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jeudi 14 mars 2013

Le conseil de famille marie l’orpheline



Mai 1839. Michel Chalamet, 27 ans, cordonnier, vient de perdre sa mère, Marie Taringaud, décédée le 7 mai dernier. Seul (son père est mort alors qu’il n’avait pas six ans), Michel songe à se marier. Depuis quelques temps déjà, il tourne autour de l’Antoinette Bourcheix, de dix ans sa cadette. Cela fait près d’un an qu’elle est orpheline depuis la mort de son père, Michel (sa mère, Françoise Taillandier est décédée le 4 février 1830). Tous deux se plaisent et voudraient bien passer devant Monsieur le Maire. Seulement voilà, Antoinette est mineure et sans tuteur. Pour palier cette carence, Antoinette devra réunir un conseil de famille…

Conseil de famille Antoinette Bourcheix - 7 juin 1839 - Page 1
(Archives communales d'Aubière)

Antoinette Bourcheix est née le 15 octobre 1821 à Aubière. Elle est la fille de feu Michel (décédé le 20 juin 1838) et de défunte Françoise Taillandier, morte en 1830. Elle voudrait épouser Michel Chalamet, né le 5 mars 1812 à Aubière, fils de Bertrand (décédé le 10 décembre 1817) et de Marie Taringaud (décédée le 7 mai 1839).
Pour cela, le 7 juin 1839, elle est contrainte de convoquer devant le juge de paix un conseil de famille pour le consulter sur l’opportunité de son mariage, avoir son consentement s’il y a lieu, et en même temps, faire régler par lui les conventions civiles quant aux biens dans le cas où il approuverait cette union.

Les membres du conseil de famille :
- Antoine Bourcheix, boulanger, 46 ans (né le 28 décembre 1793), cousin germain ;
- Antoine Bourcheix, ancien militaire, Chevalier de la Légion d’Honneur depuis 1813, invalide, 51 ans (né le 6 décembre 1788), cousin germain, marié à Marie Pezant depuis le 8 juillet 1815 ;
- Etienne Bourcheix, ouvrier menuisier, 23 ans (né le 16 mai 1816), cousin issu de germain, fils du précédent.
Tous d’Aubière, ils composent la branche paternelle.

- Michel Bayle, cultivateur, 71 ans (né le 20 février 1768), oncle maternel, marié à Antoinette Taillandier, sœur de la mère d’Antoinette, depuis le 17 janvier 1792 ;
- Antoine Chabauzy, cultivateur, 50 ans, cousin par alliance au 4ème degré, marié depuis le 1er août 1810 à Françoise Taillandier, sœur aînée de la mère d’Antoinette ;
- François Villevaud, garde-champêtre, 40 ans, cousin au 4ème degré, fils de François et d’Antoinette Fournial.
Tous d’Aubière, ils composent la branche maternelle.

Délibération :
Le conseil de famille reconnaît à l’unanimité que « le mariage projeté par la demoiselle Antoinette Bourcheix lui est avantageux » et consent à ce mariage.

Le conseil délibère ensuite sur les clauses et conditions civiles quant aux biens du mariage ; il arrête à l’unanimité ce qui suit.
« - les futurs époux adopteront le régime dotal sous la réserve seulement que se fera la future de quelques immeubles qui demeureront paraphernaux (1) jusqu’à concurrence d’une valeur de cent cinquante francs ;
- la future se constituera un trousseau et quelques objets mobiliers estimés cent francs. De plus, tous les biens et droits qui lui sont échus par les décès de ses père et mère ;
- Enfin, les futurs époux se feront don mutuel et réciproque en faveur du survivant de l’usufruit pendant sa vie de tous les biens dont le premier mourant se trouvera saisi sauf réduction de droit en cas d’existence d’enfants, sans qu’ils soit nécessaire de fournir caution. »

Antoine Bourcheix, ancien militaire, est nommé à l’unanimité par le conseil de famille pour être son mandataire, afin d’assister et d’autoriser, en son nom, la future épouse dans tous les actes qui seront dressés et faits à l’occasion de son mariage.

Finalement, le mariage fut célébré en mairie d’Aubière, le 21 juin 1839. Trois enfants sont issus de cette union dont deux auront une descendance.

Note :
(1) - Paraphernaux : se dit de l’apport de l’épouse non compris dans la dot, dans le régime dotal.


mardi 11 décembre 2012

Journal économique de Jean-Baptiste André - 39



1790-1842

Toutes les semaines retrouvez ce document inédit exceptionnel
Le Journal économique du fils du dernier seigneur d’Aubière

Épisode 39
Novembre 1795


Novembre 1795
[Page 42]

Prix des denrées : froment 4200£ ; seigle vendu 3600£ ; vin 300£

1- J’ai fait marché avec les journaliers d’Aubière pour l’ouvrage que j’ai à faire tout l’hyver et pour battre à la grange à une coupe de grain par jour, moitié bled moitié orge.

2- J’ai donné à faire à prix fait les creux des vergers moyennant cinq quartons bled ; ils doivent être de deux pieds et demi de profondeur et trois pieds en quarré [sic] ; il y en a environ 180. Il y a aussi des arbres à arracher.

La lessivière

3- J’ai loué pour une année la lessivière des Ramacles (1) à Pierre Doyen, charron, qui demeurait dans la cuisine du château. Il doit me faire, pour son loyer, un tombereau à brancarts [sic] pour mon cheval. Il quittera sur le champ ce qu’il occupe dans le bâtiment.

4- J’ai fait tirer mon cidre le 18 ; il y en a eu en tout quatre cents cinquante pots. 300 pots pour ma portion. Je fais porter à Clermont les cinq pièces qui sont pleines ; des particuliers d’Aubière m’ont fourni des charrois.

5- J’ai fait porter à Clermont toutes les pomes de choix. On en a donné à plusieurs personnes. Il y en a eu en tout 112 hotées.
J’ai pris de Mr St Aignes, sur les fonds de l’église du Port, en différentes fois, 10600 [quoi ? des livres ?], et je suis redevable aujourd’huy 20 de six septiers de seigle.

6- J’ai fait faire à mon compte tout le petit cidre et je le fais passer sur le mat de vendange. On en a fait quatre selles (2) tant dis [sic] qu’il y en a eu neuf en faisant le cidre ; elles ont fait près de trois pièces.

7- Ma sœur cadette a été émancipée chez le citoyen Busche, juge de paix, d’après l’avis d’une assemblée de parents. Mr Duranquet père est son curateur (3). L’une et l’autre m’ont donné une procuration pardevant notaire pour gérer les affaires.
J’ai fait enlever une petite partie du toit de la caudale et de la lapant et j’en ai fait porter le tout à Noyers où on a réservé tous les couverts.

8- On a mis le cidre en taverne à raison de quinze francs la bouteille. J’en ai cinq pièces que j’ai fait mettre à Clermont dans le cuvage de la remise.

9- J’ai fait donation à Marguerite Duparroy de la maison située à la barrière du Toureau, pour les bons services qu’elle a rendus à ma mère pendant la persécution. Elle en jouira dès à présent. [Voir Chronique de la Maison Decorps]

10- J’ai acheté des arbres à la foire de St André, scavoir à Montferrand : treize douzaines ; et à Aubière : vingt-deux douzaines. Il y en a en tout pour six mille quatre cents livres. On en a planté à Noyers neuf douzaines.


Annotations de Pierre Bourcheix :
(1) – Lessivière des Ramacles : il faut entendre ici le mot lessivière comme une lessiveuse, et non comme une lavandière. Dans le haut des Ramacles, derrière le four banal, le long du bief de l’Artière, il y avait une « laverie » seigneuriale (lessivière ou buanderie ?) dans laquelle se trouvait cette lessiveuse avant la Terreur. La lessivière peut être aussi le local des Ramacles. D’où son appellation de « lessivière des Ramacles ».
(2) – Selle : en Basse-Auvergne, instrument de bois pour presser les fromages. Ici, selle est un synonyme de pressée.
(3) – Duranquet : Curateur de ma sœur cadette, nous dit Jean-Baptiste. Mais de quelle sœur cadette s’agit-il ? Anne, née en 1774 ou Marie-Anne, née en 1777 ? Cette dernière aurait été appelée la benjamine, puisque c’est la dernière. Optons donc pour Anne qui se mariera avec Dominique Chardon du Ranquet, le 6 septembre 1796. La famille André est liée au Chardon depuis le mariage de feu Pierre André avec Anne Favard (parents de Jean-Baptiste, Anne et Marie-Anne), dont la mère était une Chardon. Marie-Anne, quant à elle, épousera en 1802, Annet Alexis de Provenchères, et héritera des biens situés sur la commune d’Aubière.



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