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jeudi 13 mars 2014

Le moulin de la Fontaine



Durant les longs mois de l’année 1709, Clauda Tailhandier et Guillaume Bourcheix, les meuniers, avaient dû faire le dos rond, face à cette interminable vague de froid qui avaient pétrifié tout le pays, jusqu’aux cours d’eau.
Les roues de leurs moulins n’avaient guère tourné. De plus, le moulin de la Fontaine à Aubière avait subit de graves dommages. Alors que le printemps 1710 tentait de surgir des glaces, il était urgent de le remettre en état. Guillaume Bourcheix prit donc langue avec un maître charpentier.


Les charpentiers aubiérois étaient tous fort occupés au sortir de l’hiver. Guillaume dut traiter avec maître Durand Geix, charpentier de la paroisse Saint-Vincent du lieu de Sayat. Il disposait de plusieurs aides dont un maçon, ce qui convenait parfaitement pour les travaux que Guillaume envisageait au moulin de la Fontaine.

Le moulin de la Fontaine (Jean-Pierre Béguet, 2002)
« …trante livres pour le masson
qui a fait environ trois toizes de murailhes devant la roue dudit moulin… »
  
Les travaux réalisés :
La roue et l’arbre du moulin, les souches et tout le bois nécessaire (252 £)

Les travaux à réaliser :
Deux meules ;
Le plancher de la chambre de derrière ;
Le parement de l’escalier, plus cinq douzaines de ais (1) ;
Le pavé du moulin ;
Des ferrures ;
L’étable à cochon ;
Trois toises de mur devant la roue du moulin ;
Le foyer de la chambre de derrière ;
Plus une ½ toise de mur d’autre partie ;
et autres menus travaux
Le tout pour la somme de 204 £ 11 sols.

En famille, dans le moulin remis en état...

Le tout dans une quittance consentie par Durand Geix pour Guillaume Bourcheix, établie le 30 mars 1710 par Me Tiolier, notaire, en son étude d’Aubière, et en présence des parties et de Me Pierre Courtes, praticien du lieu d’Aubière, et de Michel Leclerc, maréchal dudit lieu [Archives départementales du Puy-de-Dôme – 5 E 44 461]. (2)


Notes :
(1) – Ais : planches de bois.
(2) – Guillaume Bourcheix : fils d’Amable, vigneron, et d’Isabeau Bourrand, il est né le 19 octobre 1684 à Aubière ; marié à Clauda Tailhandier, il meurt, veuf, le 20 avril 1754 à Aubière.

© - Cercle généalogique et historique d’Aubière (Pierre Bourcheix)



mardi 11 mars 2014

Clauda Tailhandier, meunière



Quand Clauda Tailhandier se marie le 2 février 1694 à Aubière avec Pierre Jallat, elle épouse le meunier et… le moulin.
Clauda Tailhandier, fille d’un vigneron aisé, parfois qualifié de bourgeois, et petite-fille de notaire par sa mère, n’est pas particulièrement prédestinée à ce métier.
Pierre Jallat est meunier et fils de meunier : son père François, originaire de Chazelat, paroisse de Briffons, est meunier à Aubière ; son grand-père maternel était boulanger à Clermont.
Le couple exploite un moulin à Rabanesse, paroisse Saint-Genès de Clermont. Pierre Jallat meurt le 25 octobre 1706 ; il est enterré le 26 à Aubière, en présence des frères de la Fête-Dieu. Quinze mois plus tard, Clauda, veuve et mère de famille, prend deux moulins à bail dans la paroisse d’Aubière.


La confrérie de la Fête-Dieu
L’inhumation de Pierre Jallat le meunier eut lieu le lendemain de son décès subit, le 26 octobre 1706. Membre de la confrérie de la Fête-Dieu, l’une des dix confréries aubiéroises, ses confrères se devaient, comme de coutume, de l’accompagner à sa dernière demeure, au cimetière Saint-Roch.
Pierre Jallat laissait à Clauda Tailhandier, son épouse, 4 enfants, nés à Aubière entre 1695 et 1700 : Anne, Jeanne, Jean et Guillaume. Ces deux derniers poursuivront la lignée des meuniers. (1)

Une femme, maître meunier
Veuve, Clauda Tailhandier va continuer à faire tourner le moulin de Rabanesse, à Clermont, et élever ses enfants. En début d’année 1708, deux moulins se libèrent, appartenant au seigneur d’Aubière, Gilbert de Macon du Cheix ; elle postule et obtient un bail emphytéotique pour les deux moulins, le 1er février 1708 ! (2)

La meunière et son moulin

La meunière aux trois moulins
Ne sachant ni lire ni écrire, Clauda sait sans doute compter pour gérer trois moulins distants de trois quarts de lieue. Laissons tourner le moulin de Rabanesse, situé hors les murs de Clermont, pour nous intéresser aux deux moulins aubiérois, objets de l’emphytéose.
Ce sont deux moulins fermiers dont le premier est situé aux Ramacles, à l’ouest du côté de la Garenne, et plus précisément au quartier de la Fontaine. Il ne s’agit pas du moulin banal, aussi propriété du seigneur, au levant de la porte des Ramacles, hors les murs et au sud du bourg (que l'on connaît sous le nom de moulin Lafayette). (3)
L’acte notarié précise que ce moulin de la Fontaine est confiné, au sud, par le jardin de la cure d’Aubière, une rue à l’ouest, et la maison de Giraud Mallet au nord. Avec ce moulin, Clauda jouira d’un pré, appelé le pré du meusnier ou, dans des documents beaucoup plus anciens, le pré dumosnier. Ce pré est ainsi confiné : « au quartier de la ramaclas, joignant le beail [sic] d’un desdits moulins de jour, le ruisseau de midy, le vergier et parq [sic] dudit seigneur de deux partyes ». (4)
Le second moulin, avec un pressoir à huile, est aussi situé hors les murs, et appelé le moulin bas. Il confine avec le ruisseau au sud, et la rue au nord. C’est très vraisemblablement celui que l’on appelait encore au siècle dernier, le moulin d’en-bas ou le moulin Jallat-Dutemple, de la rue des Moulins.
Le seigneur d’Aubière cède ce bail contre « la quantité de vingt-huit septiers bled conseigle net marchand mesure de Clermont, sous forme d’une rente annuelle et perpétuelle, payable audit seigneur en son château du lieu d’Aubière, chacun an en deux termes et payements esgaux, le premier le jour et feste de Saint Jean Baptiste, et le dernier le jour et feste de nohel ». Le premier terme échera le jour de la saint Jean Baptiste de l’année 1709, et le présent bail emphytéose ne prendra son commencement qu’au premier janvier de la même année. (5)

La meunière s’adjoint un meunier
A cette époque, les temps sont particulièrement durs. On se relève à peine des années noires de la dernière décennie du siècle précédent. Et Clauda est seule pour élever quatre enfants. Lorsqu’elle signe ce bail, nous sommes persuadés, malgré son courage, qu’elle a déjà jeté son dévolu sur le jeune Guillaume Bourcheix, de dix ans son cadet.
Elle le traîne (il se laisse faire, la meunière a du bien !) chez le notaire, Me Tiollier, pour convenir et signer un contrat de mariage, le 25 avril 1708. Ce dernier sera validé devant monsieur le curé d’Aubière, le 1er septembre suivant (Ils auront trois enfants : 2 jumeaux, Ligier et Pierre, nés le 20 juin 1712, morts tous les deux le 26 juin suivant, et une fille, Anna, née le 19 juin 1714, mariée le 26 janvier 1751 à Gabriel Fourcaud).

Quelques mois plus tard allait commencer ce que l’on appelle le Grand Hiver. Clauda et Guillaume durent s’armer d’un grand courage car les années 1709 et 1710 furent des années difficiles, marquées par l’ombre de la mort. (6)

Pourtant, dans peu de temps, ils vont entreprendre d’importants travaux au moulin de la Fontaine (à lire ici).


Notes
(1) – Pierre Jallat : il est né le 5 juin 1670 à Aubière. Fils de François, meunier à Aubière (né à Chazelat et marié avant 1670 à Anna Parry), il est l’aîné de 7 enfants. Seuls, lui-même et son frère arriveront à l’âge adulte ; ils deviendront tous les deux meuniers. Avant d’épouser Clauda Tailhandier, le 2 février 1694 à Aubière, Pierre Jallat avait été marié une première fois à Anna Cohendy, décédée le 17 septembre 1693 à Aubière.
(2) – Clauda Tailhandier : elle est née le 4 juin 1675 à Aubière. Son père, Victor Tailhandier, est un riche vigneron, que l’on « taxe » dans certains actes de bourgeois. Il est lui-même fils d’un cordonnier aubiérois Anthoine et de Clauda Martin. Sa mère, Michelle Chabert, a épousé Victor, le 31 janvier 1673 à Ceyrat où elle est née en 1655. Elle est la fille d’un laboureur ceyratois, devenu notaire royal en 1659, Estienne Chabert, et d’une Aubiéroise, Jacquette Gioux, mariés à Ceyrat, le 23 février 1653.
(3) – Quartier de la Fontaine : il s’agit de la fontaine dite des Ramacles, disparue lors des travaux d’aménagement de la place des Ramacles, il y a une quinzaine d’années. Elle se situerait aujourd’hui au niveau de la fontaine Knox, le long de l’Artière. Ce quartier de la Fontaine était situé hors les murs à l’ouest de la place des Ramacles, confiné au sud par l’Artière, et à l’ouest par l’actuelle rue Vercingétorix.
(4) – Le vergier et le parq : Verger et parc du seigneur, en d’autres termes, la garenne. Ce pré du meunier était donc situé à l’ouest du moulin (square Knox, aujourd’hui).
(5) – Bail emphytéose pour Messire Gilbert Jacques de Macon contre Clauda Tailhandier, veuve de Pierre Jallat, du 1er février 1708, au château dudit seigneur au lieu d’Aubière, en présence de messire Jean Tailhandier, prêtre et communaliste dudit Aubière (oncle de Clauda), et de Pierre Courtes, procureur audit lieu d’Aubière, qui ont tous signé avec nous Tiollier, notaire royal à Aubière (Archives départementales du Puy-de-Dôme – 5 E 44 459).
(6) – Le Grand Hiver : cela commence le 6 janvier 1709. Une vague de froid s’étend sur toute la France (jusqu’à moins 26° C) où tous les cours d’eau gèlent ! Le froid tue, mais jusqu’en janvier 1711, les maladies mortelles n’épargnent aucune famille.

© - Cercle généalogique et historique d’Aubière (G. F. et P. B.)


jeudi 28 novembre 2013

Pierre Bourcheix, sergent royal



Quand j’ai rencontré cet ancêtre la première fois, ma crête s’est dressée sur ses ergots : chouette ! J’ai un officier du roi dans mon arbre ! Cela changeait des laborieux laboureurs, valeureux vignerons et autres journaliers gagne-misère habituels. D’autres actes m’apprirent que ce Pierre Bourcheix était aussi laboureur et fossoyait sa vigne, la saison venue. Quoi ! L’office de sergent royal ne nourrissait pas son homme ?
Lorsque j’eus consulté dictionnaires et autres encyclopédies savantes, je dus me rendre à l’évidence, et rentrer ma crête…

Sergent royal en uniforme (1700)

Ce Pierre Bourcheix-là, car il y en eut bien d’autres avant et surtout après lui, est né en 1607 ou environ. Étant décédé en 1661 à 54 ans, c’est ce que j’en déduis ; et l’année 1607 des registres paroissiaux d’Aubière n’existe plus, tout comme les années qui précèdent ou suivent immédiatement cette année-là. Maître Pierre, donc (oui, oui, c’est inscrit ainsi sur son acte de sépulture), est le fils de Michel et de Michelle Pezant, mes sosas 2048 et 2049 de la douzième génération depuis votre serviteur. Il épouse par contrat une Montferrandaise, née le 18 décembre 1612 à Montferrand, Magdeleine Quinssat, le 8 février 1629 devant maître Jean Portal à Montferrand. Magdeleine était la fille de Jehan Quinssat, un riche vacher, du quartier des Moles à Montferrand, et d’Anthonia Baffoy. Jehan Quinssat est par ailleurs tenancier du Clos de Pontcharrat, appartenant à la dame d’Albiat, et qui confine à l’est avec le domaine de Varvasse.

Pas question de rester dans la belle ville royale de Montferrand, le couple revient au plus tôt dans la paroisse mitoyenne d’Aubière. Ils s’installent au quartier du Chasteau, à l’ombre du clocher à peigne et des hautes murailles du château de la baronnie. Depuis la mort du baron Gilbert II de Jarrie, en 1622, le fief a été découpé en tranches par ses frères et sœurs, s’attribuant une part ou l’abandonnant à des tiers. Ils déshéritaient du même coup la fille du défunt, Ysabeau. Même le château est partagé ! Une moitié revient à l’abbesse de l’abbaye de Sainte-Claire à Clermont, qui devient, par ce fait, coseigneur d’Aubière.

Et voilà le couple installé dans son quotidien : Magdeleine élevant les cinq enfants ; Pierre un jour dans sa vigne du Creux des Malades, un autre au verger de la Coste Blanche, le lendemain labourant sa terre des Varennes. Jusqu’au jour où Pierre devient sergent royal.
Un office de sergent cela s’achète, mais je n’ai pas trouvé trace de cet achat. Et voilà maître Pierre, muni de sa masse, précédant son seigneur lors du cortège entre château et place de l’église ou de la Halle où ont lieu, chaque année à la Chandeleur, les assises de justice d’Aubière. Son personnage est craint car c’est lui qui est chargé de faire appliquer la justice seigneuriale. Il est, en effet, aux ordres de son seigneur ou du bailli, pour l’exécution des décisions de justice ou de police. Sa visite n’est donc jamais une bonne nouvelle. On reçoit de ses mains les exploits d’huissier, les assignations à comparaître, et c’est lui qui officie lors des arrestations ou des saisies.

Signature de Pierre Bourcheix, en 1629

Pierre Bourcheix

Suivez l'histoire et la généalogie d'Aubière sur :  http://www.chroniquesaubieroises.fr/
 
 

jeudi 14 mars 2013

Le conseil de famille marie l’orpheline



Mai 1839. Michel Chalamet, 27 ans, cordonnier, vient de perdre sa mère, Marie Taringaud, décédée le 7 mai dernier. Seul (son père est mort alors qu’il n’avait pas six ans), Michel songe à se marier. Depuis quelques temps déjà, il tourne autour de l’Antoinette Bourcheix, de dix ans sa cadette. Cela fait près d’un an qu’elle est orpheline depuis la mort de son père, Michel (sa mère, Françoise Taillandier est décédée le 4 février 1830). Tous deux se plaisent et voudraient bien passer devant Monsieur le Maire. Seulement voilà, Antoinette est mineure et sans tuteur. Pour palier cette carence, Antoinette devra réunir un conseil de famille…

Conseil de famille Antoinette Bourcheix - 7 juin 1839 - Page 1
(Archives communales d'Aubière)

Antoinette Bourcheix est née le 15 octobre 1821 à Aubière. Elle est la fille de feu Michel (décédé le 20 juin 1838) et de défunte Françoise Taillandier, morte en 1830. Elle voudrait épouser Michel Chalamet, né le 5 mars 1812 à Aubière, fils de Bertrand (décédé le 10 décembre 1817) et de Marie Taringaud (décédée le 7 mai 1839).
Pour cela, le 7 juin 1839, elle est contrainte de convoquer devant le juge de paix un conseil de famille pour le consulter sur l’opportunité de son mariage, avoir son consentement s’il y a lieu, et en même temps, faire régler par lui les conventions civiles quant aux biens dans le cas où il approuverait cette union.

Les membres du conseil de famille :
- Antoine Bourcheix, boulanger, 46 ans (né le 28 décembre 1793), cousin germain ;
- Antoine Bourcheix, ancien militaire, Chevalier de la Légion d’Honneur depuis 1813, invalide, 51 ans (né le 6 décembre 1788), cousin germain, marié à Marie Pezant depuis le 8 juillet 1815 ;
- Etienne Bourcheix, ouvrier menuisier, 23 ans (né le 16 mai 1816), cousin issu de germain, fils du précédent.
Tous d’Aubière, ils composent la branche paternelle.

- Michel Bayle, cultivateur, 71 ans (né le 20 février 1768), oncle maternel, marié à Antoinette Taillandier, sœur de la mère d’Antoinette, depuis le 17 janvier 1792 ;
- Antoine Chabauzy, cultivateur, 50 ans, cousin par alliance au 4ème degré, marié depuis le 1er août 1810 à Françoise Taillandier, sœur aînée de la mère d’Antoinette ;
- François Villevaud, garde-champêtre, 40 ans, cousin au 4ème degré, fils de François et d’Antoinette Fournial.
Tous d’Aubière, ils composent la branche maternelle.

Délibération :
Le conseil de famille reconnaît à l’unanimité que « le mariage projeté par la demoiselle Antoinette Bourcheix lui est avantageux » et consent à ce mariage.

Le conseil délibère ensuite sur les clauses et conditions civiles quant aux biens du mariage ; il arrête à l’unanimité ce qui suit.
« - les futurs époux adopteront le régime dotal sous la réserve seulement que se fera la future de quelques immeubles qui demeureront paraphernaux (1) jusqu’à concurrence d’une valeur de cent cinquante francs ;
- la future se constituera un trousseau et quelques objets mobiliers estimés cent francs. De plus, tous les biens et droits qui lui sont échus par les décès de ses père et mère ;
- Enfin, les futurs époux se feront don mutuel et réciproque en faveur du survivant de l’usufruit pendant sa vie de tous les biens dont le premier mourant se trouvera saisi sauf réduction de droit en cas d’existence d’enfants, sans qu’ils soit nécessaire de fournir caution. »

Antoine Bourcheix, ancien militaire, est nommé à l’unanimité par le conseil de famille pour être son mandataire, afin d’assister et d’autoriser, en son nom, la future épouse dans tous les actes qui seront dressés et faits à l’occasion de son mariage.

Finalement, le mariage fut célébré en mairie d’Aubière, le 21 juin 1839. Trois enfants sont issus de cette union dont deux auront une descendance.

Note :
(1) - Paraphernaux : se dit de l’apport de l’épouse non compris dans la dot, dans le régime dotal.