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vendredi 30 mai 2014

Cinq générations pour une cave illicite !



C’est une banale vente de cave en 1885, chez Me Léon Faugière, notaire à Aubière, qui va nous propulser cent dix ans plus tôt et dans une sombre histoire de cave illicite. En bonne intelligence, les parties finiront par s’entendre.
Cette affaire met en scène, les familles Dégironde et Cougout. Elle va surtout nous permettre de remonter la généalogie des sœurs Marie et Françoise Dégironde sur cinq générations.

Un aspect du dessus des Grandes Caves d'Aubière.
Un site de 3 hectares et demi.

Le 4 décembre 1885, les sœurs, Marie et Françoise Dégironde, mettent en vente une cave située au terroir des Grandes Caves, d’une longueur de sept mètres sur une largeur d’environ cinq mètres. L’acquéreur est madame Françoise Barnier et son mari Amable Dégironde. (1)
Cette cave est bornée au nord par le corridor, à l’est par la cave de la veuve Aubény-Dégironde, au sud par celle des héritiers Pignol, et à l’ouest par celle de Cheminat.
La cave mise en vente a été construite ou creusée par l’arrière-arrière grand-père de Marie et Françoise Dégironde, en 1776. L’occasion pour nous de remonter rapidement ces cinq générations :

1ère génération
Marie et Françoise Dégironde

2ème génération
Martin Dégironde, marié en 1833 à Marguerite Chirol

3ème génération
Amable Dégironde, marié en 1801 à Marguerite Baile

4ème génération
François Dégironde, marié en secondes noces en 1771 à Élisabeth Bourcheix
François est cultivateur, propriétaire, Juge de paix du canton d’Aubière, et, accessoirement, franc-maçon. Il nous a laissé un testament mystique, dont nous aurons sans doute l’occasion de reparler.

5ème génération
François Dégironde, marié en 1731 à Michèle Gioux
Ce propriétaire, cultivateur et vigneron, fait partie de la longue lignée des Dégironde Barbeyroux. En 1776, il est propriétaire d’une parcelle de terrain, située au terroir du Puy (ce n’est que le cadastre napoléonien de 1831 qui attribuera à ce terroir l’appellation de « Grandes Caves »). Depuis de nombreuses décennies, ce terroir en pente est déjà criblé de caves. Durant l’hiver, il fait donc bâtir sa cave.
Curieusement, ce n’est qu’après coup que François Dégironde constate qu’une cave a été antérieurement creusée et bâtie en-dessous de la sienne ! On peut se demander comment une telle chose a pu être possible. Creusée en surface, les travaux auraient attiré l’attention de François Dégironde. Creusée à partir d’un couloir limitrophe, les voisins auraient vu que cette cave était hors limite, et n’auraient pas manqué d’avertir qui de droit…
Propriétaire de la parcelle « de fond en comble », François Dégironde est dans son bon droit. Il le fait savoir aux fautifs et les menace d’en appeler au bailli. Aux portes du procès, les consorts Cougout (2), sans doute bien conseillés par leur procureur, vont échapper à l’infamie et à la condamnation qui les ruinerait. Ils proposent d’acheter le dessous de terrain à François Dégironde !
Des discussions s’engagent et finalement, une convention est passée devant maître Amable Girard, notaire à Aubière, le 31 mars 1776 :
« [François] Dégironde a vendu aux consorts Cougout le dessous de terrain objet de la discussion mais il fut convenu que dans le cas où une partie de la cave que le dit Dégironde avait fait construire depuis peu viendrait à s’écrouler par suite des constructions et fouilles faites par les consorts Cougout et Lassalas, ces derniers ont promis et se sont obligés d’en garantir et indemniser le dit Dégironde ».

Notes :
(1) – Marie Dégironde est fille de Martin et de Marguerite Chirol ; elle est l’épouse de Jean Gioux, fils d’Annet et d’Antoinette Dutemple. Françoise Dégironde, sa sœur, est l’épouse de Michel Bourcheix, fils d’Antoine et de Catherine Bayle. Michel Bourcheix fut maire d’Aubière ; il meurt sans descendance en cours de mandat en 1899. Amable Dégironde, fils de François et d’Anne Cohendy, épouse en 1873 à Ennezat, Françoise Barnier.
(2) – Les consorts Cougout - les enfants d’Annet Cougout et de Gabrielle Brauly : Jean Cougout, marié en 1747 à Catherine Cournol, autre Jean Cougout, célibataire, Blaise Cougout, marié en 1758 à Anne Lassalas, Guillaume Cougout, marié en 1767 à Anne Gouseau, et Jeanne Lassalas, sœur de l’épouse de Blaise Cougout et veuve de Guillaume Cougout, autre fils d’Annet et de Gabrielle Brauly.

Sources : archives privées

© - Cercle généalogique et historique d’Aubière – (Pierre Bourcheix)

mardi 1 avril 2014

Le déserteur s'évade



Un déserteur est arrêté par les gendarmes. Une partie de la population aubiéroise vole à son secours. Ce ne fut probablement qu’un fait divers, car les rares journaux locaux de l’époque ne le relatèrent pas. Ni “L’Ami de la Charte” ni “Le Journal du Puy-de-Dôme“ n’en firent état dans leurs éditions des jours suivants.
La désertion, à cette époque, était assez fréquente. Était-elle due à la lassitude des guerres napoléoniennes ou à la nouvelle loi militaire votée le 12 mars 1818 (Loi Gouvion-St-Cyr), organisant le recrutement par volontariat et tirage au sort, avec possibilité de remplacement... ?
En tout cas, la réaction des Aubiérois face aux gendarmes fut assez violente.


C’est à la suite de l’une des multiples rixes, malheureusement habituelles, entre des jeunes d’Aubière et de Beaumont que cinq gendarmes vont être dépêchés à Aubière.
En faction sur la place des Ramacles, le dimanche 23 juillet 1820, sur les dix heures du matin, les gendarmes remarquèrent que quelques jeunes gens se dirigeaient en courant du côté de certaines caves qui sont hors du village. Futés, ces gendarmes soupçonnèrent tout de suite que ces jeunes gens courraient ainsi pour aller prévenir de leur arrivée quelques déserteurs qui pourraient être cachés dans les caves. Ils les suivirent et virent, en effet, sortir d’une cave un homme qu’ils reconnurent pour être Guillaume Cougout, dont la famille habite Aubière et qui était soldat déserteur de la Légion du Puy-de-Dôme. Le jeune homme fut arrêté. Les gendarmes se disposèrent à le conduire de suite à Clermont.
Pendant la traversée d’Aubière, les gendarmes furent injuriés et menacés par plusieurs habitants. Un rassemblement de plusieurs centaines d’individus fut bientôt formé aux cris que poussait Michelle Bayle, mère de Guillaume Cougout, le déserteur : « Sauvons-le, Sauvons-le ! ».
Les gendarmes n’étaient pas à deux cent pas hors du village que ce rassemblement les atteignit en poussant des cris et des huées. Il fut bientôt facile de voir qu’il n’avait d’autre but que l’évasion du déserteur arrêté. La fureur dont Michelle Bayle était transportée était tellement aveugle qu’elle n’était pas intimidée par le pistolet qu’un des gendarmes lui présentait avec mine de tirer sur elle. Elle avait saisi le canon du pistolet et en avait arraché la baguette.
Les gendarmes sommèrent à plusieurs reprises la foule qui les pressait de se retirer, mais elle ne tint pas compte des sommations et des ordres réitérés.
Trois gendarmes étaient employés à conduire et à garder le déserteur. Les deux autres étaient un peu en arrière et s’efforçaient de faire reculer les individus qui s’approchaient de plus en plus. Cette manœuvre réussit pendant quelques centaines de mètres. Arrivés sur le plateau des Cézeaux, la route était bordée de vignes de chaque côté. C’est alors que les gendarmes virent l’attroupement se partager en deux bandes qui entrèrent dans les vignes et firent pleuvoir sur eux une grêle de pierres.
Un gendarme en fut atteint à la tête, au-dessus de l’œil droit, et renversé par terre ; un de ses camarades tira alors un coup de carabine en l’air pour effrayer les mutins, mais ce fut inutilement. Leur fureur et leur audace n’en furent que plus grandes. Les quatre autres gendarmes furent successivement atteints et violemment meurtris de coups de pierres. Les plus acharnés à lancer les pierres n’étaient autres que le père du déserteur, François Cougout, ainsi que les deux frères Chalamaux, dont un frère est également déserteur. Le procès-verbal ne cite pas les prénoms des frères Chalamaux mais nous les découvrirons dans l’acte d’accusation.
Tous leurs efforts et les coups de carabine et de pistolets qu’ils ont tirés n’avaient d’autre objet que de tenir la foule écartée. Reconnaissons aux gendarmes le mérite qu’ils eurent de se contenter de défendre leurs vies et leur capture, sans attenter à celle de leurs agresseurs. Cependant, la pression de la foule fut trop grande et les cordes dont le déserteur était attaché furent coupées par sa sœur, Anne Cougout, et il s’évada.
L’adjoint de la Commune, qui se présenta décoré de son écharpe, et qui ordonna à l’attroupement de se dissiper, ne produit aucun effet sur l’esprit des rebelles ; il paraîtrait même que ce magistrat fut frappé, mais que ce fut par mégarde.
Cependant, l’attaque cessa. Les gendarmes, blessés et couverts de sang, furent transportés chez l’adjoint. L’officier de santé leur prodigua les premiers soins. Incapables de se déplacer par leur propre moyen ou même à cheval, ils furent transportés à Clermont en charrettes.
Il ressort du rapport de l’Officier de santé qui les a visités et pansés, que celui des cinq gendarmes qui était le plus gravement blessé était le Sr Gilbert Tailhaud qui avait :
1° une plaie d’un pouce de long sur le sommet de la tête ;
2° une blessure au-dessus de l’œil droit, d’un pouce d’étendue et de quatre à cinq lignes de profondeur ;
3° plusieurs fortes contusions sur les membres supérieurs et sur différentes régions du tronc, et qu’il a fallu seize ou dix sept jours pour arriver à la guérison de ces coups ou blessures ;
Qu’un autre gendarme était atteint, au-dessus de la hanche gauche, de deux très fortes contusions compliquées d’ecchymoses, qu’il a fallu l’application des sangsues et un traitement méthodique pour arriver à sa guérison au bout de quinze jours.
L’officier de santé ne parle pas des autres gendarmes.

Acte d’accusation
Il a été établi contre François COUGOUT, Michelle BAYLE, sa femme, Anne COUGOUT, leur fille, et les deux frères CHALAMAUX, tous habitants de la Commune d’Aubière :
« Au nom du Procureur Général de la Cour Royale de Riom, le Substitut soussigné, expose que par arrêt de cette Cour, rendu le trente et un aout mil huit cent vingt par la Chambre d’accusation, il a été déclaré qu’il y avait lieu d’accuser François Cougout, de la profession de cultivateur, Michelle Bayle, sa femme, Anne Cougout, leur fille et les deux frères Chalamaux, tous habitants de la Commune d’Aubière, canton et arrondissement de Clermont-Fd, d’avoir, le vingt trois du mois de juillet dernier, au dit lieu d’Aubierre, fait partie d’une réunion de plus de vingt individus, dont plus de deux étoient armés, qui, ledit jour, se seroient opposés - avec violence et voie de fait et au mépris de l’invitation et des ordres qui leur auroient été plusieurs fois donnés au nom de la Loi, de se séparer, - à l’arrestation de Guillaume Cougout, soldat, déserteur de la Légion du Puy-de-Dôme, lequel ils seroient venus à bout de délivrer d’entre les mains de cinq gendarmes de la Ville de Clermont, après avoir fait aux cinq gendarmes susdits, diverses blessures et contusions dont le traitement et la guérison auroient duré moins de vingt jours, ce qui constitue de la part des susdits François Cougout, Michelle Bayle, Anne Cougout et les deux frères Chalamaux, un crime de rebellion à la force publique, prévu par l’article 210 du Code Pénal, et les susdits accusés ont été renvoyé devant la Cour d’Assises du département du Puy-de-Dôme, qui tiendra ses séances en la Ville de Riom, pour y être jugé selon la Loi. »


Réponses aux questions posées au jury (résumé de l’acte d’accusation) :
François COUGOUT, 45 ans : Oui, l’accusé est coupable d’avoir fait partie d’un rassemblement porteur d’armes ostensibles, contre la force armée, mais sans aucune des circonstances comprises dans le résumé de l’acte d’accusation : Coupable
Michelle BAYLE, 44 ans : Oui, l’accusée Michelle Bayle est coupable d’avoir fait partie d’un rassemblement contre la force armée, mais sans aucune des circonstances comprises dans le résumé de l’acte d’accusation : Coupable
Anne COUGOUT, 20 ans : Oui, l’accusée est coupable ...   id   : Coupable
Guillaume CHALAMEAUX, 26 ans : Oui, l’accusé est coupable d’avoir fait partie d’un rassemblement de plus de 20 personnes, mais sans aucune des autres circonstances énoncées dans l’acte d’accusation : Coupable
André CHALAMEAUX, 19 ans : Non, l’accusé n’est pas coupable : Acquitté

Le document ne dit pas la peine à laquelle les quatre coupables ont été condamnés. (1)

Note généalogique :
(1) – François Cougout est né le 7 septembre 1775 à Aubière ; il est le fils de Jean et d’Anne Brunbourdon ; il est marié depuis le 19 février 1794 à Aubière à Michelle Bayle, née le 2 novembre 1776 à Aubière, fille de François et d’Antoinette Noëllet. Guillaume Cougout, le déserteur, est né le 24 août 1797 à Aubière ; sa sœur Anne est née le 11 avril 1800 à Aubière.
Guillaume Chalamaud est né le 28 janvier 1794 à Aubière ; il est le fils de Guillaume et de Michelle Dégironde. Enfin, le seul acquitté, frère du précédent, André Chalamaud, est mon ancêtre (ouf !). Il est né le 11 novembre 1801 ; il mourra en 1880 à Aubière. A noter que leur frère, reconnu déserteur par le procès-verbal cité ci-dessus, ne peut être que Ligier, né le 4 août 1797 à Aubière.

Source : A.D. 63 - U 25172 - Extrait des minutes du Greffe de la Cour Royale de Riom.

© Cercle Généalogique et Historique d'Aubière (Pierre Bourcheix)

Suivez l'histoire et la généalogie d'Aubière sur :  http://www.chroniquesaubieroises.fr/
 
 

jeudi 27 mars 2014

Le sous-préfet enquête…



Durant les dernières années du 1er Empire, en dehors des agitations politiques, au cours desquelles les Aubiérois avaient une réputation bien établie, il apparaît que toutes les nuits d’Aubière n’étaient pas toujours sereines. L’ordre public était parfois troublé, malgré les appels au calme réitérés par le maire à force d’arrêtés municipaux.

C’est ainsi que dans les nuits du 8 au 9 et du 11 au 12 mai 1811, on s’en prend à la vigne du maire et à un mur de clôture de Mr de Provenchères, gendre de feu le dernier seigneur d’Aubière…





Sur ordre du préfet du Puy-de-Dôme, et escorté de deux brigades de gendarmes, le sous-préfet, lui-même, se transporte à Aubière pour enquêter sur ces deux délits.



Les faits : d’une part, on a coupé douze cent ceps, ou environ, dans la vigne de Me Girard, Maire de la Commune d’Aubière, d’autre part, un mur de clôture, avec le portail, appartenant à Mr de Provenchères, propriétaire, a été renversé.



Enquête

Le sous-préfet se présente à la mairie où le maire Guillaume Girard, son adjoint Claude Planche, et tout le conseil est réuni. On reconnaît Antoine Cassière, François Fouilloux, Martin Moins, François Aubény, Jean Cougout, Amable Bourcheix, François Noellet, et Antoine Noellet.

Interrogé, « le Sieur Claude Planche, adjoint à la Mairie, nous a déclaré que les nommés Bertrand Pezant, âgé de 18 ans [1], Amable Jallut, même âge, Guillaume Roche, âgé de 24 ans, Antoine Beneix, âgé aussi de 24 ans [2], et Joseph Montagnon, conscrit de 1811 [3], dont le numéro n’a point encore été appelé, étaient soupçonnés d’être les principaux auteurs des délits commis chez Mr le Maire et chez Mr de Provenchères, et que les individus pouvaient être regardés comme les plus mauvais sujets de la Commune. »

Martin Moins, membre du Conseil, assure le sous-préfet que le nommé Guillaume Lonchambon, conscrit déserteur, lui avait dit que Roche et Beneix, dénommés ci-dessus étaient les auteurs des délits.

Hormis Antoine Cassière, qui ne peut infirmer ni confirmer ces affirmations, les autres membres du conseil approuvent la déclaration de l’adjoint Planche. Ils ajoutent que

1° Bertrand Pezant avait sa mère et sa sœur détenues en prison comme convaincues de vol ;

2° qu’Amable Jallut appartenait à la famille appelée "Pifra" [4], dont 5 individus étaient aux galères ;

3° que Guillaume Roche avait eu son père tué dans une cave en y volant du vin ;

4° que le père d’Antoine Beneix était mort aux galères ;

5° enfin que Joseph Montagnon était nommé comme voleur de profession.



Témoignage de Gabriel Valeix :

« dans la même nuit du 11 au 12, sur les deux heures du matin, étant couché dans son lit, il fut réveillé par des coups de pierre qui portèrent sur sa porte, qu’il se leva de suite et qu’étant accouru à l’endroit où on les dirigeaient, il avait reconnu et distingué les nommés Joseph Beneix, dit "Pacha", et Bertrand Pezant, accompagnés de six autres qu’il n’avait pu distinguer, qu’il avait de plus entendu le bruit occasionné par la chûte de deux pièces de bois adossées à sa maison et renversées dans le chemin par les dits Beneix et Pezant ; que voulant aller à leur poursuite il fut assailli au même moment à grands coups de pierres ; qu’il avait vu fuir une de ses pièces de bois par le dit Beneix et que l’autre le fâchait de ce qu’on ne la sciait pas à l’endroit qu’il avait marqué. C’est tout ce qu’il a dit savoir. »



François Fallateuf, tambour de la Commune, a déclaré : « avoir entendu du bruit dans la nuit du 11 au 12, que ceux qui le faisaient chantaient et jetaient des pierres çà et là, mais que les ténèbres ne lui ont pas permis de distinguer personne. »



Les cinq individus, excepté Guillaume Roche qu’on n’a pu trouver, présumés être les auteurs des délits, ont été aussitôt arrêtés par mesure de sécurité et de police, pour être conduits de suite par les gendarmes devant le Magistrat et déposés dans la Maison d’arrêt de Clermont.





Estimation des dégâts :

Le mur de Mr de Provenchères, « à l’aspect de nuit, de la longueur d’entour huit mètres et une hauteur de quatre mètres, dans lequel était un grand portail encadré de pierre de taille, avait été entièrement renversé et les pierres de taille cassées. Nous avons estimé cette réparation, après avoir entendu un homme de l’art, à la somme de quarante francs. »

La vigne de Mr le Maire, « où nous avons remarqué qu’environ 800 seps avaient été coupés. Nous avons estimé la valeur à cent cinquante francs. »



Sources : Archives départementales du Puy-de-Dôme - 2 Z 21.



© - Cercle généalogique et historique d’Aubière



[1] - Bertrand Pezant, né le 3 avril 1793, fils d’Annet, tailleur d’habits, et de Marie Babut. Cette dernière, ainsi que sa fille Marie, sont en prison en 1811, convaincues toutes les deux de vol.
[2] - Antoine Beneix, né le 20 juillet 1788, fils de Joseph et de Gabrielle Coherier. Son père Joseph est « mort aux galères » à Riom, le 10 août 1803.
[3] - Joseph Montagnon, né en 1791, fils de Michel et d’Antoinette Mazen. Tous sont célibataires au moment des faits. Dans les relevés de l’état-civil aubiérois, nous n’avons pu identifier ni Amable Jallut ni Guillaume Roche.
[4]  - Famille Pignol. Amable Pignol, dit Piffrat, marié en 1772 à Gilberte Finayre, et ses fils.



jeudi 13 février 2014

Jean Cougout, le cotelinier



Soldat de l’Empire, libéré depuis peu des armées de Napoléon 1er, Jean Cougout, revenu au pays, n’a pas retrouvé ses marques. Le dimanche 15 septembre 1811 au soir, il erre de taverne en cabaret avec des amis de son âge, tout aussi désœuvrés que lui. Jusqu’au moment où, l’alcool aidant, les choses dégénèrent…

On reconnaîtra plus tard les nommés Jean Vergne, fils à Guillaume (1), Martin Baile, fils à François (2), Jean Cohendy, Jean Cougout, fils à Jean dit "le Pouteau" (3), et Pierre Moins (4), déjà signalés par l'opinion publique pour d'autres excès de ce genre et notamment le dit Vergne, repris de justice pour mauvais traitements exercés sur la Garde départementale.
Que s’est-il passé ? C’est un procès-verbal du maire d’Aubière, Amable Girard, rédigé le 16 septembre, qui nous l’apprend.
Le dimanche 15 septembre 1811, entre 10 et 11 heures du soir, ces individus vagabondent et divaguent par les rues, au mépris d’un arrêté municipal du 21 juin précédant. Arrivés devant la maison d’Amable Bourcheix, ils lancent des pierres sur les fenêtres et brisent toutes les vitres ; plus loin, c’est la maison de Claude Hébrard, le cordonnier, qui subit le même sort. L’épouse du cordonnier, Anne Galiot, sort dans la rue et les invective. Mal lui en prend, les malfaisants éteignent sa chandelle, et, profitant de l’obscurité, « portent atteinte à sa pudeur ». Claude Hébrard et sa femme crient « Au secours ! » ; aussitôt, les frères Amable et Guillaume Bourcheix surviennent. Les agresseurs s’en prennent à eux à coups de pierres et de bâtons, mais sont néanmoins repoussés.
On ne connaît pas les suites qui seront données à cette affaire.


Le cotelinier
Jean Cougout, quant à lui, se mariera le 21 décembre suivant avec Anne Cheminat. Cette dernière est issue d’une famille de tisserands.
C’est ainsi qu’il va apprendre le métier et se spécialiser dans la confection de coteline, cette étoffe, faite de fil et de coton. Cultivateur à la belle saison, Jean Cougout exercera la profession de cotelinier durant l’hiver.

(Sources : A.D. 63 – 2 Z 21)

Notes :
(1) – Jean Vergne, né le 17 avril 1783, fils de Guillaume et de Anne Gioux.
(2) – Martin Baile, né le 7 février 1794, fils de François et de Ligière Delongchambon. Un de ses fils, Pierre, décèdera à la prison centrale de Riom, le 17 avril 1856.
(3) – Jean Cougout : fils de Jean dit le Pouteau et de Jeanne Bartomeuf ; né le 1er décembre 1786 à Aubière ; marié à Aubière, le 21 décembre 1811, à Anne Cheminat ; décédé le 13 novembre 1838 à l’hospice de Clermont-Ferrand. Trois enfants : Pierre, Jean et Gilberte.
(4) – Pierre Moins, né le 4 octobre 1777, fils de Guillaume et de Anne Finayre. A noter que tous sont célibataires au moment des faits.


© - Cercle généalogique et historique d’Aubière  (P.B.)