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vendredi 24 août 2012

À couteau tiré au quartier du Petit Vergier (1799-1801)_04



Fait divers

C’est pour une banale histoire de fille qu’une rixe, qui aurait pu avoir un dénouement tragique, a éclaté ; mais, peut-être, y avait-il un contentieux entre les divers acteurs de cette bagarre.

4 - Acte d’accusation contre Amable PIGNOL, fils d’autre Amable

Le 3 Brumaire an 8 (25 octobre 1799), l’acte d’accusation est établi :

Le Directeur du Jury de l’arrondissement de Clermont-Ferrand, expose que le 24 du présent mois, le citoyen Crohet, huissier au Département du Puy-de-Dôme, demeurant en la Commune de Clermont-Ferrand. porteur du mandat d’arrêt délivré par le Directeur du Jury, soussigné, fesant les fonctions immédiates d’officier de police judiciaire, en exécution des articles 140 et 141 du Code des Délits et des Peines contre Amable PIGNOL, fils d’autre Amable, le dit Amable Pignol, de l’état de cultivateur et déserteur des Armées de la République, habitant de la Commune d’Aubière, prévenu d’avoir, le 15 Fructidor dernier, frappé et blessé à l’aide d’un instrument piquant et tranchant, les citoyens Guillaume DECITRE et Sébastien BELLE, cultivateurs, habitants de la dite Commune d’Aubière.
Après avoir fait d’inutiles perquisitions de la personne du dit Amable PIGNOL fils, ainsy qu’il résulte de son procès-verbal du dit jour, 24 Vendémiaire dernier, a réuni les pièces concernant ledit Amable PIGNOL fils, au greffe du Directeur du Jury
Que les dits Guillaume DECITRE et Sébastien BESLE, partie plaignante dénommée dans les dites pièces, ne s’étant pas présentés dans les 2 jours de leur remise, le Directeur du Jury a procédé à l’examen des dites pièces,
Qu’ayant vériffié la nature du délit dont est prévenu le dit Amable PIGNOL, il n’avoit trouvé que le délit étoit de nature à mériter peines afflictives, et qu’en conséquence, après avoir entendu le Commissaire du Directoire exécutif il a rendu, le 3 du présent mois, une ordonnance par laquelle il a traduit le prévenu devant un jury spécial d’accusation, en vertu de cette ordonnance le Directeur du Jury a dressé le présent acte d’accusation pour après les formalités requises par la loi, être présenté au Jury spécial d’accusation.
Le Directeur du Jury déclare en conséquence qu’il résulte de l’examen des pièces et notamment des deux rapports du citoyen Bardelot, officier de santé, dattés, l’un et l’autre du 24 Fructidor dernier, affirmés tous les deux le 28 Vendémiaire dernier, et d’un autre rapport du même officier de santé du 30 du dit mois de Vendémiaire, affirmé le même jour, lesquels rapports sont annexés au présent acte, que le 15 du dit mois de Fructidor, environ 7 à 8 h du soir, le dit Amable PIGNOL étant avec la nommée Marie TIXERON, ledit Guillaume DECITRE dit à cette dernière de se retirer, que celle-cy répondit au dit DECITRE qu’elle ne pouvoit s’en aller, attendu que PIGNOL la tenoit par son tablier, que PIGNOL, dans le même temps ayant lancé une pierre à DECITRE, ce dernier s’approcha de lui, le saisit au collet en disant "Coquin, tu m’assassinoit hier dans ma maison, aujourd’huy tu me lances des pierres", que PIGNOL ne lui répondit rien à ses reproches, mais que sa sœur étant survenue et ayant saisi DECITRE entre ses bras en lui disant "tu voulois donc assassiner mon frère", PIGNOL passa derrière DECITRE, lui lança trois coups de couteau, dont deux atteignirent Sébastien BELLE et l’autre le dit DECITRE, qu’il résulte des susdits rapports qu’il a été trouvé, au dit BELLE, à l’avant-bras droit, à la partie supérieure de la partie moyenne du cubitus, une blessure de la grandeur d’un pouce, transversalement, faite par un instrument tranchant, et qu’il falloit 26 jours pour la guérison de la dite blessure. Que le dit Guillaume DECITRE avoit reçu dans la région lombaire gauche une blessure de la grandeur d’un pouce et de la profondeur de trois, le long des vertèbres des lombes, que cette blessure avoit été faite par un instrument tranchant et piquant, que plusieurs muscles étoient déchirés et coupés, scavoir, l’oblique descendant, l’oblique ascendant, le muscle droit et plusieurs autres et que le mal étoit tel que l’officier de santé ne pouvoit répondre de la vie du dit DECITRE que le 40ème jour à cause des accidents qui pourraient survenir, et qu’enfin le dit Guillaume DECITRE, par la dite blessure, avoit été rendu incapable de vacquer pendant plus de 40 jours à aucun travail corporel ; que le dit Amable PIGNOL, fils d’autre Amable, cultivateur et déserteur des armées de la République, habitant de la dite Commune d’Aubière est prévenu d’avoir donné les dits 3 coups de couteau aux dits Guillaume DECITRE et Sébastien BESLE ; que le dit Amable PIGNOL n’a pu être entendu sur les inculpations qui luy sont faites pour raison du délit dont il s’agit, attendu qu’il a fuit et s’est soustrait au mandat d’arrêt décerné contre lui ainsy qu’il résulte du procès-verbal de perquisition de sa personne, du dit jour 24 Vendémiaire dernier ; qu’il résulte de tous ces déails attestés par les susdits procès-verbaux qu’il y a eu blessure par l’effet desquelles un blessé a été rendu incapable de vacquer pendant plus de 40 jours a aucun travail corporel, sur quoy les jurés auront à se prononcer, s’il y a lieu à accusation contre le dit Amable PIGNOL fils, sous raison du délit mentionné au présent.
Fait à Clermont-Ferrand le 3 Brumaire An 8 de la République Française Une et Indivisible.
Jaladon
Vu par le Commissaire du Directoire exécutif près le Directeur du Jury et le Tribunal Correctionnel de l’arrondissement de Clermont-Ferrand, soussigné, le 9 Brumaire An 8, de la R... Cuchet

Amable PIGNOL fils, n’étant pas présent, il est établi une ordonnance de "prise au corps" et d’amener :
- ensuite il y a la Déclaration du Jury qui est : OUI, il y a lieu. À Clermont-Ferrand le 9 Brumaire An 8 de la R... F... signé Duval, chef des jurés

Laquelle déclaration à nous remise, ce jourd’huy par le chef des dits jurés, en leur présence, porte qu’il y a lieu à l’accusation mentionnée au dit acte : Ordonnons, en vertu de l’article 248 du Code des délits et peines que le dit Amable PIGNOL, fils d’autre Amable PIGNOL, demeurant dans la maison de son père, dans la Commune d’Aubière, le dit Amable PIGNOL fils, déserteur des armées de la République, âge et signalement inconnu au Directeur du Jury soussigné, sera pris au corps et conduit directement en la Maison de justice du Tribunal criminel du département du Puy-de-Dôme, séant à Riom.
Mandons et ordonnons de mettre à exécution la présente ordonnance dont sera laissé coppie au dit Amable PIGNOL fils et qui sera, par nous, notifiée conformément à la loy, tant à l’Administration municipale de Clermont-Ferrand qu’à celle du canton d’Aubière, où le dit Amable PIGNOL étoit domicilié.
A Clermont-Ferrand le 9 Brumaire An 8 de la Rep...

Amable PIGNOL fils étant contumax, le Président du Tribunal le déclare déchu de la citoyenneté française et cette décision est proclamée publiquement, "à son de trompe ou de caisse".
Vu par nous, Jean-Baptiste MONESTIER, Président du Tribunal criminel du département du Puy-de-Dôme,
• notre ordonnance du 6 Nivôse An 8, portant qu’il serait fait perquisition de la personne de Amable PIGNOL, cultivateur, habitant de la Commune d’Aubière.
• le procès-verbal de proclamation et affichage de notre ordonnance du 10 Nivôse
Attendu que ledit Amable PIGNOL ne s’est pas rendu en la maison de justice de ce Tribunal,
déclarons que ledit PIGNOL est rebelle à la Loi, qu’en conséquence il est déchu du titre et des droits de citoyen français, que ses biens vont être et demeurent séquestrés au profit de la République, pendant tout le temps de sa contumace , que toute action en justice lui est interdite pendant ce même temps et qu’il va être procédé contre lui, malgré son absence, et sera, en outre, notre présente ordonnance, publiée à son de trompe ou de caisse, affichée et notifiée à la porte du domicile de l’accusé, à la requête et diligence du Commissaire du pouvoir exécutif en exercice près le Tribunal civil.
Fait à Riom, le 25 Nivôse, l’An 8 de la République française, Une et Indivisible.


© Cercle Généalogique et Historique d'Aubière - André Chapeau





À couteau tiré au quartier du Petit Vergier (1799-1801)_05



Fait divers

C’est pour une banale histoire de fille qu’une rixe, qui aurait pu avoir un dénouement tragique, a éclaté ; mais, peut-être, y avait-il un contentieux entre les divers acteurs de cette bagarre.

5 – Interrogatoire et condamnation d’Amable Pignol fils

26 Nivôse An 8 (16 Janvier 1800)
Je, Pierre GIRAUD, huissier au Tribunal Criminel du Département du Puy-de-Dôme, résidant à Riom, soussigné, à la diligence du Commissaire du Directoire exécutif, en exercice près le dit Tribunal criminel
Ai proclamé à son de trompe, l’Ordonnance rendue par le Président du susdit Tribunal, le 25 Nivôse An 8, contre Amable PIGNOL, cultivateur de la Commune d’Aubière,
portant déchéance dudit susnommé, accusé, du titre de citoyen français, laquelle j’ai affiché et notifiée à la porte du domicile de l’accusé... où je me suis, à cet effet, transporté. De tout quoi j’ai dressé le présent procès-verbal, que j’ai signé, les dits jour et an.
Giraud

Enfin, Amable PIGNOL fils est retrouvé et répond à l’interrogatoire, le 17 Prairial an 8 (6 juin 1800) :
Amable PIGNOL, assisté de Vital ALLARY ?
A répondu s’appeler Amable PIGNOL fils à autre Amable, cultivateur de la Commune d’Aubière, âgé de 28 ans. (1)

Interrogé :
- si le 15 fructidor An 7, s’étant trouvé dans une des Places d’Aubière, avec Marie COUSSERAND, Guillaume DESSITRE était survenu pour la faire retirer, il n’a point injurié ledit DESSITRE et s’il ne lui a point porté sur le côté gauche un coup de sabre ou couteau en forme de couteau de boucher ?
A répondu :
- que venant de boire, il avait rencontré Marie COUSSERAND, avec laquelle il causa un instant, que Guillaume DESSITRE étant survenu, proféra des injures tant contre lui, répondant, que contre Marie Cousserand, que DESSITRE lui porta deux coups de bâton et le tenant par le collet, cherchant à le maltraiter, le répondant s’étant débarrassé de ses mains, alla se cacher derrière un barge de bois, où DESSITRE vint encore le chercher, lui porta plusieurs coups de bâton et de pieds sur différentes parties du corps et le renversa par terre ; que Sébastien BAYLE, étant survenu pour les séparer, fut lui-même frappé. Le répondant a (reconnu ?) que DESSITRE était accompagné d’un nommé LAGARDE et d’un nommé Jean, dit "Maculet", que LAGARDE était armé d’un sabre et les autres deux de bâton et verges de plat.

Interrogé :
- si lui, répondant, n’était point armé d’un sabre ou d’un couteau en forme de couteau de boucher ?
A répondu :
- qu’il n’avait aucune espèce d’arme, ni couteau, et qu’il sortait de boire de l’Auberge de Blaize MARTIN, avec deux particuliers de Beaumont, dont le répondant ignorait quant à présent, les noms ; qu’aucun d’eux n’avait de couteau, qu’ils mangeaient un pain qu’ils furent obligés de rompre avec la main.

Interrogé :
- Pourquoi il ne s’est point rendu aux différents mandats et ordonnances qui ont été rendus contre lui ?
A répondu :
- Qu’on lui avoit dit qu’il falloit de l’argent pour faire assigner ses témoins ou pour se défendre, et qu’aussitôt qu’il en aurait eu il se serait rendu.

Interrogé :
- S’il a fait choix d’un conseil pour l’aider dans sa défense ?
A répondu :
- Ne connaître personne.

Condamnation
En conséquence, lui avons nommé d’office le citoyen Germain FAYE, avoué à Riom.
Après la réunion du jury, c’est la condamnation :
Aux questions posées au Jury il a été répondu OUI, à toutes.

Condamnation du 18 Ventôse An 9 (9 Mars 1801) : 2 années de détention.

Note :
(1)- Amable Pignol fils dit être âgé de 28 ans en 1800. En réalité, il a 26 ans, puisqu’il est né le 8 juin 1774. Le 6 juin 1800, nous sommes à 2 jours de son 27ème anniversaire…

© Cercle Généalogique et Historique d'Aubière - André Chapeau

*

Les Pignol piffrat : le crime dans le sang

Le 10 octobre 1822 :
Amable Pignol dit Piffrat, fils aîné, Antoine Pignol dit Piffrat, fils cadet et autre Amable Pignol dit Piffrat sont libérés du bagne de Toulon. Ce dernier n’est pas Amable Pignol père puisque celui-ci est mort à l’hôpital maritime de Toulon le 12 décembre 1814 : était-il, lui aussi, au bagne ?
Le Préfet du PDD, qui écrit au maire d’Aubière pour lui signaler leur libération, lui demande de lui « faire connaître si vous ne voyez pas d’inconvénient à ce que ces trois individus, unis par les liens du crime aussi bien que par ceux du sang, s’établissent de nouveau à Aubière ».





mardi 21 août 2012

À couteau tiré au quartier du Petit Vergier (1799-1801)_01



Fait divers

C’est pour une banale histoire de fille qu’une rixe, qui aurait pu avoir un dénouement tragique, a éclaté ; mais, peut-être, y avait-il un contentieux entre les divers acteurs de cette bagarre.

1 - Les faits et Citation à comparaître

Voici les faits tels qu’on peut les lire à travers les documents de la série U TRA/87, aux Archives départementales du Puy-de-Dôme.

Le 15 Fructidor an 7, vers 8 heures du soir, Amable PIGNOL, fils d’autre Amable, discutait avec une jeune fille - Marie COUSSERAND (ou Marie TIXERON ?) - dans le bourg d’Aubière « au devant de la maison du citoyen Montel, arpenteur à Aubière, quartier du petit vergier... ».

[voir la situation du quartier du Petit Vergier sur le cadastre de 1831]

Cette jeune fille était, semble-t-il, la cousine du dénommé Guillaume DECITRE (DESSITRE) (dit Ceberet ?).
Parmi les témoins de la scène, Sébastien BAYLE (Besle ou Belle) « s’approcha pour porter secours et appaiser les personnes qui y donnaient lieu ... » et, dans cette action, fut blessé par un coup de couteau, au bras droit, que Amable PIGNOL fils lançait vers Guillaume DECITRE ; ce dernier a été grièvement blessé au flanc gauche.
Les blessures de Sébastien BAYLE et de Guillaume DECITRE, soignées par l’officier de santé BARDELOT, sont décrites dans l’acte d’accusation du 3 Brumaire an 8.
Cette bagarre, malgré ses conséquences douloureuses, n’était qu’entre les participants, mais les choses risquèrent de devenir tragiques lorsque un autre témoin, François LAGARDE,- qui se trouvait armé d’un sabre - vint tenir des propos injurieux et provocateurs à Amable PIGNOL père, et à son fils, réfugié dans sa maison, semble-t-il, à grand renfort de coups de sabre sur les pierres de la maison.
Amable PIGNOL père sortit, armé de son fusil, et mit en joue François LAGARDE. Heureusement, le fusil ne fonctionna pas, soit par son mauvais état, soit qu’il ne fut pas chargé. Cela évita probablement plusieurs victimes.
L’enquête initiale se fit sur les déclarations des témoins. On ne retrouve, dans les papiers archivés, ni déclaration de la jeune fille (Cousserand ou Tixeron), ni celle d’Amable PIGNOL fils, "déserteur des armées de la République".
Amable PIGNOL fils, fut néanmoins interrogé, assisté de Vital Allary, le 17 Prairial an 9, au cours de son procès. Ses déclarations n’ont pas satisfait le jury, qui le condamna, à 2 ans de détention.
Son père, Amable PIGNOL, qui avait été arrêté à l’audience, fut remis en liberté après sa déposition.

Voici la citation à comparaître, du 22 Fructidor an 7 (8 septembre 1799), présentée au domicile d’Amable PIGNOL fils :

Aujourd’huy vingt deux Fructidor, An Sept de la République Française, une et indivisible, à la requette de Guillaume DECITRE et de Sébastien BAILE, cultivateurs, habitant de la Commune d’Aubière, lesquels font élection de domicile en leur maison, Je, François Mambet, huissier au Tribunal de Commerce de Clermont, y résident, soussigné et patenté n° 30 ...
Me suis transporté au domicile d’Amable PIGNOL fils, et d’autre Amable PIGNOL, son père, cultivateur communs et demeurant ensemble, habitants de la dite Commune d’Aubière, auxquels en parlant à leurs personnes.
- J’ai fait citation à comparoir le Vingt quatre du courant, heure de neuf du matin, pardevant et à l’audience du Tribunal de police correctionnelle de l’arrondissement de Clermont Ferrand, pour voir donner acte audit.....(jurants ?) de la plainte qu’ils rendent contre les dits compris, résultante de ce que le Quinze du courant, sur les sept à huit heures du soir, les requérants, étant au devant de la maison du citoyen MONTEL, arpenteur à Aubière, quartier du Petit Vergier, et Guillaume DECITRE, un des dits jurants, ayant voulu faire retirer Marie Cousserand, sa cousine, qui était retenue par ledit Amable Pignol fils, ce dernier irrité contre ledit Guillaume DECITRE de ce qu’il fesait retirer cette fille, saisit, et à l’instant ledit Decitre lui tint des propos injurieux et finit par lui donner un coup de sabre ou de couteau en forme d’un couteau de boucher dont il l’atteignit au côté gauche et lui fit une profonde blessure avec effusion de sang, que le dit Sébastien BAILE , autre des dits jurants, s’étant apperçu qu’il y avait une rixe, sans en connaître ni le sujet, ni les autheurs, s’approcha pour porter secours et appaiser les personnes qui y donnaient lieu, étant arrivé, il vit le dit Amable Pignol fils, armé d’un sabre ou couteau , qui cherchait à en frapper ledit DECITRE, et ayant voulu s’opposer et appaiser la querelle il fut lui-même atteint d’un coup de cet instrument, au bras droit, et duquel il éprouva une profonde blessure avec effusion de sang, que ce mauvais procédé de la part dudit PIGNOL n’a eu ni causes ni motifs ; cependant ledit Amable PIGNOL père, au lieu de retenir son fils, est rentré chez lui, en est sorti avec son fusil, et a cherché à tirer sur les citoyens qui étaient assemblés, et notamment sur un nommé LAGARDE qui ne cherchait qu’à s’enfuir, que vraisemblablement plusieurs personnes auraient été tuées ou dangereusement blessées, mais heureusement que ce fusil manqua pendant les trois fois que ledit PIGNOL père le fit mouvoir, qu’au lieu , pour ledit PIGNOL père de s’être repenti de cet acte, il a témoigné avoir eu du regret que son fusil ait manqué.
- être présent à la disposition des témoins qui seront entendus sur la dite plainte les récuser s’il y a lieu, en produire de sa part, si bon lui semble, et au fond, se voir condamner à payer aux dits jurants, la somme de deux mille francs, à laquelle ils se restreignent pour leurs dommages intérêts, avec les intérêts. Se voir faire deffense de récidiver à l’avenir, et se voir en outre condamner aux dépens, dans lesquels entreront les frais de pansement et incidemment de l’officier de santé, sans préjudice à autres conclusions et sauf au Commissaire du Directoire exécutif à prendre pour la vindicte publique telles conclusions qu’il avisera.
Fait et laissé copie à chacun desdits compris, parlant comme dessus du présent exploit, les dits jour et an.
(original) Vu par nous Directeur du Jury de l’arrondissement de Clermont-Ferrand pour en venir à l’audience du Tribunal Correctionnel du Vingt quatre du présent. Fait à Clermont-Ferrand le Vingt Fructidor, An sept de la République Française Une et Indivisible.
(A.D.63 - U TRA - 87/1687)

© Cercle Généalogique et Historique d'Aubière - André Chapeau



À couteau tiré au quartier du Petit Vergier (1799-1801)_02



Fait divers

C’est pour une banale histoire de fille qu’une rixe, qui aurait pu avoir un dénouement tragique, a éclaté ; mais, peut-être, y avait-il un contentieux entre les divers acteurs de cette bagarre.

2 – Procédure de contumax et Audition des témoins

La procédure se poursuit.

Tribunal correctionnel
Procédure 1687 - CONTUMAX
Contre
Amable PIGNOL, cultivateur de la Commune d’Aubière,
Prévenu d’excès et mauvais traitements

24 Fructidor An 7 (10 septembre 1799)
Procédure contre Amable PIGNOL, fils d’autre Amable, cultivateur, habitant la Commune d’Aubière, prévenu d’avoir gravement maltraité à coups de couteau Guillaume CEBERET et Sébastien BAYLE, tous deux d’Aubière ; ce dernier étant en danger de perdre la vie.
Témoins :
- Guillaume Cassière, dit "Gaulot", cultivateur
- Jean Monnet, dit "Maculet", cultivateur (1)
- la femme de Jean Monnet (2)
- Antoine Arnaud, Président de ladite Municipalité d’Aubière
- Jean Cougout, fils à Blaize le cadet, actuellement aux Cazernes
- la fille de la femme de Jean Monnet, dit "Maculet" (3).


Procès-verbal d’audition de témoins
contre
Amable et autre Amable PIGNOL, père et fils, cultivateurs à Aubière

Aujourd’huy Vingt quatre Fructidor An 7 de la République Française Une et Indivisible, Nous, Gilbert Jalladon, Directeur du Jury de l’arrondissement de Clermont-Ferrand, assisté de Hugues Achard, notre greffier, en exécution du jugement de renvoye devant nous, rendue cematin par le Tribunal Correctionnel de l’arrondissement de Clermont-Ferrand et encore en vertu des articles 140 et 141 du code des délits et peines, exerçant les fonctions immédiates d’officier de police judiciaire, avons procédé à la réception des déclarations des témoins assignés sur la plainte rendüe par Guillaume DECITRE et Sébastien BAYLE, cultivateurs, habitans la Commune d’Aubière, contre Amable PIGNOL fils et autre Amable PIGNOL père. L’un et l’autre cultivateurs habitans ladite Commune d’Aubière. Les dites déclarations reçues en présence de Amable PIGNOL père, le fils PIGNOL étant en fuite - le dit Amable Pignol père ayant été arrêté à l’audience de ce matin . Les dits témoins entendus séparément les uns des autres ainsy qu’il suit :

 -1- Jean PEZANT, fils à Annet PEZANT tailleur habitant la Commune d’Aubière, âgé de 19 ans, après avoir promis parler sans haine ny crainte et de dire vérité :
Déclare avoir vû, le quinze fructidor présent mois, à entour huit heures du soir, Sébastien BAYLE, un des plaintifs, tout ensanglanté disant qu’il perdait son sang et qu’il seroit estropié et qu’il le conduisit dans cet état chez le citoyen BARDELOT, officier de santé à Aubière, et a , le témoin, déclaré ne pas savoir signer de ce enquis, et avons signé avec le greffier. Jaladon Achard

 -2- Bertrand CHALAMET, cordonnier habitant la Commune d’Aubière, âgé d’entour 22 ans, après avoir promis parler sans haine ny crainte et de dire vérité :
Déclare que le dit jour quinze Fructidor présent mois, à entour huit heures du soir, étant chez luy , il entendit un grand bruit , qu’il sortit pour voir ce que c’étoit, qu’il vit Sébastien BAYLE, un des plaintifs qui étoit tout ensanglanté et perdoit beaucoup de sang du bras droit; qu’aussitôt le déclarant et Jean PEZANT prirent le dit BAYLE sous le bras et le menèrent chez le dit Bardelot, officier de santé, pour le faire penser, et que le dit BAYLE se plaignit que c’étoit Amable PIGNOL fils d’autre Amable, de la Commune d’Aubière qui l’avoit blessé d’un coup de sabre ou de couteau, et a déclaré ne pas savoir signer et avons signé avec le greffier. Jaladon Achard

 -3- Marie CHATANIER, fille de Ligier, cultivateur, habitante la Commune d’Aubière, âgée d’entour 28 ans, après avoir promis parler sans haine ny crainte et de dire vérité :
Déclare que le quinze du courant , a entour huit heures du soir, se disposant à se coucher, elle entendit un grand bruit, qu’elle descendit et entendit qu’une fille appelloit Amable PIGNOL père , qui étoit dans sa maison, luy disant de venir que son fils se disputoit, que devant la maison dudit Amable PIGNOL père étoit Sébastien BAYLE, l’un des plaintifs, qui parloit et plaisantoit avec la fille du dit mable PIGNOL père, que de suite le dit BAYLE et la fille PIGNOL accoururent au lieu de la dispute. La déclarante y alla aussi, mais elle ne courru pas, de manière que le dit BAYLE et la fille PIGNOL y étoient avant elle, déclarante, et qu’aussitôt qu’elle se fut rendüe au dit lieu elle trouva le dit Sébastien BAYLE qui rependoit beaucoup de sang d’un coup qu’il avoit reçu au bras droit, mais la déclarante n’a pas vû donner le dit coup, ny n’a pas vû le père PIGNOL dans la dite querelle, la dite déclarante aida à conduire BAYLE chez l’officier de santé d’Aubière et déclare ne pas savoir signer , et avons signé avec le greffier. Jaladon Achard

 -4- François LAGARDE, cultivateur habitant la Commune d’Aubière, âgé de 36 ans, après avoir promis parler sans haine ny crainte et de dire vérité :
Déclare qu’au moment de la querelle il étoit couché, qu’ayant entendu crier "On a saigné Sébastien BAYLE et Guillaume DECITRE" il s’étoit levé et étoit allé à l’endroit d’où partent les cris, qu’il avoit apperçu Guillaume DECITRE qui perdoit beaucoup de sang du flan gauche, qu’il disoit que c’étoit "PIFRAT" fils qui l’avoit frappé d’un couteau ou d’un autre instrument, que le déclarant, transporté d’indignation étois alors allé à la porte de PIGNOL père, en luy criant "descend donc, vient achever de tuer le dit Citre" , qu’aussitôt le dit PIGNOL père s’étoit armé d’un fusil, avoit visé le déclarant et avoit tiré trois fois sur luy, le dit fusil qui heureusement avoit manqué.
Interpellé, le témoin pourquoy il alloit chercher le dit Pignol père et s’il est de sa connoissance que le dit père eut participé aux mauvais traitements , soit de BAYLE, soit de Guillaume DECITRE, a répondu qu’il n’avoit aucune connoissance que le dit PIGNOL père fut l’auteur ou le complice des mauvais traitements dont il s’agit et que c’est par un effet seulement de sa sensibilité qu’il étoit allé à la porte du dit Pignol père, et a déclaré ne savoir signer et avons signé avec le greffier. Jaladon Achard

 -5- Jean MARTIN, cultivateur habitant la Commune d’Aubière, âgé de 22 ans, après avoir promis parler sans haine ny crainte et de dire vérité :
Déclare que le quinze de ce mois, à entour l’heure de huit du soir, il a entendu du bruit, aussitôt il est allé au lieu où il se faisoit, que s’y étant, il a trouvé Amable PIGNOL fils et Guillaume DECITRE qui se tenoient aux collets, DECITRE promettoit à Amable PIGNOL de le maltraiter s’il revenoit faire du bruit à sa porte, pendant ce moment est arrivé au lieu de la querelle la sœur du dit Amable PIGNOL fils, qui, voyant son frère aux prises avec le dit DECITRE, a sauté au collet du dit DECITRE, alors le dit Amable PIGNOL fils a lâché le collet du dit DECITRE et luy a donné un coup de couteau qui l’a blessé dans le flanc gauche, mais le déclarant n’a pas vu frapper Sébastien BAYLE. Le dit déclarant ne sait pas si c’est un couteau de poche ou un couteau de chasse qu’avoit le dit PIGNOL fils, et a déclaré ne pas savoir signer, et avons signé avec le greffier. Jaladon Achard

 -6- Catherine TAILLANDIER, fille majeure, habitante à Aubière, âgée d’entour 37 ans, après avoir promis parler sans haine ny crainte et de dire vérité :
Déclare que le quinze de ce mois, à entour l’heure de huit du soir, étant allé au lieu où elle entendoit du bruit, elle vit Guillaume DECITRE et Amable PIGNOL fils se tenant au colet. Dans le même moment survint la sœur du dit Amable PIGNOL fils qui se fâcha après le dit DECITRE, alors ce dernier répondit à la ditte PIGNOL fille que c’étoit une simple réprimande, qu’il fesoit à Amable PIGNOL son frère, qui étoit venu la veille occasionner du bruit près de sa maison, l’ayant fait assassiner à coups de pierres ; pendant cette explication Amable PIGNOL fils lâcha le collet du dit Guillaume DECITRE. Il passa derrière cellui-ci et fit un mouvement avec son bras qui se dirigea sur la personne du dit DECITRE. Aussitôt la déclarante vit jaillir le sang du côté du dit Guillaume DECITRE, mais elle ignore l’instrument dont PIGNOL étoit armé. A déclaré ne pas savoir signer de ce enquis et avons signé avec le greffier. Jaladon Achard

 -7- Mary MARTIN, boucher, habitant la Commune d’Aubière, âgé d’entour 20 ans, après avoir promis parler sans haine ny crainte et de dire vérité :
Déclare qu’il est arrivé à l’endroit de la dispute au moment que la sœur d’Amable PIGNOL fils tenoit au collet Guillaume DECITRE, en luy reprochant qu’il vouloit tuer son frère ; dans ce même moment Amable PIGNOL fils a passé derrière le dit Guillaume DECITRE et l’a frappé au flanc gauche sans que le déclarant sache avec quelle arme, mais, de suite, il a vû sortir le sang du dit DECITRE de l’endroit où il avoit été frappé par Amable PIGNOL ; et a déclaré ne pas savoir signer et avons signé avec le greffier. Jaladon Achard

 -8- Michel BREULY, cultivateur, habitant la Commune d’Aubière, âgé d’entour 56 ans, après avoir promis parler sans haine ny crainte et de dire vérité, déclare qu’il étoit chez luy, couché, lorsqu’il entendit François LAGARDE, crier au bas de la maison d’Amable PIGNOL père, luy dire, ainsy qu’à Amable PIGNOL fils, "Descendez, foutu gueux, foutu canaille, venez finir de tuer Guillaume DECITRE que vous avez saigné". À quoy PIGNOL père a répondu : "Attend, attend, je viens". Alors le déclarant s’est mis en chemise à sa fenêtre et a vu Amable PIGNOL père qui est venu armé d’un fusil, en a visé le dit LAGARDE, l’a tiré mais heureusement le coup n’a pas atteint le dit LAGARDE. Le déclarant a encore vu Amable PIGNOL fils suivre le dit François LAGARDE avec une arme à feu avec laquelle il a tiré deux fois, mais heureusement le coup n’est pas parti. Le déclarant a ensuite été invité. L’officier de santé de penser Guillaume DECITRE qui étoit blessé au côté d’une manière si grave qu’il a vu l’officier de santé entrer son doigt dans la playe, mais le déclarant ignore quel est l’auteur du coup qu’a reçu le dit DECITRE ; ajoute le déclarant qu’au moment où le dit LAGARDE étoit armé d’un sabre avec lequel il donnoit des coups sur le mur de la maison des dits PIGNOL, toujours en les provoquant à descendre ; et a le déclarant dit ne pas savoir signer de ce enquis, et avons signé avec le greffier. Jaladon Achard

 -9- Martin DUTEMPLE, cultivateur, habitant la Commune d’Aubière, âgé d’entour 26 ans, après avoir promis parler sans haine ny crainte et de dire vérité :
Déclare n’avoir rien vu de ce qui s’est passé le quinze Fructidor, présent mois, qu’il a seulement vu, le seize de ce mois, François LAGARDE et Amable PIGNOL père se disputer et se tenir réciproquement des propos injurieux. François LAGARDE reprochoit au dit PIGNOL de l’avoir voulu tuer d’un coup de fusil qu’il luy avoit tiré la veille, a quoy le dit PIGNOL père répondit qu’il étoit fâché que le coup ne fut pas parti ; et a le déclarant dit ne pas savoir signer, et avons signé avec le greffier. Jaladon Achard

 -10- Thomas JULLIEN, cultivateur habitant a Aubière, âgé de 51 ans, après avoir promis parler sans haine ny crainte et de dire vérité, déclare que le quinze de ce mois, à huit heures du soir il a vû François LAGARDE venir , armé d’un sabre, avec lequel il frappoit la pierre de la porte d’Amable PIGNOL avec tant de violence qu’il en faisoit sortir des étincelles de feu ; le dit François LAGARDE a provoqué pendant trois fois le dit PIGNOL à descendre et à venir achever de tuer Guillaume DECITRE. Le dit François LAGARDE tenoit même des propos injurieux contre le dit PIGNOL, le traitant de gueux et de canaille et de voleur. Le dit Amable PIGNOL père qui étoit chez luy répondit au dit LAGARDE qu’il alloit venir. Enfin le déclarant a vû descendre le dit PIGNOL père sur le pallier de son escalier, armé de son fusil, qu’il a couché en joue sur le dit LAGARDE et l’a tiré par trois fois sans que le coup soit parti ; le déclarant a vû très distinctement à trois différentes reprises le feu de la baterie du dit fusil alors le dit LAGARDE s’est enfuy ; et a, le déclarant, dit ne pas savoir signer et avons signé avec le greffier. Jaladon - Achard


Notes :
(1) – Jean Monnet dit Maculet : Beau-père de Guillaume Cassière dit Golaud.
(2) – La femme de Jean Monnet : Françoise Decorps, seconde épouse de Jean Monnet.
(3) – La fille de la femme de Jean Monnet : Marie Belle, fille d’Henry Belle et de Françoise Decorps.

© Cercle Généalogique et Historique d'Aubière - André Chapeau