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jeudi 27 mars 2014

Le sous-préfet enquête…



Durant les dernières années du 1er Empire, en dehors des agitations politiques, au cours desquelles les Aubiérois avaient une réputation bien établie, il apparaît que toutes les nuits d’Aubière n’étaient pas toujours sereines. L’ordre public était parfois troublé, malgré les appels au calme réitérés par le maire à force d’arrêtés municipaux.

C’est ainsi que dans les nuits du 8 au 9 et du 11 au 12 mai 1811, on s’en prend à la vigne du maire et à un mur de clôture de Mr de Provenchères, gendre de feu le dernier seigneur d’Aubière…





Sur ordre du préfet du Puy-de-Dôme, et escorté de deux brigades de gendarmes, le sous-préfet, lui-même, se transporte à Aubière pour enquêter sur ces deux délits.



Les faits : d’une part, on a coupé douze cent ceps, ou environ, dans la vigne de Me Girard, Maire de la Commune d’Aubière, d’autre part, un mur de clôture, avec le portail, appartenant à Mr de Provenchères, propriétaire, a été renversé.



Enquête

Le sous-préfet se présente à la mairie où le maire Guillaume Girard, son adjoint Claude Planche, et tout le conseil est réuni. On reconnaît Antoine Cassière, François Fouilloux, Martin Moins, François Aubény, Jean Cougout, Amable Bourcheix, François Noellet, et Antoine Noellet.

Interrogé, « le Sieur Claude Planche, adjoint à la Mairie, nous a déclaré que les nommés Bertrand Pezant, âgé de 18 ans [1], Amable Jallut, même âge, Guillaume Roche, âgé de 24 ans, Antoine Beneix, âgé aussi de 24 ans [2], et Joseph Montagnon, conscrit de 1811 [3], dont le numéro n’a point encore été appelé, étaient soupçonnés d’être les principaux auteurs des délits commis chez Mr le Maire et chez Mr de Provenchères, et que les individus pouvaient être regardés comme les plus mauvais sujets de la Commune. »

Martin Moins, membre du Conseil, assure le sous-préfet que le nommé Guillaume Lonchambon, conscrit déserteur, lui avait dit que Roche et Beneix, dénommés ci-dessus étaient les auteurs des délits.

Hormis Antoine Cassière, qui ne peut infirmer ni confirmer ces affirmations, les autres membres du conseil approuvent la déclaration de l’adjoint Planche. Ils ajoutent que

1° Bertrand Pezant avait sa mère et sa sœur détenues en prison comme convaincues de vol ;

2° qu’Amable Jallut appartenait à la famille appelée "Pifra" [4], dont 5 individus étaient aux galères ;

3° que Guillaume Roche avait eu son père tué dans une cave en y volant du vin ;

4° que le père d’Antoine Beneix était mort aux galères ;

5° enfin que Joseph Montagnon était nommé comme voleur de profession.



Témoignage de Gabriel Valeix :

« dans la même nuit du 11 au 12, sur les deux heures du matin, étant couché dans son lit, il fut réveillé par des coups de pierre qui portèrent sur sa porte, qu’il se leva de suite et qu’étant accouru à l’endroit où on les dirigeaient, il avait reconnu et distingué les nommés Joseph Beneix, dit "Pacha", et Bertrand Pezant, accompagnés de six autres qu’il n’avait pu distinguer, qu’il avait de plus entendu le bruit occasionné par la chûte de deux pièces de bois adossées à sa maison et renversées dans le chemin par les dits Beneix et Pezant ; que voulant aller à leur poursuite il fut assailli au même moment à grands coups de pierres ; qu’il avait vu fuir une de ses pièces de bois par le dit Beneix et que l’autre le fâchait de ce qu’on ne la sciait pas à l’endroit qu’il avait marqué. C’est tout ce qu’il a dit savoir. »



François Fallateuf, tambour de la Commune, a déclaré : « avoir entendu du bruit dans la nuit du 11 au 12, que ceux qui le faisaient chantaient et jetaient des pierres çà et là, mais que les ténèbres ne lui ont pas permis de distinguer personne. »



Les cinq individus, excepté Guillaume Roche qu’on n’a pu trouver, présumés être les auteurs des délits, ont été aussitôt arrêtés par mesure de sécurité et de police, pour être conduits de suite par les gendarmes devant le Magistrat et déposés dans la Maison d’arrêt de Clermont.





Estimation des dégâts :

Le mur de Mr de Provenchères, « à l’aspect de nuit, de la longueur d’entour huit mètres et une hauteur de quatre mètres, dans lequel était un grand portail encadré de pierre de taille, avait été entièrement renversé et les pierres de taille cassées. Nous avons estimé cette réparation, après avoir entendu un homme de l’art, à la somme de quarante francs. »

La vigne de Mr le Maire, « où nous avons remarqué qu’environ 800 seps avaient été coupés. Nous avons estimé la valeur à cent cinquante francs. »



Sources : Archives départementales du Puy-de-Dôme - 2 Z 21.



© - Cercle généalogique et historique d’Aubière



[1] - Bertrand Pezant, né le 3 avril 1793, fils d’Annet, tailleur d’habits, et de Marie Babut. Cette dernière, ainsi que sa fille Marie, sont en prison en 1811, convaincues toutes les deux de vol.
[2] - Antoine Beneix, né le 20 juillet 1788, fils de Joseph et de Gabrielle Coherier. Son père Joseph est « mort aux galères » à Riom, le 10 août 1803.
[3] - Joseph Montagnon, né en 1791, fils de Michel et d’Antoinette Mazen. Tous sont célibataires au moment des faits. Dans les relevés de l’état-civil aubiérois, nous n’avons pu identifier ni Amable Jallut ni Guillaume Roche.
[4]  - Famille Pignol. Amable Pignol, dit Piffrat, marié en 1772 à Gilberte Finayre, et ses fils.



vendredi 22 novembre 2013

La Gauloise fête Sainte-Cécile en 1924



En ce jour de la Sainte-Cécile, un article du journal « L’Avenir » en 1924 :

« La plus belle de nos sociétés musicales rurales, La Gauloise d’Aubière, fêtait dimanche, à la fois, la Sainte-Cécile et l’élection de son nouveau président, M. Pezant.
En raison du deuil récent qui a frappé la société, en la personne de M. Alfred Gioux, la fête eut simplement un caractère d’intimité familiale. On s’abstint de manifestations bruyantes, encore que très harmonieuses, comme le défilé traditionnel. Mais si La Gauloise, pour le motif que nous venons de signaler dût fêter la Sainte-Cécile plus discrètement que de coutume, elle n’en affirma pas moins une vitalité plus puissante que jamais, en dépit des vides que le mort creuse dans ses rangs.
On connaît le sens vrai de la phrase historique : « Le Roi est mort, vive le Roi ! » Ce raccourci qui exprimait d’une manière saisissante la continuité des institutions monarchiques de la vieille France peut s’appliquer en ce moment à La Gauloise.
Après avoir pleuré l’entraîneur d’hommes, le chef loyal qu’était Alfred Gioux, les sociétaires de La Gauloise, fièrement, comme l’ancêtre figuré sur leur bannière, ont relevé la tête et ont puisé dans le malheur qui les frappait la volonté de vivre et de se développer encore sous l’impulsion d’un nouveau chef. Voilà bien un des traits saillants de cette force race arverne dont les Aubiérois de La Gauloise sont les dignes rejetons.
La fête débuta par une cérémonie religieuse à l’église paroissiale.
Pendant la messe, La Gauloise, sous la direction de M. Montel, exécuta quelques morceaux appropriés d’un style très délicat.
À l’Évangile, M. le chanoine Lestrade, ancien aumônier militaire, chevalier de la Légion d’honneur, avec cette éloquence sobre et simple qui va droit au cœur, parla de l’Harmonie, qui a fait la beauté, en musique et la force dans les Sociétés. Le chanoine Lestrade évoqua le souvenir de M. Gioux et salua en M. Pezant le digne continuateur de son œuvre.

Sainte Cécile

Le banquet
À midi et demi, au restaurant Gioux, cent trente convives étaient réunis. Il y avait là tous les musiciens, un certain nombre de membres honoraires et quelques invités.
Un menu fut servi, qui était un véritable défi à la vie chère. MM. Gioux, vieux amis de La Gauloise, reçurent vraiment en amis généreux ; ils surent réunir, pour un prix tout à fait démocratique, l’abondance et la qualité ; de sorte que ce menu remarquable, appuyé sur le non moins remarquable vin des « Etats-Unis » (ainsi dénommé parce qu’aux Etats-Unis on ne boit plus de vin, emporta un franc succès.
A la table d’honneur, autour de M. Pezant, nous avons remarqué : M. Marc Blatin, conseiller général ; M. Monbarin, directeur de l’Harmonie des Usines Bergougnan ; M. Taravaud, président d’honneur de l’ « Union musicale » de Beaumont ; M. Montel, chef de La Gauloise, M. Joannet, président d’honneur ; MM. Montagnon et Vacher, vice-présidents actifs ; Chatagner, Théringaud, Bourcheix-Dutemple, vice-présidents d’honneur ; les docteurs Mercier et Sahut ; M. Matray, pharmacien ; MM. Bernard, trésorier, Aubény, secrétaire ; Bouchard, chef de l’ « Union musicale » de Beaumont ; l’aviateur Michel ; MM. Francione, Planche, membres honoraires ; M. Pignol, vice-président et M. Cohendy-Morel, secrétaire de l’ « Union musicale » de Beaumont ; MM. Bayle-Noëllet, Roche, membres honoraires, etc.
Lorsque le champagne pétilla dans les coupes, M. Bernard prit la parole.

Discours de m. Bernard
Le sympathique trésorier de La Gauloise commença par ces belles paroles à l’adresse du regretté M. Alfred Gioux :
« La fête patronale de Sainte-Cécile qui nous rassemble aujourd’hui, semble voilée de tristesse celui que nous aimions voir présider nos agapes, donner la note de l’entrain, de la joie, du mouvement, n’occupe plus sa place habituelle.
Sans effort de pensée, nous le voyons encore au milieu de nous recevant ses invités, donnant ses ordres, tout heureux d’être au sein de sa Société environné d’amis.
Messieurs, nous nous rappellerons toujours de notre cher Alfred, de celui qui, sans nul souci de son poste autre que le plus grand bien de La Gauloise, se montra toujours le meilleur des camarades.
Que sa famille reçoive de tous notre reconnaissance et nos respects. »
M. Bernard parla ensuite du nouveau président :
« … Il y a une quinzaine de jours, la commission administrative se réunissait à l’effet d’élire un nouveau président, et aux acclamations générales M. Pezant était désigné.
Ce choix a été particulièrement heureux, il a été accueilli avec une égale approbation par la Société et par la population qui s’intéresse vivement à son existence.
Né d’une famille aubiéroise, M. Pezant vint à l’âge d’homme s’établir à Aubière.
Très doué au point de vue musical, il entra de suite à La Gauloise, certain d’y trouver la satisfaction de ses goûts artistiques, certains aussi d’y rencontrer de véritables amis.
C’est à son modeste pupitre de musicien que ses amis sont venus le prendre pour l’élever à la présidence.
Vous le savez tous, avec les ressources de son travail et de son intelligence, il a fondé à Aubière un des établissements les plus florissants de la région dans l’art horticole.
Nous sommes assurés que M. Pezant mettra au service de sa Société une bonne partie de l’activité et de la volonté déployées dans la création de sa maison commerciale.
L’année dernière, dans une réunion de famille, nous aimions à rappeler les souvenirs qui nous unissaient aux anciens Présidents dont les portraits ornent cette salle. Aujourd’hui nous venons saluer un nouveau venu, c’est le portrait de M. Ebely.
Vous l’avez tous connu, celui-là fut un modeste, mais il fut un des meilleurs serviteurs de La Gauloise, nous serons heureux et fiers de voir désormais ses traits ici, devant son image les anciens se souviendront, les nouveaux le prendront comme modèle. »
Des applaudissements nourris ponctuèrent le discours du sympathique trésorier ; lorsqu’ils se furent apaisés, M. Pezant se leva.

Discours de m. Pezant
« Ce n’est pas sans émotion que je me retrouve aujourd’hui à notre banquet traditionnel de Sainte-Cécile.
Pour la première fois depuis 20 ans, j’ai dû déserter, à cette table, le petit coin où (c’était une tradition) se réfugiait tout un groupe de nos vieux musiciens. Je l’aimais surtout parce qu’il n’y avait rien d’officiel.
Votre estime et votre affection m’appellent à l’honneur. Du plus humble de vos camarades vous avez fait celui qui présidera désormais aux destinées de notre belle Gauloise. Cela me grandit et m’étonne. Pour toute la fierté que j’en ressens soyez remerciés.
Mais pourquoi faut-il que votre choix se soit porté sur moi, tant d’autres en étaient dignes et je me sentais si bien à ma place à mon petit coin de table.
Messieurs, je ne voudrais pas vous attrister, mais je manquerais au premier de mes devoirs si je ne rendais un hommage ému à la mémoire de mon regretté prédécesseur. »
Et M. Pezant fit de M. Gioux un éloge délicat.
« Son nom restera gravé pour toujours, sur le Livre d’or de La Gauloise, comme son souvenir l’est déjà dans nos cœurs.
Permettez-moi maintenant, de saluer les nobles figures qui, ,sur les murs de cette salle, dans leur cadre doré, semblent nous regarder avec la fierté affectueuse des grands-pères pour leurs petits enfants.
Les unes représentent pour nous tout le passé de La Gauloise, l’incarnation de l’Honneur et du Devoir, les autres tout le présent avec ses belles espérances.
Permettez-moi de saluer bien bas encore le tableau d’honneur où sont inscrits les noms de nos héros morts pour la France.
Inspirons-nous des exemples donnés par tous ces braves gens pour qu’avec la bonne volonté de tous, nous arrivions à une Gauloise, toujours plus grande, toujours plus belle et pour que nos enfants aient un jour la fierté et la joie de fêter son centenaire.
Pourrions-nous jamais manquer de foi dans ces destinées, quand nous voyons autour de nous des hommes dont le dévouement se cache et se refuse à toute récompense comme M. Bernard, M. Aubény et notre chef aimé, M. Montel ; cette belle jeunesse enthousiaste et tant d’amis, tous ces vieux musiciens qui ont vu grandir La Gauloise et participe depuis plus de 40 ans à tous ses succès. »
M. Pezant salua ensuite les nouveaux élus du bureau : MM. Montagnon et Vacher, vice-présidents actifs, les vice-présidents honoraires : MM. Bourcheix-Dutemple, Chatagner et Théringaud, le nouveau sous-chef, M. Baptiste Gioux, M. Joannet, président d’honneur. Le président adressa aussi d’aimables compliments à M. Blatin, en qui il salua l’un des plus éclairés défenseurs de la cause paysanne, à M. Monbarin, directeur de l’Harmonie Bergougnan, à M. Taravaud, président d’honneur de l’ « Union musicale » de Beaumont, au représentant de l’ « Avenir » et termina ainsi :
« Nos remerciements vont aussi de grand cœur à tous nos amis et aux nombreux membres honoraires qui ont tenu à rehausser par leur présence l’éclat de notre fête.
Je n’aurais garde d’oublier notre restaurateur Mme Gioux qui nous a beaucoup gâté aujourd’hui.
Messieurs, je bois à votre santé à tous et en l’honneur de notre belle Gauloise. »

Un membre de la « clique », M. Chausseprat, au nom des tambours et clairons, adressa un « speech » très cordial à M. Pezant et lui remit une gerbe de fleurs. Le nouveau président se montra très touché de cette démarche et remercia M. Chausseprat avec émotion. »


In L’Avenir du 23 décembre 1924

et Cahier n°3 du C.G.H.A., Aubière, Musique, Théâtre,Chant choral, 2007


Suivez l'histoire et la généalogie d'Aubière sur :  http://www.chroniquesaubieroises.fr/
 
 

mercredi 18 janvier 2012

Antoine Pezant, l'empereur du dahlia


C’est à Aubière, entre la rue du Chambon et l’Artière, que Antoine Pezant, dit Antonin, installa ses champs de semis de dahlias, qui feront de lui un personnage hors du commun et mondialement connu dans la sphère de l’horticulture. Voici comment le quotidien La Liberté du 25 février 1954 présentait Antoine Pezant et son exploitation :

Extrait de La Liberté du 25 février 1954

Des racines aubiéroises

Même s’il s’est marié à Maringues, le 9 septembre 1905 avec Jeanne Passemard, et même s’il est né à Chamalières, le 25 octobre 1877, les racines d’Antoine Pezant sont en grandes parties aubiéroises.
De ses ancêtres patronymiques, nous ne connaissons que quatre générations : Jean Pezant (° ca1761) marié à Michelle Chanteloze ; Guillaume Pezant, tailleur d’habits, (°30/01/1788 à Clermont-Ferrand ; +31/10/1846 à Aubière) x08/07/1813 à Aubière avec Marie Fineyre ; Antoine Pezant, fournier, (°11/02/1823 à Aubière ; +07/10/1879 à Aubière) x08/02/1849 à Aubière avec Marie Cohendy ; et François Pezant, cultivateur, (°02/02/1850 à Aubière) x18/11/1876 à Chamalières avec Marie-Antoinette Bourcheix.

Le premier légionnaire aubiérois
Les parents d’Antoine (François Pezant et Marie-Antoinette Bourcheix) sont cousins issus de germains. La grand-mère paternelle de Marie-Antoinette, Marie Pezant, est en effet la sœur de Guillaume, le grand-père de François Pezant.
Marie Pezant a épousé le 8 juillet 1815 à Aubière, Antoine Bourcheix (°06/12/1788 Aubière, fils de Annet et Antoinette Jalut). Ce jour-là, qui voit le retour à Paris de Louis XVIII pour la seconde Restauration, Antoine Bourcheix arbore fièrement sur la poitrine sa médaille de la Légion d’Honneur.

Il l’a reçue des mains de Napoléon 1er lui-même au lendemain de la Bataille de Dresde en août 1813 ! Blessé lors de cette bataille, déclaré invalide militaire, Antoine est alors le premier Aubiérois à avoir reçu cet honneur.

Son fils, Étienne Eugène Bourcheix, né le 28 septembre 1830 à Aubière, deviendra employé du Télégraphe et devra quitter Aubière. Sa première épouse, Michelle Vigier, lui donnera, le 2 juillet 1859 à Clermont-Ferrand, Marie-Antoinette Bourcheix, l’épouse de François Pezant. Antoine Pezant, dit Antonin, naîtra de l’union de ces derniers à Chamalières, moins d’un an plus tard, en octobre 1877.

François Pezant, père d'Antoine (Collection Michel Pezant)
Marie-Antoinette Bourcheix, mère d'Antoine (Collection Michel Pezant)

Un œillet pour commencer…
Marié à Jeanne Passemard en 1905 à Maringues où naissent ses fils, Antoine Pezant s’installe peu après à Aubière où il crée son entreprise d’horticulture.

Il commence à se faire un nom grâce à l’œillet, pour lequel il obtient un grand premier prix. Le journal L’Avenir signale ses débuts en écrivant que la culture des œillets confère déjà au jeune et infatigable horticulteur d’Aubière, M. Pezant, une réputation enviable.

Dès 1910, alors qu’il vient de créer son établissement horticole, ses dahlias de toutes sortes lui procurent une première récompense : un diplôme de médaille d’or (concours de la Société d’Horticulture et de Viticulture du Puy-de-Dôme du 7 août 1910 à Clermont). Ainsi, débute pour Antoine Pezant une longue série de récompenses horticoles. Au concours suivant, la presse l’encense.

Le rapport de la Société d’Horticulture et de Viticulture du Puy-de-Dôme de 1911 souligne que dans le même temps que tant d’horticulteurs diminuent leurs exploitations ou disparaissent, Antoine Pezant à Aubière transforme et étend ses cultures. Dans la foulée, il obtient un diplôme d’honneur au Palmarès de 1912.

Comment Antoine est-il devenu horticulteur, dans une ville où le seul arôme que l’on respirait était celui du vin ?
« C’est parce que j’aimais les fleurs, se confiait-il. Tout enfant, mon père m’avait laissé un petit bout de jardin que je cultivais en fleurs, ce qui me procurait un peu d’argent de poche. C’est insensiblement et sans m’en rendre compte, que je suis devenu horticulteur, disons le mot : par vocation. J’ai fait mon apprentissage moi-même, sans études spéciales, quoique je sois sorti de l’École professionnelle avec le premier prix d’honneur ».

La rue du Dahlia
Il s’installe dans une petite maison, rue Saint-Loup à Aubière. En face de sa maison, une petite rue conduit jusqu’à la Tour Rossignol. C’est dans cette rue qu’Antoine Pezant a sa grange, qui devient son premier lieu de vente. On s’y précipite de toute la région pour y admirer ou acheter ses œillets ou ses dahlias qui font sa renommée.
Et cette petite rue s’appellera rue du Dahlia, dès 1953.

Après la Grande Guerre, où il est blessé en janvier 1916, Antoine Pezant revient à ses fleurs et à ses semis. Régulièrement, comme il le faisait depuis de longues années, il prend des notes de cultures dans un petit cahier. Il y traite de tout, non seulement des fleurs mais aussi des arbres, fruitiers ou non, de la vigne, des divers engrais nécessaires ou autres recettes contre les maladies des plantes… Voici quelques titres trouvés au fil des pages : Greffage du rosier, greffage du lilas, greffage de l’abricotier, de l’amandier, du cerisier, du châtaigner, de cognassier, du noyer ou du pommier ; greffage en fente, greffe en fente terminale, greffe en fente sur bifurcation de la vigne, greffage à l’anglaise, greffage en écusson ; Préparation des greffons, écussonnage en pépinière, écussonnage à œil poussant ou dormant ; taille du rosier ; culture en pot du rosier ; fécondation artificielle des roses ; émondage des églantiers tiges ; le blanc des rosiers ; forçage du rosier en pot ; bouturage des rosiers ; culture en pot des œillets ; semis des œillets ; culture en pleine terre des chrysanthèmes décoratifs ; greffage du chrysanthème ; formules d’insecticides (à base de jus de tabac et d’alcool à brûler) ; destruction des limaces ; le sulfate d’ammoniaque comme engrais ; la valeur des différents fumiers et leur emploi (il cite ainsi par ordre de valeur : la colombine de pigeon, de volaille, de lapin, le fumier de chèvre et de mouton, d’âne ou de mulet, enfin, le fumier de cheval, de cochon et de vache) ; recette contre le puceron ou contre le blanc des rosiers ; culture des giroflées de Nice ; emballage des fleurs de dahlias ; serres et châssis ; culture du gerberas ; culture de la verveine des Indes ; l’hybridation en horticulture ; culture de l’asperge ; taille des arbres fruitiers ; mise à fruits des arbres ; hivernage des pieds mères de chrysanthèmes ; hivernage des tubercules de dahlias ; ou encore la fabrication du vin de paille…

Président de « La Gauloise »
En 1923, Antoine Pezant fait partie de l’équipe de football d’Aubière avec Cl. Montagnon, Chapon, Chauvet, Vialette, J. Montagnon, Vacheron, Andanson, Moins, Decorps et Fournel. Comme tout Aubiérois qui se respecte à cette époque, Antoine adhère à une société de musique. Il choisit La Gauloise dès son arrivée à Aubière. En 1924, il est hissé à la présidence, à la suite du décès d’Alfred Gioux. Voici quelques extraits d’un des discours qui ponctuent son élection, celui de Monsieur Bernard, trésorier de La Gauloise : « … Il y a une quinzaine de jours, la commission administrative se réunissait à l’effet d’élire un nouveau président, et aux acclamations générales M. Pezant était désigné.
Ce choix a été particulièrement heureux, il a été accueilli avec une égale approbation par la Société et par la population qui s’intéresse vivement à son existence.
Né d’une famille aubiéroise, M. Pezant vint à l’âge d’homme s’établir à Aubière.
Très doué au point de vue musical, il entra de suite à
La Gauloise, certain d’y trouver la satisfaction de ses goûts artistiques, certains aussi d’y rencontrer de véritables amis.
C’est à son modeste pupitre de musicien que ses amis sont venus le prendre pour l’élever à la présidence.
Vous le savez tous, avec les ressources de son travail et de son intelligence, il a fondé à Aubière un des établissements les plus florissants de la région dans l’art horticole.
Nous sommes assurés que M. Pezant mettra au service de sa Société une bonne partie de l’activité et de la volonté déployées dans la création de sa maison commerciale.
L’année dernière, dans une réunion de famille, nous aimions à rappeler les souvenirs qui nous unissaient aux anciens Présidents dont les portraits ornent cette salle. Aujourd’hui nous venons saluer un nouveau venu, c’est le portrait de M. Ebely.
Vous l’avez tous connu, celui-là fut un modeste, mais il fut un des meilleurs serviteurs de
La Gauloise, nous serons heureux et fiers de voir désormais ses traits ici, devant son image les anciens se souviendrons, les nouveaux le prendront comme modèle. »
Antoine Pezant deviendra aussi bientôt adjoint au Maire d’Aubière.

Antoine Pezant, « maître es dahlia »
Pendant de longues années, avec un acharnement et une persévérance peu commune, Antoine Pezant, son fils Jean dans ses pas, multiplie les semis de dahlias afin d’obtenir le plus gros, le plus beau ou le plus coloré des dahlias. Durant toutes ces années, il parcourt la France de long en large, d’exposition en Congrès nationaux ou internationaux, se présentant à tous les concours, trustant les prix, lorsqu’il n’est pas déclaré « Hors concours » comme ce fut souvent le cas.
En 1931, Antoine Pezant était devenu président de la Section du Massif Central de la Société Française du Dahlia.

Un « inventeur de fleurs »
Entre 1939 et 1946, ses expositions se cantonneront à Clermont-Ferrand. En 1947, il est à Vichy ; en 1948, à Nevers ; 1949, à Clermont-Ferrand ; 1950, à Bourges … Angers en 1952 … Bourges en 1959 … Dijon en 1961 … Sélestat en 1962… Chaque fois, Antoine Pezant et son fils Jean décrochent un ou plusieurs prix et nombreuses de leurs créations sont certifiées !

La renommée des Établissements Antoine Pezant et fils ne se dément pas au fil des années. Ces « inventeurs de fleurs » créent des dizaines de nouvelles variétés, dont voici quelques exemples de dahlias : … Deuil de Clémenceau, Madame Jeanne Pezant, Madame Georges Pezant, Ville de Clermont, Souvenir de Marcel Michelin, Coquetterie, Légionnaire Antoine Bourcheix, Madame Philomène Spizzi, Ville d'Aubière, Louise Pezant, Royal d'Aubière, Jean Pezant, Neige Aubiéroise, Souvenir Antonin Chastel, Abbé Rajek, Madame Chassaigne, Mlle Yvonne Chaize, Madame Jean Pezant, Zoo de Mulhouse, Dentelle d'or, Candeur Auvergnate, Le Gaulois, Chanturgue…
« Aviateur Pezant » (création Pezant de 1964) était d’ailleurs une variété de dahlia encore recherchée en 2006 par la Société Française du Dahlia.

Antoine Pezant, à gauche, parmi ses semis, dans ses jardins d'Aubière

La presse se fait régulièrement l’écho de leurs succès, autour desquels d’autres Aubiérois commencent à s’illustrer :
« Dimanche dernier dans le hall du champ de foire de Nevers se sont déroulés l’exposition de la société d’horticulture de la Nièvre et congrès national du Dahlia.
Il n’est pas trop tard pour signaler le succès sans précédent remporté par les horticulteurs clermontois qui ont obtenu les prix les plus importants alors que cependant on comptait au nombre des exposants les plus réputés parmi les spécialistes horticoles de France.
C’est ainsi que M. Pezant, d’Aubière, a été gratifié du 1er prix attribué aux professionnels, de même dans la catégorie amateurs MM. Girard et Groslet de Clermont ont remporté de haute lutte la première place.
En ce qui concerne les collections de Dahlia Cactus, le 1er prix revient encore à M. Pezant pour les professionnels et à MM. Girard et Groslet, pour les amateurs, le 2ème prix étant attribué à M. Ladin également de Clermont.
M. Pezant obtient la deuxième place professionnels pour la collection de Dahlias décoratifs alors que le 1er prix amateur a été décerné à M. Ladin et le 2ème prix à MM. Girard et Groslet.
De même le 1er prix professionnel pour la plus belle collection de nouveautés françaises a été accordé à M. Pezant et la plus haute récompense pour les amateurs était donnée à MM. Girard et Groslet et le 2ème prix à M. Ladin.
La médaille d’argent du Ministère de l’Agriculture a été remise à M. Pezant, tandis que les principales récompenses offertes aux amateurs par la société d’horticulture de la Nièvre par la Fédération des syndicats d’exploitants et par la chambre de Commerce de Nevers étaient l’apanage de MM. Girard et Groslet et de M. Ladin.
Nous sommes particulièrement heureux d’adresser à nos horticulteurs clermontois nos plus vives félicitations pour ce magnifique succès
» (L’Éclair du 25 septembre 1948).

Aubière
capitale internationale du dahlia
nos compatriotes du dahlia à l’honneur

« Durant trois jours, dans le cadre reposant du Jardin des Plantes de Clermont-Ferrand, nous avons pu admirer la magnifique exposition du dahlia, organisée par la Société d’Horticulture.
Chaque Aubiérois a pu ressentir un moment de fierté devant les belles et incomparables présentations de notre compatriote Antoine Pezant, dont les multiples variétés s’harmonisaient dans un arc-en-ciel merveilleux. Aux superbes récompenses obtenues à l’Exposition internationale du Dahlia à Moulins, où M. Pezant reçu la coupe d’honneur offerte par M. le Président de la République ; à Clermont-Ferrand, où M. le Sénateur-Maire, après avoir dit dans son allocution toute sa sympathie, son admiration et son amour des belles fleurs, remit au lauréat la coupe offerte par la municipalité clermontoise, nous apportons à celui qui a fait d’Aubière la capitale internationale du dahlia, l’expression des sentiments qu’éprouve l’âme de ses compatriotes, quand elle est frappée par les caractères du beau.
Toutes nos félicitations au jeune et sympathique Jacques Jantzen qui, suivant les traces du maître incontesté, saura maintenir, par sa ténacité au travail, son ardeur juvénile et son goût, une tradition heureuse. Ses magnifiques présentations, appréciées des membres du jury, lui ont valu, à Moulins et à Clermont-Ferrand, les plus belles récompenses
» (La Montagne du 20 septembre 1956).

Antoine Pezant (premier à partir de la gauche) dans une cave d'Aubière

Au terme de sa carrière particulièrement bien remplie, voici comment Antoine Pezant jugeait lui-même son métier et son parcours :
« … je ne regrette rien. Notre métier est passionnant, s’il n’enrichit pas son homme. J’ai eu, à côté de bien des déboires, des satisfactions d’amour-propre. J’ai toujours été optimiste, j’ai toujours pris la vie du bon côté. Cela sert quelquefois. Chez nous, c’est comme partout : il faut aimer son métier. Si l’on peut obtenir des résultats, il faut s’imposer des sacrifices. Mais, quand on a obtenu une belle variété, quelle satisfaction !
Imagineriez-vous que, dans un semis de 4 à 5.000 plants (c’est à peu près ce que je fais toutes les années) il n’y a pas une fleur qui ressemble à sa voisine ? Le dahlia est perfectionnable à l’infini, comme forme et comme coloris. C’est ce qui m’a poussé à chercher, à produire et à me spécialiser dans la recherche de la nouveauté. De par la réputation que je me suis faite, je suis tenu de faire quelque chose de très beau. Mais il faut bien 4 ou 5.000 plants avant d’obtenir une belle variété.
Le dahlia est une plante qui mérite d’être plus connue. J’ai fait ce que j’ai pu dans ce sens.
J’ai écrit dans des revues, françaises et américaines. Je suis rapporteur, tous les ans, au congrès de la Société française du Dahlia. Cela me prend un peu de temps, mais il faut mettre son goût sur quelque chose.
En plus du dahlia, je fais aussi beaucoup de chrysanthèmes, des œillets. Il faut bien faire bouillir la marmite. Mais ma grosse affaire, ce sont les plantations de dahlias. Il ne nous faut pas du reste compter commercialiser avant 5 années d’études ou de travail. Cela n’arrive pas à nous couvrir de nos frais.
Quand j’ai obtenu de bonnes variétés, je les fais connaître par le moyen des catalogues et des expositions, et je les mets en commerce. Mais je ne dispose pas de la publicité nécessaire pour vendre suffisamment. Je suis désavantagé par rapport aux grosses maisons qui, disposant d’une large diffusion, vendent par centaines, par milliers de plants.
J’expose un peu partout. C’est ainsi que je fais connaître mes nouveautés et que je rentre dans une partie de mes frais. J’ai expédié des dahlias dans toutes les parties du monde : à Sydney, à Toronto, à Buenos-Aires, dans le Levant, à Addis-Abeba, etc. En 1952, j’ai été en tête du concours international organisé par le jardin d’essai de la Société royale belge du Dahlia, à Linkebeck, avec 96 points sur 100.
Quand j’ai commencé, on ne connaissait guère que le dahlia simple. Maintenant, il y a un nombre infini de variétés, de toutes formes et de tous coloris.


Dahlia cactus

J’ai passé par des périodes de découragement, au début, mais j’ai persévéré. Stimulé par le résultat de mes premiers semis, j’ai continué mes recherches, et j’ai eu bien des satisfactions. Le plus gros dahlia du monde est sorti de chez moi. Mes variétés figurent sur tous les catalogues français et étrangers. Mais, à côté des satisfactions, que de déceptions ! Cela n’empêche. Je ne regrette pas de m’être engagé dans cette voie. Notre plus grande joie, c’est de faire connaître à ceux qui les ignorent les dahlias, comme à l’exposition de 1953 à Thiers, où 1.500 visiteurs ont été stupéfaits de découvrir des dahlias d’une beauté qu’ils ne soupçonnaient pas. Cela dédommage de bien des sacrifices et de bien des déboires ».

© Cercle généalogique et historique d’Aubière – Pierre Bourcheix