que je reçois la 1ère carte qui m’a été expédiée. Elle date du 23 août. C’est bien temps. Et tout le temps, la canonnade continue avec violence. Des camarades se mettent en devoir de peler nos brebis et de les vider, mais il est défendu de faire du feu et nous ne pouvons les faire cuire. Il y a là un château à côté où on a découvert une bonne cave garnie. Les officiers permettent de prendre du vin pour se désaltérer et pour porter aux batteries.

« Des camarades se mettent en devoir de peler nos brebis et de les vider… »

À la nuit, on part pour retourner où nous étions le matin. On attend là des ordres. Nous allons retrouver la batterie de tir où nous coucherons. En arrivant là-haut, nous nous apercevons qu’il nous manque le camarade Arnaud. Où est-il ? Il a dû s’endormir et rester là-bas ! Enfin, on ne dira rien ce soir. Peut-être nous retrouvera-t-il ? Les sections de munitions viennent nous trouver là et nous remplissons nos coffres qui tous ont été vidés. Nous n’avons rien mangé depuis hier. C’est alors que nous puisons dans les réserves et je mange ce soir-là deux bons biscuits de pain de guerre avec du chocolat. Et nous nous couchons à côté du caisson sur une botte d’avoine. Au loin, devant nous, les villages flambent. De tous côtés des lueurs que fait l’incendie.

Notes :
(1) – Bresles (Oise), à l’ouest de La Rue-Saint-Pierre.
(2) – Chambly, au nord de L’Isle-Adam.
(3) – L’Isle-Adam : Val d’Oise, au nord-est de Pontoise.
(4) – Bouffémont : à l’est de Pontoise, dans le Val d’Oise.
(5) – Ecouen, au nord de Sarcelles.
(6) – Il s’agit de Mareil-en-France, au nord d’Ecouen.
(7) – Dammartin-en-Goële, au sud d’Ermenonville.
(8) – Il s’agit d’Oissery dans la Seine et Marne.
(9) – Boulancy : il s’agit de Bouillancy.
(10) – Marmite : obus de gros calibre.


© - Cercle généalogique et historique d’Aubière

Les Carnets de Guerre d’Eugène Martin seront en vente
lors de l’exposition du 20 septembre au 12 novembre 2014