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jeudi 28 juin 2012

Hygiène et convenances dans les lieux publics


Les billets du docteur Kyslaw – 3

Kyslaw, prononcez « qui s’lave ». C’est le pseudonyme que se donnait le bon docteur Casati qui n’avait pas de cabinet médical à Aubière, mais qui était malgré tout soucieux de la santé de ses concitoyens aubiérois et aimait prodiguer des conseils par l’intermédiaire du Bulletin paroissial d’Aubière, dans les années 1908-1910.
Nous allons, au fil des mois prochains, vous distiller quelques-uns de ses billets.

Aujourd’hui, le Dr Kyslaw veut bien nous communiquer quelques réflexions fort sages sur la propreté dans les lieux publics. On ne les lira pas sans intérêt ni profit, j’espère, du moins en ce qui concerne l’église.


Interrogez un touriste étranger : anglais, suisse, japonais ou scandinave, sur ses impressions personnelles. Invariablement il vous dira : « Certes votre pays est magnifique ; c’est plaisir de voyager en Auvergne… mais pourquoi faut-il que ce plaisir-là soit gâté par le sans-gêne répugnant de nombre de vos compatriotes ? Impossible de se promener à l’aise dans vos temples et vos monuments publics. Tout en admirant chapiteaux, nervures, sculptures ou tableaux, il faut avoir un œil détourné vers le sol, de peur d’y fouler des crachats et de glisser sur le pavé ».
Hélas ! comme c’est vrai ! non seulement à la mairie, à l’école, au bureau de poste, à la gare, en tramway, en wagon, mais même au musée et à l’église, partout, on peut voir sur le sol, quelqu’une de ces petites mares ignobles, jaune-verdâtre, ou gris-sale, mousseuses ou gluantes, expectorées là par des bronchitiques, des emphysémateux, des asthmatiques, des tuberculeux… Horreur ! y a-t-il chose plus hideuse, plus répugnante que ces crachats, renez-vous de tous les microbes de la création.
Pour ma part, durant ma longue carrière, et certes j’en ai vu de toutes sortes, il y a une chose à laquelle je n’ai jamais pu m’habituer ; je m’y soumets par devoir professionnel, mais avec d’inévitables soulèvements de cœur : c’est l’examen des crachats de mes malades. Et l’on reste stupéfait, vraiment, à la vue de ces gens qui, pour ne pas salir leur mouchoir de poche, ne craignent pas d’imposer aux autres une si désagréable incommodité.
Leur malpropreté et sans-gêne égoïste sont bien la signature d’une mauvaise éducation. Oui bien ! la signature ! Chacun sait que de nos jours ce n’est pas la richesse du vêtement, ni sa coupe, mais bien la façon de le porter qui distingue une personne d’une autre. Eh bien ! porterait-il le plus merveilleux costume et les plus belles parures, voire même le fameux gilet de cinq cent mille francs de l’ancien fondateur des Magasins du Louvre, défunt M. Chauchard, celui qu’on voit cracher sur le parquet ou le pavé d’un lieu public signe par là même « je ne suis pas distingué » ou mieux « je suis un malpropre ».
Jetés sur le sol d’une maison, ou d’un lieu public, les crachats sont fort désagréables à la vue, mais de plus, combien dangereux pour la santé ! Que de maladies contagieuses contractées par ce moyen. Les mouches se posent dessus, sucent, puis vont se promener sur les mains, ou le visage d’une personne, sur ses aliments… Autre exemple : un tuberculeux crache sur le pavé de l’église, dix fois, vingt fois durant un office. D’abord ces crachats incommodent les voisins ; puis ils se dessèchent et se réduisent en poussière. Cette poussière, que soulèvent les pas, le remuement des chaises ou du balai et les jupes des dames, se mélange à l’air qu’on respire. Ce sont des milliers de bacilles tuberculeux qui, à chaque inspiration, passent dans les poumons des assistants. Comme parmi ces assistants il s’en trouve de trop faibles pour résister à ces assauts de microbes, ceux-ci offrent aux bacilles un terrain de culture éminemment favorable. Ils feront de la tuberculose et ce sera pour eux qu’on sonnera le glas dans quelques années, peut-être dans quelques mois, et que de nouveau il y aura affluence à l’église. Songe-t-on à la terrible responsabilité encourue par l’auteur de tout ce mal ?
Le fait date de quelques années. Parmi douze employés d’un bureau, rue de Rivoli, à Paris, se trouvait un tuberculeux.

Docteur Kyslaw, alias Docteur Casati.

Paru dans Bulletin paroissial d’Aubière – Août 1909-Septembre 1909




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