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vendredi 22 novembre 2013

La Gauloise fête Sainte-Cécile en 1924



En ce jour de la Sainte-Cécile, un article du journal « L’Avenir » en 1924 :

« La plus belle de nos sociétés musicales rurales, La Gauloise d’Aubière, fêtait dimanche, à la fois, la Sainte-Cécile et l’élection de son nouveau président, M. Pezant.
En raison du deuil récent qui a frappé la société, en la personne de M. Alfred Gioux, la fête eut simplement un caractère d’intimité familiale. On s’abstint de manifestations bruyantes, encore que très harmonieuses, comme le défilé traditionnel. Mais si La Gauloise, pour le motif que nous venons de signaler dût fêter la Sainte-Cécile plus discrètement que de coutume, elle n’en affirma pas moins une vitalité plus puissante que jamais, en dépit des vides que le mort creuse dans ses rangs.
On connaît le sens vrai de la phrase historique : « Le Roi est mort, vive le Roi ! » Ce raccourci qui exprimait d’une manière saisissante la continuité des institutions monarchiques de la vieille France peut s’appliquer en ce moment à La Gauloise.
Après avoir pleuré l’entraîneur d’hommes, le chef loyal qu’était Alfred Gioux, les sociétaires de La Gauloise, fièrement, comme l’ancêtre figuré sur leur bannière, ont relevé la tête et ont puisé dans le malheur qui les frappait la volonté de vivre et de se développer encore sous l’impulsion d’un nouveau chef. Voilà bien un des traits saillants de cette force race arverne dont les Aubiérois de La Gauloise sont les dignes rejetons.
La fête débuta par une cérémonie religieuse à l’église paroissiale.
Pendant la messe, La Gauloise, sous la direction de M. Montel, exécuta quelques morceaux appropriés d’un style très délicat.
À l’Évangile, M. le chanoine Lestrade, ancien aumônier militaire, chevalier de la Légion d’honneur, avec cette éloquence sobre et simple qui va droit au cœur, parla de l’Harmonie, qui a fait la beauté, en musique et la force dans les Sociétés. Le chanoine Lestrade évoqua le souvenir de M. Gioux et salua en M. Pezant le digne continuateur de son œuvre.

Sainte Cécile

Le banquet
À midi et demi, au restaurant Gioux, cent trente convives étaient réunis. Il y avait là tous les musiciens, un certain nombre de membres honoraires et quelques invités.
Un menu fut servi, qui était un véritable défi à la vie chère. MM. Gioux, vieux amis de La Gauloise, reçurent vraiment en amis généreux ; ils surent réunir, pour un prix tout à fait démocratique, l’abondance et la qualité ; de sorte que ce menu remarquable, appuyé sur le non moins remarquable vin des « Etats-Unis » (ainsi dénommé parce qu’aux Etats-Unis on ne boit plus de vin, emporta un franc succès.
A la table d’honneur, autour de M. Pezant, nous avons remarqué : M. Marc Blatin, conseiller général ; M. Monbarin, directeur de l’Harmonie des Usines Bergougnan ; M. Taravaud, président d’honneur de l’ « Union musicale » de Beaumont ; M. Montel, chef de La Gauloise, M. Joannet, président d’honneur ; MM. Montagnon et Vacher, vice-présidents actifs ; Chatagner, Théringaud, Bourcheix-Dutemple, vice-présidents d’honneur ; les docteurs Mercier et Sahut ; M. Matray, pharmacien ; MM. Bernard, trésorier, Aubény, secrétaire ; Bouchard, chef de l’ « Union musicale » de Beaumont ; l’aviateur Michel ; MM. Francione, Planche, membres honoraires ; M. Pignol, vice-président et M. Cohendy-Morel, secrétaire de l’ « Union musicale » de Beaumont ; MM. Bayle-Noëllet, Roche, membres honoraires, etc.
Lorsque le champagne pétilla dans les coupes, M. Bernard prit la parole.

Discours de m. Bernard
Le sympathique trésorier de La Gauloise commença par ces belles paroles à l’adresse du regretté M. Alfred Gioux :
« La fête patronale de Sainte-Cécile qui nous rassemble aujourd’hui, semble voilée de tristesse celui que nous aimions voir présider nos agapes, donner la note de l’entrain, de la joie, du mouvement, n’occupe plus sa place habituelle.
Sans effort de pensée, nous le voyons encore au milieu de nous recevant ses invités, donnant ses ordres, tout heureux d’être au sein de sa Société environné d’amis.
Messieurs, nous nous rappellerons toujours de notre cher Alfred, de celui qui, sans nul souci de son poste autre que le plus grand bien de La Gauloise, se montra toujours le meilleur des camarades.
Que sa famille reçoive de tous notre reconnaissance et nos respects. »
M. Bernard parla ensuite du nouveau président :
« … Il y a une quinzaine de jours, la commission administrative se réunissait à l’effet d’élire un nouveau président, et aux acclamations générales M. Pezant était désigné.
Ce choix a été particulièrement heureux, il a été accueilli avec une égale approbation par la Société et par la population qui s’intéresse vivement à son existence.
Né d’une famille aubiéroise, M. Pezant vint à l’âge d’homme s’établir à Aubière.
Très doué au point de vue musical, il entra de suite à La Gauloise, certain d’y trouver la satisfaction de ses goûts artistiques, certains aussi d’y rencontrer de véritables amis.
C’est à son modeste pupitre de musicien que ses amis sont venus le prendre pour l’élever à la présidence.
Vous le savez tous, avec les ressources de son travail et de son intelligence, il a fondé à Aubière un des établissements les plus florissants de la région dans l’art horticole.
Nous sommes assurés que M. Pezant mettra au service de sa Société une bonne partie de l’activité et de la volonté déployées dans la création de sa maison commerciale.
L’année dernière, dans une réunion de famille, nous aimions à rappeler les souvenirs qui nous unissaient aux anciens Présidents dont les portraits ornent cette salle. Aujourd’hui nous venons saluer un nouveau venu, c’est le portrait de M. Ebely.
Vous l’avez tous connu, celui-là fut un modeste, mais il fut un des meilleurs serviteurs de La Gauloise, nous serons heureux et fiers de voir désormais ses traits ici, devant son image les anciens se souviendront, les nouveaux le prendront comme modèle. »
Des applaudissements nourris ponctuèrent le discours du sympathique trésorier ; lorsqu’ils se furent apaisés, M. Pezant se leva.

Discours de m. Pezant
« Ce n’est pas sans émotion que je me retrouve aujourd’hui à notre banquet traditionnel de Sainte-Cécile.
Pour la première fois depuis 20 ans, j’ai dû déserter, à cette table, le petit coin où (c’était une tradition) se réfugiait tout un groupe de nos vieux musiciens. Je l’aimais surtout parce qu’il n’y avait rien d’officiel.
Votre estime et votre affection m’appellent à l’honneur. Du plus humble de vos camarades vous avez fait celui qui présidera désormais aux destinées de notre belle Gauloise. Cela me grandit et m’étonne. Pour toute la fierté que j’en ressens soyez remerciés.
Mais pourquoi faut-il que votre choix se soit porté sur moi, tant d’autres en étaient dignes et je me sentais si bien à ma place à mon petit coin de table.
Messieurs, je ne voudrais pas vous attrister, mais je manquerais au premier de mes devoirs si je ne rendais un hommage ému à la mémoire de mon regretté prédécesseur. »
Et M. Pezant fit de M. Gioux un éloge délicat.
« Son nom restera gravé pour toujours, sur le Livre d’or de La Gauloise, comme son souvenir l’est déjà dans nos cœurs.
Permettez-moi maintenant, de saluer les nobles figures qui, ,sur les murs de cette salle, dans leur cadre doré, semblent nous regarder avec la fierté affectueuse des grands-pères pour leurs petits enfants.
Les unes représentent pour nous tout le passé de La Gauloise, l’incarnation de l’Honneur et du Devoir, les autres tout le présent avec ses belles espérances.
Permettez-moi de saluer bien bas encore le tableau d’honneur où sont inscrits les noms de nos héros morts pour la France.
Inspirons-nous des exemples donnés par tous ces braves gens pour qu’avec la bonne volonté de tous, nous arrivions à une Gauloise, toujours plus grande, toujours plus belle et pour que nos enfants aient un jour la fierté et la joie de fêter son centenaire.
Pourrions-nous jamais manquer de foi dans ces destinées, quand nous voyons autour de nous des hommes dont le dévouement se cache et se refuse à toute récompense comme M. Bernard, M. Aubény et notre chef aimé, M. Montel ; cette belle jeunesse enthousiaste et tant d’amis, tous ces vieux musiciens qui ont vu grandir La Gauloise et participe depuis plus de 40 ans à tous ses succès. »
M. Pezant salua ensuite les nouveaux élus du bureau : MM. Montagnon et Vacher, vice-présidents actifs, les vice-présidents honoraires : MM. Bourcheix-Dutemple, Chatagner et Théringaud, le nouveau sous-chef, M. Baptiste Gioux, M. Joannet, président d’honneur. Le président adressa aussi d’aimables compliments à M. Blatin, en qui il salua l’un des plus éclairés défenseurs de la cause paysanne, à M. Monbarin, directeur de l’Harmonie Bergougnan, à M. Taravaud, président d’honneur de l’ « Union musicale » de Beaumont, au représentant de l’ « Avenir » et termina ainsi :
« Nos remerciements vont aussi de grand cœur à tous nos amis et aux nombreux membres honoraires qui ont tenu à rehausser par leur présence l’éclat de notre fête.
Je n’aurais garde d’oublier notre restaurateur Mme Gioux qui nous a beaucoup gâté aujourd’hui.
Messieurs, je bois à votre santé à tous et en l’honneur de notre belle Gauloise. »

Un membre de la « clique », M. Chausseprat, au nom des tambours et clairons, adressa un « speech » très cordial à M. Pezant et lui remit une gerbe de fleurs. Le nouveau président se montra très touché de cette démarche et remercia M. Chausseprat avec émotion. »


In L’Avenir du 23 décembre 1924

et Cahier n°3 du C.G.H.A., Aubière, Musique, Théâtre,Chant choral, 2007


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vendredi 1 juin 2012

Musique : Mes souvenirs de 1924 à 1931


Lucien Reuge : mes souvenirs de 1924 à 1931

La Musique à Aubière

« Vous avez peut-être entendu dire que « la musique adoucit les mœurs ». Pour Aubière, c’était faux. Dans ce gros village, c’étaient des musiques « qui marchaient au pas », comme dit Georges Brassens. Il y en avait donc deux : « La Gauloise » et « Les Enfants d’Aubière ». Mais il y avait aussi deux sociétés de gymnastique : « La Fraternelle » du côté des Gaulois (ceintures et bérets bleus) et « La Prolétarienne » (ceintures et bérets rouges) du côté des « Rouges », comme de bien entendu. Il y avait même deux batteuses au temps des moissons !
Les enfants eux-mêmes étaient partagés entre l’école laïque (l’école sans Dieu) et l’école libre ou confessionnelle. À mon arrivée à Aubière en 1918, nous n’étions qu’à 13 ans de la séparation de l’Église et de l’État (9 décembre 1905), et les rancœurs, entre croyants et incroyants, étaient encore vives. Il fallait donc que j’appartienne à un des deux camps entre lesquels se partageaient les villageois. Mon père était socialiste, donc j’étais « Rouge », ce que j’ignorais à l’époque. Ma voie était donc toute tracée, musicalement parlant, je serai un « Enfant d’Aubière ».

De gauche à droite : Albert Thévenon, trombone, et Lucien Reuge, clarinette
aux Enfants d'Aubière vers 1935

Ma première participation aux activités de la société musicale eut lieu quand j’avais 9 ou 10 ans. C’était une retraite aux flambeaux, la veille d’un jour de fête. Le rassemblement avait lieu rue Saint-André (rue Victor-Hugo aujourd’hui), la tête du cortège à hauteur des Économats du Centre, épicerie tenue par Madame Moins, aidée par son fils aîné. Trop chétif pour être porte-drapeau, j’étais « photophore » (porte-flambeau). En fait, le drapeau de la société était une bannière et mon flambeau un lampion. Les « premiers photophores » portaient deux lampions sur une traverse clouée au sommet d’un manche. N’étant porteur que d’un seul lampion, j’étais « second photophore ». En tête du cortège, il y avait aussi deux porteurs de pancartes fixées au sommet d’un manche. Sur chacune d’elle, on voyait une tête, dessinée de profil et coiffée d’un bonnet noir qui épousait la forme du crâne, avec de grosses lettres noires sur fond blanc : « À bas la calotte ». Je me demandais pourquoi on voulait que ces 2 têtes se décoiffent… Quelques années plus tard, quand j’étais moi-même devenu « joueur de biniou » (seconde clarinette), les dites pancartes avaient disparu lors des défilés nocturnes.
Ma seconde participation se fit sur un autre plan. « Les Enfants d’Aubière » s’offraient, chaque année à la belle saison, un voyage collectif en France ou dans un pays voisin. Pour remplir la cagnotte indispensable, il y avait bien les cotisations des membres honoraires mais ça n’allait pas bien haut dans le tiroir-caisse. À cette époque-là, beaucoup de nos musiciens étaient vignerons. Les travaux viticoles étant au ralenti, ils préparaient une pièce de théâtre et organisaient des bals en saison hivernale. Je crois que c’est en 1924 que fut montée une pièce de Jean Richepin, « Le Chemineau ». Le rôle principal était tenu par Eugène Martin (hautbois solo). J’étais seulement une « silhouette » chantante. À part son nom et le mien, je n’en ai pas retenu d’autre. Quant au texte, j’ai retenu le tout dernier vers, un hexamètre : « Va, chemineau, chemine ! ». La salle de théâtre était dans les caves du château (devenu Mairie), sous les salles des classes (salle Jean-Jaurès). La scène et les coulisses étaient au fond de la salle, à gauche en entrant. Tout au fond de la salle, à droite, il y avait quelques gradins. Je faisais partie du chœur des Lugnots, c’est-à-dire d’un groupe de 5 ou 6 enfants qui venaient chanter devant les portes en tendant la main pour obtenir une aumône. C’était l’hiver ; il faisait froid, très froid. La bise soufflait fort. La neige abondante tombait sur nos pèlerines bleu marine. Nos bérets étaient enfoncés sur nos têtes et nous chantions en grelottant, serrés les uns contre les autres. Le public  était compatissant. Côté coulisse, c’était bien différent. Il faisait chaud, on manquait d’air. Nous transpirions sous nos capuches. À gauche de la porte d’entrée, côté rue, une chaise, et juché sur cette chaise, une grande boîte en équilibre sur l’avant-bras droit, Monsieur Chirol, le cafetier du coin, qui y puisait de grosses poignées de savon en paillettes qu’il éparpillait au-dessus de nos têtes, dès qu’Eugène Martin ouvrait la porte. Celui-ci répartit rapidement entre nous quelques bonbons « anglais » (acidulés) en guise d’aumône et nous referma la porte au nez. Les autres pièces de théâtre auxquelles j’ai modestement participé furent répétées et jouées à l’étage supérieur. Une des premières pièces qui y furent jouées avait pour titre « 29° à l’ombre ». les deux acteurs étaient Etienne Mamet et Odette Guinet, ma jeune voisine.
J’en viens, hélas ! à ma dernière prestation. J’ai un souvenir beaucoup plus précis de la dernière pièce où je jouais « les utilités ». Et pour cause ! Elle mit fin à ma carrière théâtrale en me révélant une faiblesse irrémédiable de ma personnalité. Titre de la pièce : « Le Roi s’amuse », un drame en 5 actes et en vers de Victor Hugo de 1832. Le roi, c’était Eugène Martin. Moi, j’étais un page au service du roi. Au moment où le roi se dirigeait côté jardin pour quitter la scène, je devais apparaître, côté cour, porteur d’un message. J’avais 3 ou 4 mots à dire pour suspendre sa marche et le faire revenir au milieu du plateau. Au cours des répétitions, j’étais parfait. Côté public, 2 ou 3 membres de la troupe, bien éclairés. Le jour de la représentation, en entrant sur scène, j’ai jeté un malencontreux coup d’œil sur la salle …des yeux ! rien que des paires d’yeux brillants au milieu de faces blanches, sur un fond obscur, et qui me regardaient. Le premier des quelques mots que j’avais à prononcer se bloqua dans ma gorge. Le trac ! J’avais le trac, et je ne savais plus que dire et que faire. Rien ! Eugène Martin eut la bonne idée de répéter, sans se retourner, sa dernière phrase. Je pus ainsi enchaîner et la pièce repris son cours. Mais j’avais bonne mine ! Je me sentais humilié et je me jurais, un peu tard, qu’on ne m’y reprendrait plus.
Les répétitions de l’harmonie se tenaient salle Brezzi, au premier étage dans une grande pièce qui ne gardait du luxe d’antan qu’une cheminée en marbre. Devant cette cheminée, le pupitre du chef, Antonin Roche. Possesseur d’une clarinette Noblet en si bémol avec un barillet fendu, achetée 400 francs par mon père et deux années de leçons particulières payées par une pièce hebdomadaire de 5 francs à l’oncle de ma tante, Martin Gioux dit Bague, j’ai pu enfin être admis sur le banc des secondes clarinettes aux côtés, entre autres, de Lucien Roche, le fils du chef, et d’Adrien Pignol, le fils du lieutenant des sapeurs-pompiers. Et j’allais avoir un uniforme d’officier de marine. La gloire !
Au banc des secondes clarinettes, nous étions les spécialistes dans les valses de : « 1-tu-tu ». Une aspiration sur le 1er temps, aucun son et une note, qui variait de temps en temps et qui se répétait sur les 2ème et 3ème temps. Pour qui avait l’oreille fine, le 1er temps n’était pas complètement silencieux. On pouvait entendre la frappe de notre pied sur le sol : « au premier temps de la valse », comme chantait Jacques Brel. On redressait un petit peu le buste, avec ensemble, pour aspirer l’air nécessaire sur le 1er temps, et on donnait 2 petites poussées en avant en soufflant dans le bec de l’instrument. On aurait dit un alignement de jeunes chiots têtant leur mère. Mais il fallait nous voir libérés de cette besogne, quand le compositeur nous avait gratifiés d’un morceau de mélodie. Nous accompagnions le chant d’une gestuelle de toute la partie supérieure de notre corps, une sorte de gracieux balancement de droite à gauche et de gauche à droite, comme si nos fesses décollaient alternativement du banc. Le chef était parfois obligé de nous adresser quelques gestes de modération. On se sentait à la hauteur des premières clarinettes.
Mais un soir, il fallut déchanter. Pour la 1ère fois peut-être, dans l’histoire des « Enfants d’Aubière », lors de la répétition du samedi soir, le banc des premières clarinettes était vide. Même Franck Durand, le soliste, était absent. Le chef dut faire avec nous qui étions tous présents. En cours de route, nous nous sommes heurtés à des paquets successifs de doubles et de triples croches. Le peloton a commencé à s’effilocher. Celui qui avait décroché portait son regard quelques mesures plus loin sur la portée, pour reprendre la course au passage ; mais bientôt Lucien Roche devint soliste, et je crois bien qu’il décroche à son tour. Après plusieurs essais infructueux, je crois qu’on prit une autre partition. Mais nous n’avions plus le moral, d’autant plus que les autres commençaient à bougonner dans notre dos. J’étais personnellement très mal placé, juste devant Jean-Baptiste Roche, saxophone baryton, il était furieux. C’était mal parti pour moi qui espérait lui demander la main de Gaby, sa fille, quand nous serions majeurs.
Tous les clarinettistes du banc supérieur avaient plus ou moins fréquenté le conservatoire de Clermont-Ferrand. Et c’est ainsi que j’ai demandé à mes parents l’autorisation de m’y faire inscrire. Le conservatoire de musique était au dernier étage d’un immeuble de la place Gaillard, et mon professeur, soliste à l’orchestre du théâtre, s’appelait Monsieur Galland. Et je me remis à espérer.
Autre souvenir : une répétition ordinaire, un samedi soir, l’hiver. Personnages : le chef, Antonin Roche, le contrebassiste solo, Arnaud (j’ai perdu son prénom). Un ou deux morceaux ont été répétés sans problème. Au morceau suivant, une remarque du chef adressée au banc des basses et contrebasses : Arnaud la prend pour lui seul. Le ton monte. Chacun reste sur ses positions et subitement Arnaud abandonne son instrument et prend la porte. Il est furieux. Placide, le chef lève sa baguette et la répétition reprend son cours normal. Une demi-heure plus tard, une porte claque au bas de l’escalier, Arnaud est de retour porteur de sa vareuse et de sa casquette de musicien. Il jette le tout sur son banc et dit adieu à la compagnie. Antonin Roche n’est pas troublé pour autant. Il dit : « Il reviendra ». La répétition continue.
Pour mon copain, le dernier des Bourbon (c’est-à-dire le plus jeune ; j’ai aussi perdu son prénom) et pour moi, c’est une petite perte de revenus. Les veilles de bal ou de concert, Mr Arnaud nous confiait son instrument, une contrebasse en cuivre, deux chiffons et un pot de Miror. Ce petit travail d’astiquage nous rapportait quelques piécettes. Mais un jour Arnaud est revenu. Mon ami Bourbon jouait de l’alto, mais pour l’empêcher d’être soliste, c’est-à-dire de souffler dans son « biniou » quand les autres respectaient les silences écrits sur la portée musicale, les jours de concert, on mettait un bouchon dans son embouchure, ce qui ne l’empêchait pas d’enfoncer les pistons avec ses doigts et beaucoup de conviction.
Pour en venir aux bals, l’orchestre était composé le plus souvent de 4 musiciens. Les instruments les plus fréquemment employés étaient le cornet à pistons, la clarinette (pour le chant), le baryton (pour le contre-chant) et la contrebasse (pour l’accompagnement) ; mais il pouvait y avoir un ou deux saxophones. Je n’ai jamais vu danser la bourrée, ni le quadrille, danses de la génération précédente. On en était au fox-trot, à la mazurka, à la polka et à la valse. Mais à partir de 1923, le charleston fit son apparition. Le premier batteur de jazz fut Raoul Vantalon, le fils de la directrice de l’école de filles. L’orchestre de bal champêtre s’effaça peu à peu devant l’accordéon, le saxophone, le trombone, la trompette et la batterie. On dansa le tango, la java, le paso doble, et les femmes se firent couper les cheveux.
J’ai fait deux voyages avec les Enfants d’Aubière, l’un à Nice, l’autre à Genève et Chamonix. De ce dernier, je conserve le souvenir de quelques pas prudents sur la Mer de Glace, chaussettes par dessus les souliers pour éviter la glisse, et du panache du grand jet d’eau sur le lac Léman. Le voyage sur la Côte d’azur m’a laissé plus de traces. J’y ai même pris quelques photos dont certaines, faites à contre-jour, ne permettent guère de reconnaître les personnages. Nous sommes partis de la gare du P.L.M. à Clermont-Ferrand. Un wagon nous était réservé et une partie du voyage se fit la nuit, ce qui nous imposait de dormir assis. J’ai quand même pu m’allonger quelques instants dans le couloir, sur la bannière bien protégée dans sa housse. Le trajet est ponctué par de nombreux tunnels, ce qui nous imposait de relever rapidement les vitres quand nous les abordions, à cause de la fumée et des escarbilles dont nous gratifiait la locomotive à vapeur. La cargaison n’était pas très fraîche à l’arrivée en gare de Nice, mais nous avions pu faire un peu de toilette dans nos chambres d’hôtel, et nous étions présentables, sinon fringants, pour participer au défilé. Je n’ai pas eu de vue d’ensemble de ce défilé. Une délégation d’une « Amicale des Alsaciens-Lorrains » nous précédait. Ils étaient trois : le Président, le Trésorier et le Porte-drapeau tricolore, comme il se doit. Nés vraisemblablement à la fin du second Empire, ils « se hâtaient avec lenteur ». Et nous suivions derrière, comme une chenille processionnaire, soufflant à qui mieux-mieux dans nos « binious », les yeux rivés sur nos « cartons » (partitions musicales) fixés sur nos instruments par une pince métallique en forme de lyre. Tant et si bien que nos Alsaciens-Lorrains, ayant décroché du cortège, nous conduisirent sur une placette du vieux Nice où ils se sont arrêtés, complètement perdus… et nous de même. Pour nous remettre de nos émotions et prendre un bol d’air frais, nous sommes partis au large, embarqués, bien tassés, sur un bateau voguant sur les eaux bleues de la Méditerranée, en direction des îles Lérins. Sur l’île Saint-Honorat, nos accompagnatrices (mères, épouses, sœurs, cousines et copines du sexe dit faible), en qualité de membres honoraires, eurent la pénible surprise de voir les moines leur fermer au nez (je ne peux pas bien sûr ajouter « et à la barbe », la plupart n’étant pas très âgées) la lourde porte de leur monastère. Ces victimes de la misogynie des religieux se consolèrent en se promenant dans la luxuriante nature en attendant la réapparition du sexe fort. Après cette rafraîchissante sortie, nous nous sommes promenés dans Nice, Lucien Roche, Céline et Marinette Martin, Marguerite et Gabrielle Roche, toutes cousines du ci-devant et moi-même.
Pour en finir avec les harmonies aubiéroises, je dois quand même vous dire qu’à Aubière, une fois par an, une autre harmonie régnait entre des musiciens des deux sociétés pour une sorte d’œuvre caritative. Le jour de l’An, chaque année, les conscrits, de cette année-là, rassemblés derrière le même drapeau tricolore, défilaient dans les rues du village, pour aller donner l’aubade devant la maison de chacune de leurs conscrites. Qui dit « aubade » dit « musique », et ça ne se fait pas sans musiciens. Les conscrits allaient « à la pioche » dans les deux sociétés, et c’est ainsi que je fus recruté en 1930 ou 1931 avec ma clarinette pour participer à cette aventure. Le point de rassemblement était à l’entrée de la place des Ramacles, près de l’étude du notaire, maître Carsac. Nous y fûmes accueillis par un garçon de La Gauloise, bien en chair et néanmoins vif et impétueux, qui nous distribua nos cartons : une marche militaire, comme de bien entendu. Je ne la connaissais pas, je ne l’ai plus jamais entendue, mais voici pourtant ce qu’il m’en reste. Je ne garantis pas l’authenticité :


La distribution des cartons terminés, notre chef auto-proclamé prit en bandoulière une grosse caisse qui l’attendait sur le trottoir, brandit une mailloche qui retomba sur la peau d’âne pour nous donner le tempo : Boum ! Boum ! Boumboum ! et c’est parti, drapeau tricolore en tête. J’abrège car pour moi ce fut court : Aubade devant la maison de la première conscrite : première rasade. Boum ! Boum ! C’est reparti. Deuxième conscrite : on trinque pour la deuxième fois. Etc. etc. Finalement, c’est moi qui ai trinqué ! et je ne sais comment je suis rentré… » (Souvenirs de Lucien Reuge, 15 juillet 2007).

© Cercle généalogique et historique d’Aubière - Extraits du Cahier n°3 : « Aubière, Musique, Théâtre et Chant choral », 2007

A lire aussi : Rapsodie pour clarinette

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lundi 7 mai 2012

Les musiciens de l’Harmonie d’Aubière (1945-1966)



L'Harmonie d'Aubière lors du banquet de Sainte-Cécile en 1957

Cette liste, reconstituée à partir du Registre de "l'Harmonie d'Aubière", est composée de 198 noms, parmi lesquels vous trouverez des doublons (plusieurs instruments pour un seul musicien, noms mal orthographiés, plusieurs adresses pour un seul musicien, etc.).

Noms
Domicile
Instruments
Achard
Aubière
clairon
Ameil
Aubière
piston
Ardaillon
Sayat
clarinette
Arnaud Antoine
Aigueperse
basse
Arnaud Gabriel
Aubière
contre-basse
Arnaud Jean
Gerzat
bugle
Arnaud Michel
Aubière
clarinette
Astier Marcel
Aubière
clairon
Audebert
Aubière
clairon
Audebert Lucien
Mezel
contre-basse
Barrière Noël
Beaumont
bugle
Bayle Annet
Aubière
alto
Bayle Claudius
Aubière
grosse caisse
Bayle Lucien
Aubière
clarinette
Beaucheix Fernand
Aubière
clarinette
Beaudroit
Clermont-Fd
contre-basse
Belin
Aubière
clairon
Bellard Roger
Romagnat
clarinette
Beneix
Aubière
tambour
Berthon
Pérignat-Lès-Sarliève
clairon
Beyssen

clarinette
Billiéras
Beaumont
saxophone ténor
Blanc Yves

saxophone ténor
Bonhomme Hervé
Aubière
tambour
Bonhomme Joseph
Aubière
tambour
Bonhomme Louis
Aubière
tambour
Bonhomme Prosper
Aubière
clairon
Bouchard Albert
Beaumont
saxophone alto
Boudier

clarinette
Bouffard Marius
Aubière
clarinette
Bourbon Gilbert
Aubière
clairon
Bourbon Louis
Cournon
clairon
Bourcheix André
Aubière
clairon
Bourcheix André
Aubière
clairon
Bourcheix Francisque
Aubière
basse
Bourcheix Jean
Aubière
clairon
Bourcheix Jean
Aubière
clarinette
Bourcheix Jean
Aubière
piston
Bourcheix Jean-Marie
Aubière
clairon
Bourcheix Marc
Aubière
baryton
Bourcheix Marc
Aubière
basse
Boyer
Aubière
trombone
Boyer Alain
Aubière
saxophone
Boyer Alain
Aubière
saxophone alto
Breuly Jean
Aubière
piston
Bros Roger
Aubière
baryton
Brot Roger
Aubière
alto
Brugière Victor
Aubière
saxophone baryton
Brun Marius
Romagnat
bugle
Burias Henri
Aubière
clarinette
Cassière François
Beaumont
clarinette
Chabozy Francisque
Aubière
bugle
Chalamaud Albert
Aubière
saxophone alto
Chalamaud André
Aubière
alto
Chalamaud André
Aubière
baryton
Chalamaud Baptiste
Aubière
contre-basse
Chalamaud Jean
Aubière
tambour
Champion
Aubière
tambour
Chauvidon
Romagnat
clairon
Chazal Jean
Beaumont
saxophone alto
Chevaleyre Emile
Aubière
trompette
Chossidon Franck
Aubière
clarinette
Clément
Romagnat
trompette
Cohade Etienne
Clermont-Fd
trombone
Cohade Evelyne
Clermont-Fd
flûte
Convert G.
Aubière
clairon
Convert Henri
Aubière
clairon
Cotte Amédée
Aubière
contre-basse
Couix
Beaumont
clairon
Couix
Beaumont
tambour
Cournol Etienne
Romagnat
piston
Courtadon M.

saxophone alto
Cramoisi

piston
Decorps Marcel
Aubière
trombone
Dégironde Francisque
Aubière
clarinette
Dégironde Georges
Aubière
saxophone
Ducroix Jean
Aubière
baryton
Ducros Léon
Aubière
clarinette
Durand Albert
Aubière
clairon
Durand Franck
Aubière
clarinette
Durand Gérard
Aubière
saxophone alto
Durand Jean
Aubière
clairon
Durif Claude
Aubière
clairon
Durif Jean
Aubière
tambour
Duval

trombone
Extrat Daniel
Pérignat-Lès-Sarliève
clairon
Extrat Georges
Pérignat-Lès-Sarliève
clairon
Extrat Maurice
Pérignat-Lès-Sarliève
clairon
Fallateuf Jean
Aubière
trombone
Fallateuf Joseph
Aubière
hautbois
Ferrer José
Aubière
alto
Ferrer Joseph
Aubière
trombone
Février
Aubière
tambour
Feyfeux Clément
Romagnat
saxophone alto
Fonteix Francisque
Aubière
piston
Fraisse
Aubière
clairon
Gandeboeuf
Aubière
clairon
Gimel René
Romagnat
clarinette
Giner Marcel
Aubière
clarinette
Gioux Alphonse
Aubière
trombone
Glauda
Aubière
clairon
Grille Jacques
Aubière
clarinette
Grosgrelin
Aubière
clairon
Guibert Marius
Beaumont
clairon
Guillaume
Clermont-Fd
flûte
Guillaume

grosse caisse
Hébrard
Aubière
tambour
Jehame Paul
Aubière
clarinette
Jehame Victor
Aubière
alto
Joannet Paul
Aubière
flûte
Joannet Robert
Aubière
saxophone alto
Joubert
Aubière
tambour
Jouhet Félix
Clermont-Fd
saxophone baryton
Lafaurie
Aubière
piston
Lanot André
Aubière
saxophone alto
Laval Roger
Aubière
clarinette
Lavie
Ladoux
trompette
Lopez
Pérignat-Lès-Sarliève
clairon
Lourceyre
Aubière
clairon
Madriasse Marius
Aubière
clarinette
Magnier
Clermont-Fd
saxophone baryton
Maljeval Pierre
Aubière
flûte
Mamet Etienne
Aubière
trombone
Mamet Louis
Clermont-Fd
clarinette
Mamet Marcel
Aubière
clarinette
Mamet Suzanne
Aubière
clarinette
Manaranche
Aubière
trompette
Martin André
Clermont-Fd
clarinette
Martin André
Clermont-Fd
saxophone alto
Martin André
Aubière
saxophone baryton
Martin Eugène
Aubière
Hautbois
Martin fils
Beaumont
clarinette
Martin Léonce père
Beaumont
clarinette
Martin R.
Clermont-Fd
saxophone alto
Martin Raymond
Clermont-Fd
clarinette
Martin Raymond
Aubière
saxophone
Martin Raymond
Aubière
saxophone baryton
Mayet Jean-Marie
Clermont-Fd
baryton
Mazen Joseph
Aubière
basse
Mazen Marcel
Aubière
cymbale
Megy
Clermont-Fd
clarinette
Mezeix Edmond
Gergovie
trompette
Montel Francisque
Clermont-Fd
baryton
Montel Francisque
Clermont-Fd
basse
Mouillaud
Chamalières
cor alto
Noëllet Ludovic
Aubière
flûte
Pagnat Marius
Aubière
bugle
Pagnat Marius
Aubière
piston
Pascal
Aubière
clairon
Paul Joseph
Clermont-Fd
clarinette
Perrier
Aubière
clairon
Pignol Adrien
Aubière
clarinette
Pignol Victor
Aubière
piston
Planche Albéric
Sayat
cor alto
Planche Albéric
Sayat
piston
Plumey Michel
Clermont-Fd
flûte
Plumey Pierre

piston
Poisson Jean-Claude

flûte
Pommier
Aubière
clairon
Poughon Serge
Aubière
tambour
Prugne André
Aubière
clairon
Prugne-Levaque
Aubière
clairon
Raoux-Courtine
Aubière
flûte
Ravel Paul
Romagnat
trompette
Reuland Gaston
Aubière
clarinette
Ribeyre

piston
Robin Jean
Aubière
baryton
Roche Antonin
Aubière
saxophone alto
Roche Emmanuel
Aubière
clarinette
Roche Jean
Aubière
Hautbois
Roche Lucien
Aubière
clarinette
Rodriguez
Aubière
clairon
Ruelle

clarinette
Sampité Jacques
Aubière
clairon
Sauvadet
Aubière
clairon
Souche Bernard
Aubière
clarinette
Soukup René
Aubière
clarinette
Specque Maurice
Romagnat
saxophone alto
Théringaud Alphonse
Aubière
bugle
Théringaud Paul
Aubière
clairon
Thévenon Albert
Aubière
trombone
Tixier Jean Louis
Aubière
clarinette
Tixier Michel
Aubière
saxophone alto
Tronche Marcel
Romagnat
basse
Truquin Marcel
Aubière
saxophone baryton
Turgon
Romagnat
clairon
Vacher
Clermont-Fd
saxophone baryton
Vacheron Louis
Clermont-Fd
tambour
Valleix Gabriel
Aubière
saxophone
Valleix Gabriel
Aubière
saxophone ténor
Valleix Jean
Aubière
clairon
Valleix Yves

basse
Verdier Lucien
Aubière
trompette
Verhage
Aubière
clarinette
Vidal
Clermont-Fd
clarinette
Vidal André
Aubière
clarinette
Virgile
Aubière
trompette
Werling
Aubière
clarinette

L'Harmonie d'Aubière à la salle des Fêtes pour la Rosière 1965