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lundi 1 septembre 2014

1914 : une semaine avec un poilu aubiérois_05



Après avoir suivi, jour après jour, grâce aux carnets de guerre d’Eugène Martin (1886-1970), nous voilà aujourd’hui au seuil de la Bataille de la Marne. C’est le dernier que nous vous faisons vivre sur ce blogue. Vous trouverez la suite lors de l’exposition que nous vous proposons à partir du 20 septembre en Mairie d’Aubière.

Les carnets de guerre d’Eugène Martin ont été retranscrits par Catherine Vidal-Chevalérias, petite-fille d’Eugène Martin, avec l’autorisation de ses petits-enfants : Jean Roche, Annie Roche, Françoise Courtadon, Jean-Pierre Fauve, Jacques Fauve et Jacqueline Actis.
Ils ont été publiés dans le numéro 66 de Racines Aubiéroises, revue du cercle généalogique et historique d’Aubière, en juin 2010.
- Les mots soulignés l’ont été par Eugène Martin ;
- Les photographies, transmises par la famille d’Eugène Martin, sont signalées par la mention entre parenthèses : Collection Eugène Martin.
- Nous avons complété les notes de bas de page de la famille d’Eugène Martin, notamment pour signaler la situation géographique des lieux.
- Les titres sont d’Eugène Martin, sauf ceux en italiques qui ont été ajoutés par nous.

Vers la Bataille de la Marne

1er septembre.
Nous ne nous levons pas de très bonne heure. Tout de suite, les batteries de tir vont prendre une position de combat dans le petit bois dominant le village. Nous, nous restons ici attendant les événements. On entend au loin le canon qui gronde. Il y a de la volaille, paraît-il, que l’on peut acheter dans le pays. Nous faisons une collecte de 10 sous chacun et quelques camarades vont acheter 4 poules, peut-être un peu âgées, mais encore assez grasses. Nous plumons ces volatiles et le Gros se charge de la cuisson. Et si nous nous régalons, il y a longtemps qu’on avait mangé rien que du bœuf. Nous couchons cette nuit-là à côté de nos voitures sur un peu de paille.

2 septembre.
Nous partons à 7 heures du matin, et, sitôt sur la route, les chevaux vont au trot. Nous passons à Bresles (1). Des batteries du 36ème sont en batterie sur la droite de la route, masquée par des arbres coupés et plantés autour des pièces. Il fait encore chaud. Nous reconnaissons bien cette fois que nous battons en retraite. Au loin, on voit les villages qui flambent. Creil est du nombre d’après les habitants des villages que nous traversons.
À 3 heures du soir, nous faisons halte dans un champ à proximité d’un village. Pendant la halte, le Gros nous prépare quelques patates. La viande que nous avons touchée le matin est abimée complètement et nous sommes obligés de la jeter. À 6 heures, nous repartons. Et toujours à reculons. Enfin, nous arrivons à Chambly (Oise) (2) à 10 heures du soir, où nous allons cantonner dans une ferme où nous formons le parc.

3 septembre.
Départ à 5 heures du matin. Nous passons au milieu de villas somptueuses, qui bordent la route ; nous arrivons à 7h à L’Isle Adam (3). Là, les ponts de l’Oise sont minés, le génie est là qui attend que les troupes françaises aient passé pour faire sauter ces ponts. Nous nous arrêtons dans un champ à côté de la rivière, pendant que nos batteries de tir prennent position sur une colline en arrière du pays. Nous cherchons du bois et nous mettons en devoir de faire la soupe. À peine l’eau est sur le feu, qu’il faut partir. Nous remettons notre viande dans les marmites de campement et nous repartons. Nous allons dans le bois de L’Isle Adam que nous traversons en tous sens.
À midi, nous mangeons une boîte de singe, une pomme pour dessert, et nous repartons peu après. Sur les bords de la route, des poiriers plient sur le poids de leurs fruits. Nous passons à Bouffémont (4). Tous les habitants quittent leur pays pour échapper aux troupes allemandes. C’est un spectacle vraiment touchant de voir tous ces pauvres gens, vieillards se traînant péniblement, jeunes mères portant leurs enfants dans les bras ou les traînant dans une voiture, sous une chaleur caniculaire. Les vieux territoriaux organisent la défense de Paris, des champs de poiriers tout entiers sont abattus pour faire un bouclier à nos fantassins. On devine qu’on a l’intention d’arrêter l’invasion par là. Nous allons dans la soirée bivouaquer tout près d’Ecouen (5), le long d’une ligne de chemin de fer. Nous faisons la cuisine dans un verger à côté du parc et là, nous finissons de faire cuire notre viande du matin. Nous faisons un quart de jus et puis nous nous alignons à côté de nos voitures sur la paille d’avoine que nous allons chercher dans un champ voisin.

4 septembre.
La batterie de tir va prendre une position à côté du bivouac. L’échelon va à côté de la voie ferrée. Pour la 1ère fois, nous allons, les brancardiers, faire le véritable service qui nous est assigné. Nous allons, munis de 2 brancards, former un poste de secours à l’arrière des batteries et avec le médecin auxiliaire, Nicolas. Et là, nous attendons avec impatience le premier coup de feu. Nous mangeons de bonnes poires que va chercher l’ami Brudin dans un champ voisin
À 10 heures, un cycliste apporte un ordre au colonel. Nous partons. Nous rapportons nos brancards à la voiture médicale et nous partons. Nous traversons encore quelques villages en partie abandonnés, et nous arrivons à 5 heures du soir à Marielles-en-France (6). Le parc est formé partie dans la cour d’une ferme et partie dans la rue. Aussitôt arrivés, nous faisons la cuisine à côté des chevaux. Les maisons sont ici toutes abandonnées ; c’est le pillage qui commence. La cave d’un débitant est vidée en un clin d’œil. Tonneau de vin, bouteilles de liqueur sont emportés, et c’est bien triste de voir dévaliser ainsi des Français. Pour notre part, nous emportons seulement un moulin à café, qui nous sera d’une grande utilité, et 6 jeunes lapins qu’ont laissés leurs propriétaires. Nous couchons ce soir dans la ferme, toute la batterie ensemble.

5 septembre.
Le matin, nous nous levons de bonne heure pour partir. On attèle et on attend les ordres. En attendant, nous visitons la ferme où il y a une distillerie. Là, il y a une bascule, j’en profite pour me peser et je constate que j’ai diminué de quelques livres. À 8 heures, nous partons. On va de l’ouest au nord-est, nous laissons les forêts de Paris à notre droite. Nous arrivons à Dammartin (Seine-et-Marne) (7). Nous nous arrêtons dans la ville. Là, les habitants sont effarés, des femmes pleurent et se plaignent des dégâts qu’ont faits les troupes à leur passage. Deux ou trois cadavres de chevaux sont là sur la route. Nous repartons. À peine avons-nous fait 1 km, qu’il faut faire demi-tour. Nous tournons les caissons à bras et revenons à Dammartin, que nous retraversons, et nous allons bivouaquer au bas de la ville dans un champ d’avoine. Vite, nous nous mettons à faire la cuisine. Avec quoi ? Le ravitaillement n’est pas venu aujourd’hui. Ah ! Les lapins que nous avons pris hier et qui depuis sont prisonniers dans les cases d’avant-train. On les assomme, les écorche, et le Gros va employer son talent de cuisinier pour nous préparer un civet épatant. Moi, je fais le jus, et malheureusement en le coulant, j’en vide la moitié. Voilà notre ration réduite. Personne ne s’en fâche d’ailleurs. Et je vais après m’étendre à côté de mon caisson avec les amis Martin et Arnaud.



Extraits des Carnets de Guerre d'Eugène Martin
(Archives privées)

6 septembre.
Nous partons du bivouac à 4 heures du matin. Nous repassons à Dammartin puis on prend une route à droite. Le 47ème d’Artillerie, le 5ème nous suivent maintenant. Le 292ème passe aussi sur la route et de partout les régiments de notre division se dirigent en avant. Décidément, nous prenons l’offensive. Nous mettons en batterie en haut d’un petit coteau mais nous repartons presque aussitôt. Nous continuons notre route à travers champs. Nous voyons dans les champs quelques trous d’obus de 77. Nous en trouvons même quelques-uns qui n’ont pas éclaté. Un cheval de boche tout sellé est étendu dans un sainfoin : il faut nous voir courir comme des lapins pour regarder l’équipement de nos ennemis. Pour la 1ère fois, nous entendons de près siffler les obus de 77, mais les fantassins nous ont tellement affirmé qu’ils n’étaient pas dangereux que nous les croyons inoffensifs. Bientôt, nous sommes obligés de constater que ce n’est pas tout à fait ça.

 
Oissery, au centre de la carte
(Carte Michelin)

En arrivant dans le village d’Oisery (Oise) (8), le 216ème a été surpris par le tir de ces canons et il y a eu quelques morts et un bon nombre de blessés. La vue de ces cadavres à pantalon rouge nous impressionne profondément et je n’ose les regarder. Les blessés regagnent l’église du village où est installée l’infirmerie. Un sous-officier du 36ème d’Artillerie a été tué au service des éclaireurs. Nous nous arrêtons à côté d’Oisery et nous attendons des ordres. Nous grignotons quelque bout de pain et de chocolat, il ne faut plus penser à faire cuire de la viande. D’abord, le feu attirerait l’attention des Boches, et puis il faut s’attendre à partir d’un moment à l’autre.
En effet, à 1 heure du soir, nous partons et les batteries vont prendre position un peu en arrière d’une crête tandis que l’échelon reste dans un bas fond. Je rencontre là Jarrige, qui est au 13ème escadron du train, conduisant une voiture ambulance. Sur les 4 heures, nous repartons. Nous passons à Puisieux où fume encore un moulin incendié. On fait boire les chevaux. Les pauvres bêtes n’ont ni bu, ni mangé depuis la veille. Et puis, nous allons nous placer derrière une petite colline au nord de Puisieux, de Boulancy (9) et de Bregy, et les pièces prennent position sur le plateau. Et tout de suite, nos canons se mettent en danse. Nous restons là jusqu’à la nuit. Nous voyons descendre des bandes de fantassins de la colline à perdre haleine. Qu’y a-t-il ? Que se passe-t-il ? Par prudence, le lieutenant Ronan commande à cheval, croyant à une retraite, et envoie en même temps quelqu’un s’informer auprès des pioupious. Au retour du commissionnaire, pied à terre. C’est une fausse alerte. Les fantassins allaient chercher de l’eau et de quel train. Allons ! Ils ne sont pas encore fourbus quand il s’agit de se ravitailler ! Nous couchons sur les lieux derrière les caissons. La fête d’Aubière n’est pas gaie cette année.


7 septembre.
Depuis le matin, la canonnade commence. Les batteries de tir ont conservé leur position. Nous faisons du café dans le bois à côté duquel nous sommes restés. Tout à coup, un sifflement, puis blan, un obus de 155 a éclaté en avant du bois à une vingtaine de mètres de notre médecin qui venait tranquillement de Douy-la-Ramée. Ce n’est plus de blague. Vite, il faut former un poste de secours. Nous allons, les équipiers de la 21 et 23èmes batteries, en haut de la crête où nous nous croyons en sûreté, nous déplions les brancards et, en compagnie du médecin Nicolas, nous attendons. Nos 75 ne cessent de tirer. Par tir fauchez et allez donc ! Sur le haut du plateau, un peu en arrière de la 1ère crête, 180 bouches à feu sont alignées, ce sont le 47ème, le 5ème, le 16ème, 36ème et 53ème. Plus à droite, le 40ème et le 32ème. Et toutes les pièces crachent en même temps et toujours l’acier et la mitraille.
À 8 heures, un aéroplane allemand passe au-dessus de nous. Une demi-heure après, l’artillerie ennemie nous a repérés et les marmites (10) font leur apparition pour la 1ère fois. Et d’où ce nom de marmite donné et employé maintenant quand on parle des obus allemands ? Je crois que c’est probablement parce qu’elles font, où elles tombent dans la terre, un trou de la forme et la dimension d’une grosse marmite. Et puis en éclatant, elles font un bruit formidable. Tous leurs coups sont, au début, un peu longs et dépassent la crête où nous sommes. Puis, peu à peu, se raccourcissent. Et bientôt, la position devient périlleuse. Une marmite tombe sur un groupe de fantassins, en tue 2 et en blesse un autre que nous soignons. Une autre tombe au milieu des avant-trains de la 23ème batterie, tue 5 chevaux et démonte un avant-train. Il n’y a aucun canonnier d’atteint. Des fantassins blessés légèrement ou pouvant marcher, des chasseurs à pied viennent du champ de bataille et vont rejoindre les ambulances au plus prochain village. Nous commençons à comprendre le danger.
À 10 heures du matin, on part précipitamment, vite, nous regagnons notre échelon. Nous traversons les champs de luzerne où les obus sont tombés en quantité. Nous avons nos caissons encombrés, toute l’avoine que nous avons touchée le soir, les vivres, plus 4 moutons que des servants de la batterie de tir ont ramassés près de leurs pièces. Dans ce champ, 2 porcs d’un joli poids ont été fauchés. Nos pièces vont prendre une autre position et nous allons, nous, former le parc dans un champ de peupliers à proximité de Bregy. Là, je rencontre Roche et Bayle au 292ème. Leur régiment a bien souffert et est un peu éparpillé de tous côtés. Nous causons naturellement de la fête du pays et des nouvelles, car c’est là que je reçois la 1ère carte qui m’a été expédiée. Elle date du 23 août. C’est bien temps. Et tout le temps, la canonnade continue avec violence. Des camarades se mettent en devoir de peler nos brebis et de les vider, mais il est défendu de faire du feu et nous ne pouvons les faire cuire. Il y a là un château à côté où on a découvert une bonne cave garnie. Les officiers permettent de prendre du vin pour se désaltérer et pour porter aux batteries.

« Des camarades se mettent en devoir de peler nos brebis et de les vider… »

À la nuit, on part pour retourner où nous étions le matin. On attend là des ordres. Nous allons retrouver la batterie de tir où nous coucherons. En arrivant là-haut, nous nous apercevons qu’il nous manque le camarade Arnaud. Où est-il ? Il a dû s’endormir et rester là-bas ! Enfin, on ne dira rien ce soir. Peut-être nous retrouvera-t-il ? Les sections de munitions viennent nous trouver là et nous remplissons nos coffres qui tous ont été vidés. Nous n’avons rien mangé depuis hier. C’est alors que nous puisons dans les réserves et je mange ce soir-là deux bons biscuits de pain de guerre avec du chocolat. Et nous nous couchons à côté du caisson sur une botte d’avoine. Au loin, devant nous, les villages flambent. De tous côtés des lueurs que fait l’incendie.

Notes :
(1) – Bresles (Oise), à l’ouest de La Rue-Saint-Pierre.
(2) – Chambly, au nord de L’Isle-Adam.
(3) – L’Isle-Adam : Val d’Oise, au nord-est de Pontoise.
(4) – Bouffémont : à l’est de Pontoise, dans le Val d’Oise.
(5) – Ecouen, au nord de Sarcelles.
(6) – Il s’agit de Mareil-en-France, au nord d’Ecouen.
(7) – Dammartin-en-Goële, au sud d’Ermenonville.
(8) – Il s’agit d’Oissery dans la Seine et Marne.
(9) – Boulancy : il s’agit de Bouillancy.
(10) – Marmite : obus de gros calibre.


© - Cercle généalogique et historique d’Aubière

Les Carnets de Guerre d’Eugène Martin seront en vente
lors de l’exposition du 20 septembre au 12 novembre 2014



vendredi 29 août 2014

Saint-Loup - Un poème de Jean Brugière



La Fête Patronale

C’est la Saint-Loup, bien sûr !
Pour son 145ème anniversaire, elle est consacrée aux enfants. Vous trouverez le programme en fin de page.
Comme d’autres Aubiérois du XXème siècle, Jean Brugière fut vigneron et poète ! Mieux ! Jean Brugière s’adonna aussi à l’histoire locale à la fin de sa vie. On lui connaît notamment « L’histoire de la commune d’Aubière ». Aucun de ses écrits n’a jamais été publié. C’est en 1915 qu’il écrit « Poèmes aubiérois » dont est extrait le texte qui suit : La Fête Patronale. L’office religieux dans tous ses détails…


Le jour de la Saint-Loup, à l’église on se presse.
Très nombreux sont les gens venus à la grand’messe
Et les croyants jeunes ou vieux
Se mettent à genoux, en entrant, priant Dieu.
Et monsieur le curé qui commence l’office
Ce jour est assisté par quatre enfants novices,
Les quatre enfants de chœur
Portant calotte rouge et l’habit de rigueur.
Et tandis que le prêtre officie à voix basse,
Mes yeux sont attirés par des rayons qui passent
Du côté de l’abside à travers des carreaux.

Ces rayons de soleil font briller les vitraux
Et devant l’Enfant-Dieu et la Sainte famille,
Maintenant les joyaux des rois mages scintillent
De ces rois mages qui sont venus louanger
La mère de Jésus. L’étoile des bergers,
Que l’on voit tout en haut du ciel, en perspective,
Semble briller aussi d’une clarté plus vive.

Église Saint-Martin d'Aubière - le choeur

J’ai maintenant les yeux fixés sur les décors
Et suivant les piliers jusqu’au milieu des cintres,
Je vois tous ces travaux que viennent de faire les peintres
Et je vois le ciel bleu parsemé des étoiles d’or.
Et mes yeux se promènent
Sur tous les grands vitraux où je vois Sainte Philomène
Et puis Sainte Marie, ensuite, Saint Joseph.
Bien accrochés à ces hauts piliers de la nef,
Comme magnifiés par la clarté des lustres,
En leur geste sacré, je vois nos saints illustres :
Saint Roch et Saint Verny, Saint Michel et Saint Jean.

Le prêtre officiant a pris la chasuble d’argent,
Les enfants de Marie entonnent des cantiques,
L’harmonium accompagne, en ce jour de gala,
Toutes ces voix d’enfants jeunes et angéliques
Semblent alors nous transporter dans l’au-delà.

Tout fidèle Aubiérois assiste à la grand’messe ;
À l’élévation tous les hommes se dressent,
Deux enfants de chœur agitent l’encensoir,
Le chœur est si bondé qu’à peine on peut s’asseoir.

Les hommes habillés de leur plus beau costume
Bleu foncé, gris ou noir, variés comme il est coutume ;
Devant la nappe blanche de l’autel ;
Donnent à cet office un ton imposant, solennel.
Au milieu de la nef, voici que la musique
La Gauloise nous joue un morceau de Mozart.
Cette harmonie enchanteresse et magnifique ;
Ce chant religieux est un chef d’œuvre d’art.

Et dans la nef, les jeunes femmes, les fillettes
Toutes en très grandes toilettes
D’une mise élégante et qui sied à ravir.
Certes ! un nouveau Pâris, ici pourrait choisir
En leur robe de laine, en leur robe de soie,
Leur robe de velours, leur robe de satin
Grisent ces beaux enfants et dans leurs yeux mutins,
Au moins de la plupart on voit briller la joie.
Cette élégante en sa robe d’un beau velours,
Le croiriez-vous qu’on la voie aux champs tous les jours. (1)

Toutes ces fillettes parées,
Dans leur cerveau, certes ! aucun souci ne se glisse.
C’est notre jeunesse dorée
Qui vit encore en ce beau Jardin des délices.

Les femmes d’âge mûr et les bonnes grand’mères,
Quoique très bien ont une mise plus sévère.
Pour leur toilette, elles ne font guère de frais.
Avec leur bonnet blanc gaufré
Et leur corsage noir : tout leur vêtement sombre ;
Sinon toutes, du moins, c’est bien le plus grand nombre.
Et de leurs sentiments, maintenant, est banni l’orgueil.
Beaucoup d’elles portent le deuil.
Celle-ci, c’est de ses enfants ; celles-là, c’est de son mari.
Ces peines-là mettent parfois les cheveux gris.
Et les beaux jours s’en vont et puis l’espoir s’envole.
Alors, c’est l’église qui les console.
C’est là qu’elles vont prier Dieu
Pour leur chers disparus : leurs enfants ou leur pauvre vieux.

On vient d’ouvrir la grande porte,
La messe est terminée et voici que tous les gens sortent.
Tandis que dans notre clocher bâti de lave,
Les deux cloches envoient leurs sons majestueux et graves
En sonnant à toute volée ;
La foule, alors, tout doucement s’est écoulée.

Jean Brugière devant sa bibliothèque
(Collection Bayle-Brugière)

Jean Brugière (1869-1945)

Note de J.B. :
(1) - A cette époque, les jeunes mariées aubiéroises avaient la réputation de porter des toilettes de haut prix achetées à la Maison Toissot et Grasbaunn à Clermont-Ferrand.


La saint-Loup 2014

Avant la rentrée… on s’éclate !

Le programme !


N’oubliez pas votre « Vigneronne » chez tous les boulangers d’Aubière !

© Cercle Généalogique et Historique d'Aubière

A voir aussi : C’est la saint-Loup !