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mardi 24 juin 2014

Biefs de l’Artière : l’irrigation des cultures et des jardins_volet 1



Comme partout et comme souvent, l’eau est à la une des préoccupations des hommes, hier comme aujourd’hui. À Aubière, comme nous l'avons vu pour l’eau potable, il en va de même pour l’irrigation des cultures et des jardins. Le problème se complique quand six moulins se succèdent, en moins de deux kilomètres, sur l’Artière ou ses biefs. Les difficultés se multiplient tous les étés et, en particulier, en période de sècheresse. Circuit au cœur des terroirs aubiérois.

Notre zone d’investigations (sur une période allant de la fin du xvième au milieu du xixème siècle) s’étend dans les limites suivantes : à l’ouest, la rue de Pourliat et la rue Henri-Barbusse ; à l’est, l’avenue de la Margeride et l’avenue du Roussillon ; au nord, l’avenue du Mont-Mouchet, la rue Champvoisin, la rue des Foisses et l’avenue Roger-Maerte ; enfin au sud, l’avenue Nestor-Perret, la rue de Romagnat, la rue du Chambon et l’avenue Jean-Moulin.
Cette zone plane, d’abord marécageuse, a peu à peu été comblée durant les derniers millénaires par les alluvions drainées par l’Artière et par l’érosion de ses deux bordures au nord et au sud. Elle a été sujette, régulièrement, à des inondations importantes et meurtrières, qui semblent, aujourd’hui, avoir disparues, grâce aux efforts de canalisation de l’Artière et à la réalisation de bassins d’orage en amont d’Aubière.
Si, jusqu’au xviiième siècle, les droits d’eau se réglaient, nous l’avons vu, entre le corps commun des habitants et le seigneur, l’augmentation de la population et la parcellisation du territoire avec l’émergence de nouveaux propriétaires, qu’ils soient locaux ou forains, vont générer de nouvelles règles.

De Pourliat à la Garenne
Ces terroirs, traversés par le lit sinueux de l’Artière, n’ont guère fait parler d’eux. Avant le xixème siècle, on y trouve essentiellement des pâturages, des vergers et quelques terres à céréales. De rares vignes s’enhardissent près du carrefour de la Pierre piquée, en limite de la paroisse de Romagnat. Ces territoires sont en effet moins gourmands d’eau que les jardins à ortailles [1] ou les chènevières [2] que l’on trouvera en aval. Cependant, dans le haut de Pourliat, une rase d’irrigation s’échappe de la rive droite de l’Artière, au-delà de sa première courbe, dès son entrée sur la commune d’Aubière. Cette rase se démultiplie alors au gré des parcelles et des besoins.

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Pourliat et le moulin Dermain
sur le cadastre de 1831
(Archives départementales du Puy-de-Dôme)

Un peu plus loin, dans la courbe la plus prononcée du ruisseau, se dresse le premier moulin d’Aubière : le Moulin Dermain. Son béal prend trois courbes en amont, toujours rive droite, suit le ruisseau, actionne la roue du moulin et se déverse dans l’Artière, enfermant ainsi le moulin dans la courbe.
En amont du moulin, une rase d’irrigation puise l’eau du béal pour arroser les parcelles à l’ouest.
Au sud de Pourliat, la Gazelle, descendant de Romagnat, arrose chichement les prairies. Ce ruisselet, si étroit qu’un enfant le sauterait à pieds joints, se prélasse jusqu’à venir se jeter dans le cours de l’Artière peu avant le pont de Beneilh [3], au terroir du Pré Rougier, où quelques chènevières apparaissent.

Le pont de Beneilh

Les Ramacles, entre deux moulins
Après le passage du pont de Beneilh et peu avant d’arriver aux Ramacles, nos aïeux bâtirent un barrage, encore visible aujourd’hui. Celui-ci allait permettre la création du lavoir, dit Saint-Verny aujourd’hui, et le départ d’un béal, rive gauche.
Ce béal alimentait, à l’origine, les fossés du bourg au niveau du quartier du Verger. Il actionnait également un moulin, dit Moulin de la Fontaine, situé entre l’Artière et les fossés (entre [k] et [m] sur le plan de 1831 - Voir le Plan annoté d’Aubière ICI - Les lettres et les chiffres entre crochets [-] indiquent des emplacements sur le Plan d'Aubière annoté).
Le tracé du béal longeant les Ramacles à l’aspect nord (que l’on voit sur ce plan, et que nous appellerons béal des Ramacles), n’apparaît qu’après le comblement des fossés et l’apparition des premières maisons adossées aux remparts.
Le quartier de la Fontaine. Il doit son nom à la fontaine, dite des Ramacles, située autrefois au point [o] du plan de 1831. Ce quartier occupait jadis l’emplacement du square Knox, limité au nord par les fossés du bourg, et la Garenne, à l’ouest. Il débordait plus ou moins sur la rive droite de l’Artière, selon les appréciations fluctuantes de nos ancêtres, entre le terroir du Pré de l’Aire au sud-ouest, et le terroir du Thieu à l’est.
Les berges de l’Artière, depuis le pont de Beneilh [p] et jusqu’au pont des Ramacles [d], étaient plantées d’oseraies. Au-delà, rive droite, des prairies, de nombreux jardins, des chènevières et quelques constructions occupaient les territoires jusqu’à la voie commune, la route de Romagnat [4].
Sur l’Artière, rive gauche, peu avant le pont des Ramacles, une dérivation prenait la direction du quartier du Moulin (autour du Moulin Chabozy Lafayette ou moulin d’en-haut, qui était le moulin du seigneur [4]. Ce moulin enjambe le bief). Cette méaude [5] amenait l’eau au moulin avant de se déverser dans un bief qui partait des fossés pour l’irrigation des jardins, à l’est, en contrebas du moulin [6], à une époque où les constructions étaient beaucoup moins nombreuses que nous le montre le plan de 1831. Cette méaude sera désactivée lorsque les fossés seront comblés ; la roue du moulin sera alors actionnée par le béal des Ramacles, rejoignant celui qui partait des fossés du bourg antérieurement.


Un règlement de prise d’eau en 1750

« Fut présent Guillaume Degironde, fils de défunt Michel, vigneron habitant du lieu d’Aubière, lequel, de gré, a vandu, ceddé, quitté, remis et transporté, et par les présentes, vend pour toujours avec promesse de garantie à Antoine Turgon, aussy vigneron, habitant du lieu d’Aubière, cy présent et acceptant pour luy et les siens, à sçavoir la prize d’eau pour arroser une vigerie qui est au-dessous de celle du vandeur, située hors les murs dudit lieu d’Aubière et au quartier et terroir de La Trolias, ladite vigerie dudit acquéreur joignant celle dudit vandeur et celle de Jean Delonchambon de midy, la vigerie de Sébastien Bourché de jour et la grange de François Noilé de nuit.
La prize d’eau à prendre depuis la rue qui est de côté de bise et entre la vigerie de Jean Moins et celle dudit vandeur du côté de midy, où est placé le béal pour l’arrosement desdites vigeries, lequel sera de la largeur de deux pieds pour faciliter d’aller et venir pour la conduite de ladite eau.
La présente vante faite et accordée entre les parties moyennant le prix et somme de dix livres.
Fait et passé à Aubière en l’étude du notaire, le trente et un mars mil sept cent cinquante, en présence de Martin Lafont et de Pierre Noellet le jeune. » Signé : Girard, notaire royal. [7]



© - Cercle généalogique et historique d’Aubière (Pierre Bourcheix)



[1] - Jardin à ortailles : jardin potager.
[2] - Chènevière : terre à chanvre.
[3] - Ce sont dans ces parages, traversés aujourd’hui par la rue des Mésanges, que nos ancêtres vignerons ont transformé vers 1895 leurs jardins en pépinières à maillots. C’est dans l’un d’eux, que prendra racines le fameux cépage hybride « l’Incomparable », au moment où le phylloxéra détruisait notre vignoble (voir le Cahier n°2 du Cercle généalogique et historique d’Aubière : Aubière et le vin, 1997).
[4] - Le terrier de Thiolier mentionne au xviième siècle, les propriétés de noble Géraud de Crespat, seigneur de Ludesse, marié en 1667 à Suzanne Pellissier, reçues de son père Jean : Au quartier de la Fontaine, sine du Thuel, un ort à chanvre, des jardins et vergers, une maison, une estable, une grange et une basse-cour, le tout confiné en parties par la grange d’Antoine Mallet, la grange de messire François Nouellet, curé, la nugerade [verger planté de noyers] des hoirs de Pierre Thévenon, la cave d’Antoine et Guilhe Finayre, les jardins de maître Guerrier, et de Michel et Etienne Desroche, la grange et le jardin d’Antoine Chabry (cartes 6, 6 bis et 6 ter du second cahier du terrier. Le Terrier de Thiolier a été établi au xviiième siècle, mais reprend les données des terriers précédents des xvième et xviième siècles).
[5] - Méaude ou méode : Amenée d’eau d’un moulin, signalée dans le 8ème cahier du Terrier Thiolier.
[6] - Entre les fossés, à l’ouest de la rue Nationale [8], jusqu’à la rue des Planches à l’est [9], et l’Artière au sud.
[7] - Prise d’eau du 31 mars 1750 – A.D. 63 – 5 E 401.









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