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vendredi 27 janvier 2012

Le site exceptionnel des caves d’Aubière


Les caves d'Aubière
On y monte ?

Aujourd'hui, essentiellement situé sur le flanc sud de la vallée de l'Artière, le site des caves d'Aubière s'étend sur une superficie de plus de 3 hectares, où sont rassemblées plus de 800 caves ! Un site unique en Europe !
C’est la proximité de la nappe phréatique sous les maisons du bourg qui a conduit les Aubiérois à creuser leurs caves sur les coteaux nord et sud. C’est ainsi, qu’à Aubière, on « monte aux caves » !

Le site des grandes caves d'Aubière

Les premières caves souterraines
Dès la fin du 16ème siècle, il semble que les vignerons cherchent des solutions au stockage du vin. Il y a quelques années, on pensait encore que c’était la "Cave à Madame" (ancienne cave du seigneur d’Aubière, aujourd’hui Musée de la Vigne et du Vin de Basse-Auvergne) qui avait donné à certains l'idée de creuser les coteaux qui enserrent le bourg d'Aubière, au nord et au sud. Mais des actes notariés nous ont appris que des caves existaient dès le 16ème siècle. Jusque là, les vignerons aubiérois devaient se contenter des caveaux ou cuvages, à peine enterrés sous les maisons du bourg.
Si la plus ancienne cave datée porte l'année de 1742 sur son linteau, des actes notariés du 16ème siècle nous indiquent l'existence de plusieurs caves sur le flanc sud, dont la construction est de fait antérieure à 1600.

Extension du domaine des caves
C'est à partir du cadastre de 1831 que l'on se fait une idée de l'implantation progressive du domaine des caves que l'on connaît aujourd'hui.
Voici la situation géographique des diverses implantations de caves en 1831. On peut distinguer trois sites (en dehors de la Cave à Madame et de quelques rares autres caves isolées) : les caves de la Croix de l'Arbre, rue Pasteur actuellement ; les Grandes Caves, de chaque côté de la rue des Grandes Caves ; les Petites Caves, de part et d'autre de la rue de Pérignat aujourd'hui.

Les caves de la Croix de l'Arbre (1831)
On dénombre 6 couloirs situés le long du chemin de la Croix de l'Arbre, au nord du bourg. Trois de chaque côté. Rien n'indique, pour aucun des sites, si toutes les caves ont été creusées ou si toutes les caves, à l'intérieur de chaque couloir, sont "habitées". D'une façon générale, il est, par ailleurs, difficile de savoir si chaque entrée de cave correspond à un "couloir", où sept à huit copropriétaires cohabitent chacun dans un caveau (ou salle), ou à une cave composée d’une seule salle.
Aujourd’hui, les caves sont concentrées à l’ouest de la rue Pasteur ; du côté est, une seule entrée de cave subsiste.

Caves de la Croix de l'Arbre, rue Pasteur

Les caves du coteau sud, où l'on distinguera les Petites caves et les Grandes caves. En 1831, le cadastre nous montre qu'il n'y a aucune construction de maison d'habitation entre la rue Jean Bart et la rue des Grandes Caves, le long de laquelle on compte seulement quelques maisons du côté est. Une ou deux maisons au début de la rue de Romagnat (côté ouest de la rue des Grandes Caves).

Les Petites Caves (1831)
23 couloirs sont indiqués rue de Pérignat, rue de Bacchus, le long et au sud des rues de la Biche, du Coq et du Cerf, et un dans ce qui sera la rue du Paradis, à peine ébauchée à partir de la rue de Pérignat. Aucune entrée de cave n'est indiquée dans la rue de Pérignat, au-dessus de la rue de Bacchus. Le Grand Corridor apparaît dans la rue du même nom.
Le Grand Corridor : ce large couloir est appelé ainsi car sa voûte centrale est supportée par de puissants et solides piliers cylindriques.

Le Grand Corridor

Les Grandes Caves (1831)
27 couloirs sont indiqués à gauche en montant la rue des Grandes caves, jusqu'au Chemin du Puy. Les caves de la Gaieté et du Thieu n'existent pas encore. Les caves sont toutes situées entre la rue de l'Adèle et le Chemin du Puy. La moitié est de la rue de l'Adèle n'est pas encore "habité". Une autre entrée de cave est signalée au niveau de la future rue du Paradis, en haut et légèrement à l'ouest de la future rue Saint-Marc. Cette cave, repérée aujourd'hui, cadastrée n°168, n'est constituée que d'une seule salle de plus de 100 m². (...)

Site des grandes Caves

Un site étonnant et méconnu
Immortalisées il y a un siècle par les photographes sur des cartes postales de plus en plus rares, les caves d'Aubière, creusées à la sueur des vignerons aubiérois, n'ont toujours pas révélé l'immensité de leur dédale au grand public.

On se presse aux portes des caves d'Aubière

Les anciens ayant vécu cette époque aimaient à rappeler que les caves d'Aubière étaient un des lieux de promenade dominicale des Clermontois depuis le milieu du 19ème siècle. Ils y venaient endimanchés, leurs dames vêtues de leurs plus beaux atours et coiffées de merveilleux chapeaux fleuris, une ombrelle protégeant des rayons du soleil la blancheur de leur peau. On flânait alors sur les dômes verdoyants des caves, surmontés de drôles de soupiraux, à l'ombre frémissante des églantiers et des amandiers.

Promenade dominicale sur les caves

Certains jours, comme durant la Fête de la Saint-Loup, les caves grouillaient d'une population hétéroclite venant se livrer à des libations bachiques : on mangeait l'oie arrosée d'un petit vin frais que les vignerons tiraient de leurs tonneaux dans la profondeur de leurs caves faiblement éclairées d'une chandelle vacillante. Tout ce monde se pressait aux portes des caves largement ouvertes ; on pouvait alors pour un sou, boire à satiété pendant une heure ; ou bien, pour quelques rondelles de petite monnaie, boire "à la saoulée".
Les soirs d'été, les vignerons, harassés par une longue journée de travail dans les vignes, se retrouvaient entre amis sur le faîte des caves pour déguster un petit bout de lard qu'ils mouillaient de quelques verres de vin, profitant de la fraîcheur du crépuscule naissant.

Un soir d'été sur les caves

Ils avaient déjà oublié comment leurs pères, pour stocker le vin produit par un millier d'hectares de vigne, avaient creusé les coteaux de la vallée de l'Artière. Dès le 17ème siècle, les vignerons faisaient appel à une technique de construction, hors du commun, apportée sans doute par les fameux maçons de la Creuse. Si certaines caves, très rares, furent creusées à même la roche, les autres caves adoptent deux autres sortes de technique.
  • La première : creusement du sol, construction des fondations sur lesquelles on installe le coffrage de la future voûte, des portes et de l'escalier d'accès. La voûte est ensuite maçonnée en ménageant une ouverture pour le conduit d'aération. Enfin, on rapporte la terre sur la voûte achevée.
  • La seconde semble la plus utilisée, comme l'attestent de nombreux actes notariés. Elle consiste à construire une voûte et un conduit d'aération à même le sol ; une fois l'escalier d'accès construit, on bâtit les parois du couloir et les portes. On extrait enfin la terre sous la voûte pour en recouvrir le faîte.

Aujourd'hui, les sites des caves (au nord comme au sud d'Aubière) sont en cours de réhabilitation par l’Association de Sauvegarde des Caves d’Aubière. La zone sud constitue un réseau d'environ 140 couloirs, le long desquels on dénombrait, il y a un siècle, plus de 900 caveaux ! De par son étendue, ce site est unique en Europe, et mérite de figurer au patrimoine de l'Auvergne.

© Cercle Généalogique et Historique d'Aubière - Pierre Bourcheix

Voir Cahier n°2, « Aubière et le vin de la vigne à la cave », 1997

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