Actualités


mercredi 25 janvier 2012

Le couvent de la Visitation

 La Visitation Sainte-Marie de Clermont

Monastère de la Visitation, miniature peinte à la main par Marie-Eugénie Decorps

L'ordre de la Visitation Saint-Marie a été fondé en 1610 par saint François de Sales et sainte Jeanne de Chantal (grand-mère de Madame de Sévigné). L'histoire de l'ordre en Auvergne est contemporaine de cette fondation.
Tout commence par la vie édifiante de Anne-Thérèse de Préchonnet, fille de Gaspard Le Loup de Montfau, seigneur de Préchonnet et de Charlotte de Montboissier-Beaufort-Canillac. Son mari Gilbert-Alyre de Langeac, comte de Dallet, la maltraitait tant au physique qu'au moral (coups de plats d'épée ; menaces pendant le sommeil, le dit sieur se tenant à ses côtés avec des pistolets chargés et une épée nue…). La terreur qu'elle vivait, sans n’en aviser personne de peur des représailles, fut telle qu'elle demeura paralysée. Elle se fit porter en l'église d'Orcival afin d'implorer l'assistance divine. L'histoire dit que par le plus grand des hasards le mari s'y trouva au même moment. Caché derrière un pilier, il vit la profonde piété de son épouse et assista à sa guérison miraculeuse. Bien entendu, il fut pris de remords et regretta son attitude passée. (1)

Monsieur de Dallet quitta la vie terrestre assez jeune, et Anne-Thérèse put se livrer librement à une vocation monastique, fondant la Visitation de Montferrand dont elle fut plusieurs fois supérieure.

Anne-Thérèse de Préchonnet

Les visitandines de Clermont ont pour fondatrice la marquise de Saligny qui avait pressenti des religieuses de Bourbon-Lancy. Mais la ville de Clermont penchait plutôt pour les visitandines de Montferrand. Anne-Thérèse de Préchonnet, alors supérieure, présenta une requête à l'évêque pour appuyer ce choix, et la demande fut entérinée.
Elle nomma Anne-Charlotte Chaslus de Cordès comme supérieure, et le couvent de Montferrand alloua une somme de 18.000 livres cautionnée par Antoine de Gilbertes Chastelus, gendre de Madame de Préchonnet. Les religieuses s'installèrent cours Sablon, angle de la place Michel de l'Hospital à Clermont. Elles y restèrent jusqu'à la Révolution. Les bâtiments furent alors vendus comme biens nationaux.
Il faut attendre 1824 pour que les religieuses de la Visitation Sainte-Marie reparaissent à Clermont. Elles occupent alors l'ancien couvent des Jacobins. Ce sont ces bâtiments et leurs dépendances que représente une petite miniature peinte de la main de Marie-Eugénie Decorps (en religion, sœur Marie-Alphonse) décédée en 1946 ; elle survécut longtemps à sa sœur, Émilie Decorps (en religion, sœur Louise de Gonzague) décédée le 8 novembre 1898, également religieuse de la Visitation Sainte-Marie. Toutes deux étaient natives d'Aubière, filles de Pierre Decorps et d'Anne Breuly, petites filles de Guillaume Breuly, adjoint au maire, témoin au célèbre procès de 1841, faisant suite à la révolte des habitants d'Aubière et de Beaumont.

Émilie Decorps, en religion : sœur Louise de Gonzague

Marie-Eugénie Decorps est l'instigatrice du mariage de son neveu Emmanuel Decorps avec Jeanne Jacquet, originaire du Bourbonnais et qui fut élève de l'école des sœurs de la Visitation dans la période 1890-1895.

Anecdote :
Au moment des lois de séparation de l'Église et de l'État (lois Combes), les sœurs qui ne pouvaient enseigner en portant l'habit religieux, décidèrent de partir (vraisemblablement en Italie). Mais ces braves religieuses n'étaient pas équipées pour les voyages. On leur prêta la valise qui avait accompagné son propriétaire lors de son service militaire de deux ans en Algérie. Et l'on vit un spectacle peu banal à la gare de Clermont : la mère supérieure marchant dignement avec la crosse suivie d'une religieuse portant fièrement une valise sur laquelle était inscrit : "1er Régiment de Tirailleurs Algériens".

Note :
(1) - Les relations de couple brutales hantaient décidément la famille : leur petite-fille Antoinette-Louise de Langeac était en procès en 1675 contre son mari François-Annet de La Rochebriant (petit-neveu de Gilbert de Jarrie d'Aubière et cousin germain de Gilberte de La Rochebriant) pour menaces, violences et voies de fait sur sa personne. Là, point d'histoire édifiante : il fut condamné, le 29 mars 1675, à ne pas troubler sa femme dans la jouissance de ses biens et à lui payer une pension annuelle de 800 livres. Et l'on attendit son décès, en 1684, pour baptiser ses enfants : 13 février 1685, baptême d'Amable Gilbert de La Rochebriant, comte de Cléravaux, fils à feu François Annet de La Rochebriant, comte de Cléravaux, et Antoinette-Louise de Langheat, parrain Gilbert de Chabannes, marraine Marie-Claire d'Esteinc ; l'enfant est âgé de 12 ans. Même jour : baptême de demoiselle Claude Gilberte de La Rochebriant, fille à feu François Annet, comte de Cléravaux et Antoinette Louise de Langheat, parrain Claude Alyre de Langheat, marraine Gilberte de La Rochebriant ; l'enfant est âgée de 10 ans.


© Cercle Généalogique et Historique d'Aubière (GF)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire