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lundi 4 juin 2012

Passeport pour l’intérieur (1838)


Le parcours de François Domas

Nous avons découvert une collection de 271 passeports pour l’Intérieur aux archives communales d’Aubière.
Ces 271 passeports s’échelonnent sur tout le xixème siècle, de 1801 à 1898 ; nous révélant une photographie étonnante de ceux et celles de nos ancêtres qui ont quitté leur environnement habituel pour de nouveaux horizons. Ils partaient pour quelques jours, quelques semaines ou quelques mois, pour leur travail ou leur loisir. Pour cela, il était indispensable de se procurer un passeport auprès du maire de la commune.

Passeport pour l'Intérieur de François Domas (recto)
(Archives communales d'Aubière)

Voici un exemple de passeport avec le parcours de François Domas entre Marseille et Aubière en 1838. Un voyage à pieds de 436 kilomètres !

« François Domas, fusilier au 62ème de ligne, 2ème bataillon, ayant concouru au tirage de la classe de 1817, et ayant pris le service comme remplaçant le sieur Ardail du canton d’Arlanc, arrondissement d’Ambert, qui était de la classe de 1826, il se trouve dans son foyer en vertu d’un congé illimité daté d’Aix le 27 septembre 1833. Ce jeune homme devra se présenter, lors de son arrivée au lieu de sa destination, devant le maire afin de lui faire connaître le lieu de son habitation. »

C’est ce qu’on peut lire sur le passeport que le maire d’Aubière lui délivre le 12 septembre 1833. François Domas s’apprête alors à partir pour Marseille.
Que fait-il à Marseille jusqu’en 1838 ?
Libéré de ses obligations militaires, il devient sans doute préposé à l’octroi, comme l’indique le passeport qu’il obtiendra en septembre de cette année-là.
Ce passeport, en date du 21 septembre 1838, est un passeport gratuit d’indigent, car il est alors sans ressources à Marseille. Le maire de cette ville le renvoie ainsi chez lui pour qu’il ne revienne pas grossir le nombre des mendiants de la Cité phocéenne. Une sorte d’expulsion, en somme !

Passeport pour l'Intérieur de François Domas (verso)
(Archives communales d'Aubière)

Et voilà notre François Domas sur les routes, pour se coltiner 436 kilomètres à pieds !
On lui a imposé un itinéraire, indiqué au dos de son passeport. En 15 étapes.
Est-il réellement parti le 21 septembre ?
Si oui, il met deux jours pour rallier Aix, situé à 29 kilomètres. Détail important : le passeport est gratuit, et chaque Mairie doit lui verser un secours de route à chaque étape ! de Marseille à Aix : 1,28 franc pour secours de route (1).
1,50 franc d’Aix à Orgon.
Curieusement, il ne s’arrête pas à Lambesc (km 52), mais le lendemain 24 septembre, son passeport est visé à Orgon (km 78) où il reçoit 60 centimes pour aller jusqu’à Tarascon.
Son passeport sera visé à Beaucaire, ville voisine (km 112). Il reçoit 75 centimes pour aller à Nîmes (km 135). Il y est le 25 septembre.
A Nîmes, il touche 1,50 franc pour aller jusqu’à Alais (Alès) (km 178), où il arrive deux jours plus tard, le 27 septembre.
Son passeport n’est pas visé à Portes (km 198), pas plus qu’il ne l’avait été à Boucoiran (km 159). Il doit pourtant y faire étape… A raison de 4 km/heure, cela lui ferait des étapes de 10 à 12 heures !
Il a reçu 1,50 franc pour aller à Villefort (km 227). Arrivé le 30 septembre à Villefort où il reçoit 1,35 franc pour aller à Langogne (km 269).
Son passeport est visé le 1er octobre aussi bien à Langogne qu’au Puy (km 309). Paiement : 1,50 franc jusqu’au Puy et 2,10 francs jusqu’à Brioude (km 368) où il arrive le 3 octobre.
Ne s’est-il pas arrêté à Fix le 2 octobre ?
Il a reçut 1,05 franc à Brioude pour aller à Issoire (km 402). Le visa d’Issoire date du 4 octobre, où il reçoit 75 centimes pour aller à Aubière. Il y arrivera le 5 octobre.
Il aura parcouru les 436 kilomètres en 14 jours !
Il aura encaissé 14,48 francs pour son secours de route !

Ironie de l’histoire : le 16 octobre suivant, le maire d’Aubière lui signe un passeport pour… Marseille !


François Domas ou Daumas est né le 2 janvier 1797 à Aubière. Il est le fils de Jean et de Jeanne Baille. On ne lui connaît pas d’alliance ni de descendance.

Notes :
(1) - Secours de route : 
D'après la loi du 13 juin 1790 (article 7), le secours de route, à raison de 3 sous par lieue, n'est dû qu'aux mendiants qui reçoivent un passeport gratuit pour retourner au lieu de leur domicile, le même secours également dû, en vertu de la même loi et de l'article 6, titre 2, de celle du 24 vendémiaire an 11, aux mendiants et gens sans aveu, étrangers au royaume, qui devront quitter le territoire (Ministère de l'Intérieur et des cultes - Division de police générale - 2e bureau - Circulaire n°34)

© Cercle généalogique et historique d’Aubière – Pierre Bourcheix

Complément : Voyages en tous genres


2 commentaires:

  1. finalement tout bien reflechi, il faut croire "que la misère est moins terrible au soleil" !
    selma cayol

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  2. Pourtant, en Auvergne, on n'a pas à se plaindre du soleil... ;-)

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