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jeudi 26 septembre 2013

Inventaire après décès en 1847



C’était toute la fortune de Marie : trois fois rien !


"...une paire de sabots, une paire de souliers..."

État des meubles et effets mobiliers laissés par Marie Joubert épouse de Jean Dégironde, cultivateur à Aubière, au jour de son décès arrivé à Aubière le 14 mars 1847.

·  Un mauvais bois de lit, un matelas et une vieille paillasse estimés vingt francs

· Une chaise, un banc de bois, deux couvertures, un couvre pied, six draps de lit, deux mauvais rideaux de lit, le tout estimé dix francs

·   Six chemises, deux robes, une paire de sabots, une paire de souliers, trois paires de bas, un tablier, trois bonnets, cinq mouchoirs, le tout estimé quinze francs

· Trois écuelles, trois couverts d’étain, huit cassettes en terre, un verre, un mauvais couteau, une mauvaise armoire et autres objets, verrerie, poterie et feraille, le tout estimé vingt francs

· Une hache, une table, une marmite, une cloche, une poële, un mauvais lit de sangle, un matelas et une couverture, le tout estimé avec autres objets ne méritant description trente cinq francs.
Total : 100 francs.

Marie Joubert (Jaubert ou Jobert) est née le 7 mai 1781 à Aubière, fille de Joseph et de Bonnette Randanne ; elle a épousé le 9 février 1801 à Aubière Jean Dégironde, né le 9 décembre 1773 à Aubière, fils de Guillaume et de Françoise Noëllet.

Source : Archives privées famille Arnaud.


vendredi 21 juin 2013

Inventaire d’une maison de vigneron en 1772

Saga Bayle - volet 1

Une nouvelle fois, nous pénétrons dans la maison d’un défunt aubiérois. Cette fois, près de 200 ans plus tard [voir La famille Dumolin en 1590]. Il s’agit aujourd’hui de la famille Bayle (Baille ou Baile) dont nous vous donnons la composition ci-dessous. Encore une fois, on minimise la valeur des choses. Même le poulain de trois mois est « de presque aucune valeur ». On s’étonne que cette famille, pas si pauvre que cela, conserve çà et là dans les chambres ou les greniers « une vieille arche toute poury qui ne peut servir à rien » ou « un petit coffre entièrement poury lequel ne peut être d’aucun uzage » et même lorsque le fils fait quelques bénéfices ce ne sont que des « petits proffits » !...

Le vigneron Géraud Bayle, décédé le 11 novembre 1772, laisse sa veuve Anne Taillandier (°03/04/1714 ; +04/03/1786) et 6 enfants :
·         Antoinette     °13/07/1735  x 05/02/1765 à Pierre Blanc
·         Gilbert          °1737           + 26/03/1744
·         Thomas l’aîné °23/04/1739  x1 05/02/1765 à Marguerite Villevaud
                                           x2 24/01/1775 à Charlotte Roche
·         Martin          °28/04/1741  x 12/01/1768 à Gilberte Finaire
·         Marie           °30/10/1743  + 25/06/1745
·         François        °21/11/1747  x 04/02/1772 à Michèle Noëllet
·         Jean             °10/01/1753  x1 03/01/1774 à Étiennette Lacombe
                                          x2 03/02/1778 à Marie Roche
                                          x3 10 vendémiaire an 7 à Gilberte Lance
·         Thomas        °01/04/1756  x 21/02/1775 à Isabeau Bourcheix


« Aujourd’hui premier décembre mil sept cent soixante douze par devant nous, Girard, Arthème Thoury conseiller du roy, seul et unique juge civil et criminel et de police en la justice d’Aubière, le procureur d’office en ladite justice, a démontré que le nommé Géraud Baille, vigneron habitant de ce lieu, est décédé depuis environ quinze jours, qu’il a laissé Thomas, François, Jean et autre Thomas Baille, ses fils, que lesdits Thomas jeune et Jean sont encore mineurs, qu’il avait un autre fils, Martin Baille, qui fut marié avec Gilberte Finaire, et qui est décédé depuis environ quatre ans, et a laissé de son mariage Jeanne Baille, âgé d’environ cinq ans.
Que par contrat de mariage dudit Thomas Baille l’ayné, avec Marguerite Villevaud, du 16 janvier 1765, ledit deffunt Géraud Baille et Anne Taillandier sa femme, l’ont institué leur héritier par égale portion avec lesdits Martin, François, Jean et autre Thomas Baille leurs autres enfants de tous leurs biens dont ils m’auront saizit sous la rézerve de jouissance d’iceux dont le dit Géraud Baille et la dite Anne Taillandier sa femme se sont fait donnation mutuelle.
Que, pour l’intérêt tant des mineurs que des majeurs, enfants dudit Géraud Baille, il est besoin qu’il soit procédé (…) et la position des scellés sur les meubles (…) de la succession pour être ensuite fait inventaire en la manière ordinaire, pour en constater l’état, la qualité et la valeur ; et, à cet effet, il a requis notre transport dans la maison où est décédé ledit Géraud Baille, sur laquelle réquizition, nous nous sommes transportés, avec le procureur d’office, assisté de Me Etienne Beaudonnet, notre greffier ordinaire, et, dans la maison, nous avons trouvé Anne Taillandier, sa veuve, et le dit Thomas Baille l’ayné son fils, auxquels ayant fait connaître le sujet de notre transport, ils nous ont dit que les meubles et effets de la succession du dit Géraud Baille sont en évidence et nécessaires à leur uzage ordinaire, qu’il n’y a que les papiers qui puissent être mis sous les scellés. Ils nous ont en conséquence requis de nous abstenir de poser les scellés sur autre chose que sur les dits papiers, sauf de faire par nous présentement inventaire et description de tous le surplus qui est en évidence.
Sur quoy, muni du consentement du procureur d’office, avons procédé au dit inventaire et description comme s’ensuit :
Premièrement, dans la chambre où est décédé le dit Géraud Baille, s’est trouvé son lit composé de ridaux d’étoffe de ménage, coulleur de feuille morte, garny de gallons bleus fort uzée, d’une couverture de laine commune mis uzée, un lit de plumes fort minsse, deux draps de lit et une paillasse, et le chalit bois de cerisier.
Plus un autre lit composé de ridaux de l’étoffe de ménage, coulleur sitron, garny de galon bleu mis uzée, une couverture de laine très uzée, deux mauvais lits de plume, deux draps de lit, et une paillasse, et le chalit bois de noyer.



Plus un vesselier à la mode bois de fruitier ayant trois rayons, buffet à deux portes et deux tiroirs dans le bas, plus une grande table longues quatre pilliers, avec un tiroir au-dessus bois de fruitier, avec deux bancs bois de sapin, plus une table pliante bois de sapin, plus quatre cheizes de paille fort uzée.
Plus une grande marmitte de fonte à tenir environ un pot, autres deux petites marmittes aussi de fonte, l’une à tenir environ trois quarte, et l’autre deux, deux poilles à frire, une presqu’uzée, plus un petit bassin de cuivre jone à tenir environ trois quarte, mezurée une cuiller écumoire à pot de fer, une courmalière[1] fort minsse, un petit chine de fer, un mauvais gris de fer, un chandelier de fer, un petit poelon de cuivre jone entièrement uzé, six assiettes de faillance commune, une petite lanterne de fer blanc, une mesure d’huile de fer blanc, deux mauvaises cache d’estein, deux lampes de cuivre et de fer, un fer à repasser le linge.
Plus deux coffres de bois de sapin, que le dit Thomas Baille a dit lui appartenir en particulier, comme étant du chef de sa femme, et dans lesquels se sont trouvés les habits et linge à son uzage et de défunte sa femme.
Plus une armoire de bois de noyer à quatre portes et deux tiroirs dans le milieu, et dans laquelle se trouvent les habits du deffunt, consistant en deux camizolles[2] laine, l’une de drap, l’autre de draguet, deux paires de culottes de serge de ménage, deux paires de guêtres, l’une de serge, l’autre de draguet, deux mauvais chapeaux, vingt chemises de toile de ménage entièrement uzée, et un mauvais bonnet de laine, plus seize draps de lit de toile de ménage mi uzée, plus trois nappes, l’une grande et les autres moyennes, et les habits et linges à l’usage de la veuve, et dans l’un des tiroirs se trouvent les papiers de la dite succession, et, attendu qu’il n’est point à présent question d’en faire inventaire, nous avons, à la réquizition du procureur d’office, aposé un scellé sur le dit tiroir avec un bande de papier cachetée sur les deux bouts.
Dans la chambre à cotté s’est trouvé deux lits garnys de ridaux de serge de ménage, coulleur verte, à galon blanc, excepté qu’il manque au dit lit les ridaux de la ruelle, les dits ridaux sont mis à chacun des lits, une couverture de laine mi uzée à chacun des dits lits, un petit lit de plume très uzé, un chevet, deux draps de lit et une paillasse à chacun, et les chalys en bois de noyer fort uzés.
Plus une vieille armoire bois de noyer à quatre portes et deux tiroirs dans le milieu, dans laquelle se sont trouvés les habits, linges et hardes à l’uzage des autres enfants du dit Géraud Baille, plus une autre armoire bois de sapin à deux portes, dans laquelle il s’est trouvé deux paquets de chanvre peigné, pesant huit livres, et quelques mauvais linges à l’uzage de la veuve.
Plus un petit coffre de bois de sapin que la veuve du dit Géraud Baille a déclaré appartenir au dit Thomas Baille jeune, qu’il aurait acheté de ses petits proffits, dans lequel il se trouve quelques fruits, plus un autre coffre de bois de sapin que la dite veuve a dit appartenir à Michèle Noellet, sa belle-fille, femme du dit François Baille.
Plus les habits, hardes, impese et linges à l’uzage des autres enfants, et un berceau bois de sapin.
Et, après avoir vacqué depuis l’heure de huit du matin jusque celle de midy, avons remis la continuation du présent procès-verbal à deux heures de relevée de ce jour d’hui, et avons signé avec le procureur d’office et notre greffier. La dite Taillandier veuve et le dit Thomas Baille l’ayné ont déclaré ne savoir signer de ce enquis, et ont signé Thoury bailly, Girard procureur d’office et Beaudonnet greffier.

Et le dit jour premier décembre 1772 à deux heures de relevée en conséquence de la remise dont la précédente datte nous juge susdit susscellé comme dessus de notre greffier et en présence de notre procureur d’office, nous sommes transporté dans la maison où est décédé le dit Géraud Baille où nous avons trouvé la dite Taillandier et le dit Thomas Baille l’ayné, et en continuant le présent procès-verbal, nous avons trouvé dans une petite chambre, à la suite des deux premières, un bois de lit de noyer avec le surciel bois de sapin où il y a une paillasse et un mauvais lit de balles tout pouryes sans chevet et autre garniture.
Plus une vieille arche bois de sapin toute poury qui ne peut servir à rien.
Plus un petit coffre bois de sapin entièrement poury sans ferrures ni ferement, et lequel ne peut être d’aucun uzage.
Plus, dans le petit grenier au-dessus de la dite chambre, environ six bachollées de pommes communes, plus dans l’autre petite chambre qui est à cotté une vieille met à pétrir bois de sapin.
Plus dans le grenier qui reigne sur les premières chambres, une arche de bois de sapin presque neuf, à tenir environ huit septiers bleds.
De là, sommes descendus dans le cuvage, qui est au-dessous des premières chambres, dans lequel il s’est trouvé six pièces remplies de vin, de la récolte de l’année présente, contenant cinquante pots de chacune l’une dans l’autre, plus quatre pièces de petit vin, contenant trente pots chacun l’une dans l’autre, plus un petit poinsson[3] de vinaigre, contenant six pots, plus quatre cuves, l’une grande à tenir environ dix-huit sommes[4], l’autre quatre sommes. Plus douze bacholles mi uzées en entenoire des bacholles.
Plus, dans un cuvage qui est sous les dernières chambres, il s’est trouvé une cuve neuve à tenir environ dix-huit sommes de vendanges, et dans une petite étable, un cochon de l’âge environ huit mois.


Plus une grange dépendant de la dite succession, scittuée au quartier de la Quaire, a été trouvé un tas de gerbes de bleds seigle, contenant environ huit cent.
Plus un petit tas de foing, contenant environ un chard, plus dans l’étable attenant à la grange, deux vaches errans, l’une poille rouge, l’autre poille noir avec un veau de trois semaines, plus dans la cour de la dite grange un chard à quatre roues ferrées fort uzées.
Qui sont tous les meubles, effets et denrées qui se sont trouvés dans les bâtiments de la dite succession où nous sommes transportés. Et, après que la dite Taillandier, veuve du dit Géraud Baille, et le dit Thomas Baille son fils ayné, ont, par serment présentement prêté devant nous, n’avoir aucune connaissance qu’il n’y ayent d’autre et n’y avoir soustrait ni divertir aucuns, nous déclarant néanmoins qu’il y avait au décès du dit Géraud Baille, un poulin à l’âge de trente mois qui fut vendu et de presque aucune valeur qu’il fut déclaré payé au Thomas, maréchal de ce lieu d’Aubière, auquel le deffunt avait délivré une jument pour vendre à la foire dernière, et qu’il vendyt effectivement, mais que n’ayant pu rendre compte du prix qu’il en avait tiré, il délivre le dit poulin en disant qu’il l’avait troqué pour la dite jument, sous un retour de la somme de trente deux livres, pour laquelle il consentit une obligation dont il y a grand risque d’estre payé par le peu de solvabilité du dit Jean Thomas.
Déclare aussi la dite Taillandier et le dit Tomas Baille l’ayné qu’ils ont vendu depuis le décès de Géraud Baille une pièce de trente six pots de vin de la dite succession à raison de quarante sols le pot, et qu’il fut trouvé, après le décès de Géraud Baille, trois louis d’or de vingt-quatre livres pièce, qui ont été employés aux affaires de la dite succession. Dont en dû.
Nous avons signé, dressé procès-verbal, qui a été fait et clos le dit jour et sur l’heure de cinq du soir. Ordonnons qu’à la requête du procureur d’office, qui fera prestament procéder à la tutelle des enfants mineurs du dit Géraud Baille, et de la mineure du dit deffunt Martin Baille, et avons signé avec notre greffier et le procureur d’office, la dite Taillandier et le dit Thomas Baille ont déclaré ne savoir signer de ce enquis, et on a déclaré que le dit mobilier est de la valeur de neuf cent livres, et, à la minute, ont signé Thoury baillif, Girard procureur d’office et Beaudonnet greffier.

L’inventaire des papiers, qui nous aurait donné la liste des obligations et des propriétés foncières de Géraud Baille, nous aurait sans doute permis de cerner plus précisément la fortune de cette famille, malheureusement, il n’a pas (encore) été retrouvé…

© - Cercle généalogique et historique d’Aubière, Marie-José Chapeau, archives privées.



[1] - Courmalière : lire crémaillère. Cet objet important est toujours cité en priorité dans les anciens inventaires après décès, car il symbolise le feu et l’habitation.
[2] - Camizolle : camisole, sorte de vêtement à manches, et court, qui se portait sous ou sur la chemise.
[3] - Poinsson : poinçon, mesure de capacité pour les liquides et matières sèches. Pour le vinaigre, un tonneau de 200 litres.
[4] - Somme : ancienne mesure de capacité. Pour la vendange, 200 litres environ.

vendredi 31 mai 2013

La famille Dumolin en 1590



Il y a 424 ans (déjà !), Pierre Dumolin nous quittait…

La mort, certainement brutale, de Pierre Dumolin dit le Jeune (le jour de l’Ascension de l’an de grâce 1589), ne lui a pas laissé le temps de dicter ses dernières volontés, et, à l’acharnement de la mort sur la famille, s’ajoute les errements de la justice, laissant les êtres sans défense dans une situation bien précaire.
Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, nous voici en possession de deux textes intéressants :
1-   Un inventaire des biens meubles et immeubles du défunt réalisé en deux temps : 27 novembre 1589 et 12 janvier 1590.
2-   Un acte de tutelle et nourriture du 3 janvier 1590.

On remarque un point original : une allusion à la guerre [1] ; nous n’en avions eu d’écho que par le testament de Saturnin Cohendy de Beaumont qui avait reçu un coup d’arquebuse au siège de Saint-Amant. Les Aubiérois semblent être indifférents aux évènements extérieurs, car des guerres de religion à la Révolution française, ils font leurs affaires, ventes, échanges et mariages, comme si de rien n’était. Il est vrai que l’allusion ici faite n’est qu’une excuse invoquée par le procureur du lieu, pour justifier un manquement à sa tâche. On sent bien par le discours lénifiant du juge Jehan Fouchier, le désir d’apaiser une tension existant entre ledit procureur et maître Jacques (ou Jacmet) Dumolin, greffier et frère du défunt.
Pierre Dumolin était hôte et l’on s’attend, avec l’inventaire, à la visite d’une auberge à la fin du XVIème siècle. Et bien, si l’on peut se permettre le jeu de mot, nous resterons sur notre faim.
En fait, l’inventaire semble plutôt être celui d’un vide-grenier : que des ustensiles usagés, « de peu de valeur » ; étrange auberge où il n’y a ni cuisine, ni salle commune, et où l’on ne trouve pas une goutte de vin. Il faut voir en l’inventaire une nécessité administrative, et, comme de tout temps, il ne faut pas éveiller la concupiscence des collecteurs d’impôts. D’ailleurs, dans l’acte de tutelle, on nous parle de vin de ménage et d’une vente de bétail. Mais que le Lecteur se rassure, il découvrira la vie de la fin du XVIème siècle à travers les papiers que Pierre Dumolin serrait dans un sac de toile, et les projets qu’il ne put réaliser.

Pour raison de commodité les deux textes sont donnés dans l’ordre chronologique ; il est judicieux de lire la première partie de l’inventaire, puis l’acte de tutelle, et enfin, la seconde partie de l’inventaire. L’orthographe a été modernisée.

Les deux actes nous éclairent aussi sur la généalogie des Dumolin ; nous y reviendrons après vous avoir laissés un moment en compagnie des Aubiérois de la fin du XVIème siècle.


Inventaire des biens
demeurés par le décès de feu Pierre Dumolin
(A.D. 63 - 5 E 44 4)

[Partie 1 – page 1 à 5]
Aujourd’hui lundi 27ème jour de novembre mil cinq cent quatre vingt neuf par-devant nous Guillaume Aubeny, commis greffier au présent acte, s’est présenté Me Jamet Dumolin, greffier en la châtellenie d’Aubière, lequel a dit que, dès le jour et fête de ladite ascension dernièrement passée [2], Pierre Dumolin jeune, vivant son frère et habitant dudit lieu d’Aubière, serait allé de vie à trépas, ayant délaissé François Dumolin son fils mineur, lequel, depuis le décès de son dit père, n’a pas été pourvu de tuteur, à cause de l’injure de la guerre qui a eu cours, et que, pour la considération des biens dudit mineur, il est besoin de se transporter dans la maison dudit défunt pour découper et inventorier les biens meubles et immeubles, nommer droits et dettes délaissés par ledit défunt. Au moyen de quoi, il a repris me vouloir transporter dans la maison du défunt pour procéder au fait, appeler par Anthoine Vairs, sergent de céans, Jehan Ronchaud et François Gioux, cousins dudit mineur, en la présence desquels, et de Blaize Ramain et Jehan Biard, soutenus du dit défunt en adhérant à la réquisition dudit Dumolin, tuteur, nous nous sommes tous ensemble transportés en ladite maison. Nous y avons trouvé Catherine Desparrin, veuve dudit défunt, à laquelle avons fait prêter serment et d’indiquer tous les biens dudit défunt ; de procéder au fait dudit inventaire qui s’ensuit.

Inventaire après décès de Pierre Dumolin le jeune
(A.D. 63)


Premièrement, nous nous sommes transportés dans le bas de la maison dudit défunt en présence desdits sus nommés, dans lequel avons trouvé le blé et fèves qui s’ensuivent. Ceux-ci ont été mesurés et apportés en le cuvage appartenant au défunt, situé à la place qui fut de Ligier Fourcaud, dans lequel bas de maison j’ai trouvé ainsi que dut quatorze setiers blé conseigle mesure de Clermont plus trois setiers émine fèves lequel blé et fèves étaient dans deux grandes arches.
D’ici, nous nous sommes transportés en haut de ladite maison où j’ai trouvé ce qui s’ensuit : douze linceuls, une couette de lit et une couette de coussin, plus une somenadoire [?], plus six nappes, six serviettes, plus quatre linceuls qui sont aux lits, plus un autre linceul, plus autres trois linceuls, plus une nappe, plus onze plats d’étain, dix écuelles, huit assiettes, le tout d’étain ; plus six chandeliers de cuivre, l’un grand et les autres petits, dont deux sont aux hoirs de feu Michel Dumolin ; plus un mortier de fer à moudre expresse ; plus un broc d’étain tenant deux quartes, puis un autre tenant six chopines, plus un autre de cinq chopines, une salière et une petite tasse d’étain, plus une lanterne, plus un peigne à peigner le chanvre, plus une poële à frire, plus trois pots de fer, l’un tenant trois quarts, l’autre deux, et l’autre un, plus une crémaillère, plus une cognée.
Plus j’ai trouvé une obligation de la somme de deux écus sol et demi consentie par Martin Couharde bare et Guillaume Grangier d’Aubière du 28ème mai mil cinq quatre vingt, reçue par Arlaud ; plus autre obligation de la somme d’un écu sol consentie par François Vaury au profit dudit défunt, datée de 4ème mai 1589, reçue par ledit Dumolin, tuteur paraphé, plus autre obligation de Chartal et consentie au profit dudit défunt par Jehan Roux, de la somme de six écus deux tiers, ladite obligation du 13ème février 1589, reçue par Aubeny parafée ; plus autre obligation de la somme de trente sols, consentie par François Aureille au profit dudit défunt, datée du 14ème de janvier 1588, signée Dumolin paraphée ; plus autre obligation de la somme de deux écus sol six sols consentie par Estienne Mosnier au profit dudit défunt et datée du 19ème mars 1585 et signée Renoux paraphée ; plus autre obligation de la somme de deux écus sol un tiers consentie par Michel Jartan de Riom au profit dudit défunt, datée du 21ème avril 1589 signée Galoubie paraphée ; plus autre quittance de la somme de un écu sol deux tiers consentie par feu Pierre Vedel au profit dudit défunt, datée du 5ème de mai 1585, signée Dumolin paraphée ; plus autre quittance de la somme de quinze écus consentie par feu Pierre Dumolin l’ainé au profit dudit défunt et feu Michel Dumolin son frère, datée du 18ème jour de mars l’an mil cinq soixante dix sept, signée par ledit Dumolin, tuteur. Lesquelles obligations du quit avoir ont été remises en un sac de toile où elles ont été trouvées et classées reçues des mains dudit tuteur.
Plus j’ai trouvé une obligation consentie par Jehan Gilbert Arthaud de Pontgibaud de la somme de cinq écus sol dix sols, au profit dudit défunt, datée du 21ème avril 1589 signée de Grangier, notaire royal à Blanzat paraphée ;
plus avons trouvé certains contrats perpétuels faisant au profit dudit défunt, l’un d’eux de permutation entre ledit défunt et la veuve Pierre Boudet, daté du 6ème mai 1584, reçu par Brunel parafe ; plus autre contrat de permutation passé entre ledit défunt et feu Guillaume Vaureix et Anna Guerilles sa femme, daté du 25 de février 1586, reçu par Aubeny paraphe ; plus autre contrat de permutation fait et passé entre ledit défunt Dumolin et feu Pierre Vedel, quand vivait boucher dudit Aubière, daté du 17ème février 1585, reçu par Reynaud paraphe ; plus un contrat de vente consentie par Me Mayet Mauguin au profit dudit défunt, daté du 17ème octobre 1588, reçu par Brunel, notaire royal paraphe ; plus autre contrat de vente par devoir de monsieur le sénéchal d’Auvergne à Clermont d’une terre à las gautairas [la Gantière] vendue par criée comme des biens de feu François Morel, ce contrat daté du 1er juin 1584, signé Dupré et Roux greffier paraphe.

[Partie 2 - page 6 à 13]
Et le jeudi 12ème jour de janvier 1590, en continuant à la confection dudit inventaire en la présence de Pol Dumolin et de ladite veuve, nous nous sommes transportés dans la chambre qui voulait être de feu Guillaume Vaury et appartenant audit défunt dans laquelle avons trouvé et inventorié ce qui s’ensuit :
Premièrement un chaslit* de sapin avec son fonds [3] ; plus une table longue de chêne avec ses tréteaux avec un banc ; plus une broche de fer ; plus un b… à faire …
Et dicelle nous nous sommes transportés dans une autre grande chambre regardant la rue joignant à celle dudit défunt dans laquelle avons trouvé et inventorié les meubles qui s’ensuivent :
deux cuillères d’airain une percée et l’autre non percée ; plus une lampe ou chaleil* ; plus un petit pérol* d’airain tenant trois pintes d’airain ; plus une roumane* de fer laquelle ladite veuve a dit appartenir aux hoirs de feu Michel Dumolin ; plus une arquebuse à mèche.
Plus une petite poële de fer ; plus une longue table de noyer avec ses tréteaux et deux bancs de petite valeur ; plus un buffet de châtaignier ; plus une grille de fer.
Plus un chaslit de sapin sur lequel y a un lit de plume garni de sa couette, coussin, couverte de laine, lequel ladite veuve a dit lui appartenir et être son lit nuptial ;
plus une grande bassine d’airain tenant entour quatre pots d’airain étant en commun entre ledit défunt et les hoirs de feu Michel Dumolin ;
plus une pelle de fer à pelleter le chanvre qu’elle a dit appartenir à Ligier Fourcaud.
Et dicelle nous nous sommes transportés dans la chambre étant derrière les autres deux où nous avons trouve un pérol d’airain avec ses anses tenant entour un pot ;
plus un pot de fer tenant entour deux quartes appartenant aux hoirs de feu Michel Dumolin.
Plus quatre chaslits de sapin garnis de trois lits de plume, garnis de leurs couettes, coussins et couvertes de petite valeur ;
plus un lit de balle garni de sa couverte de lin ; plus un bigot ; plus un tour de lit avec sa frange servant à trois chaslits tirant cinq brasses ; plus un atour de lit ; plus un autre lit de plume garni de sa couette, coussin, couverte de laine appartenant aux hoirs dudit Michel Dumolin.
Plus desdits enfants dudit Michel y a une quarte un demi et une tierce le tout d’étain ; plus une arche de sapin sans serrure ; plus deux gouges à entonner ; plus une pelle à blé ; plus une reilhe* de fer ; plus une corde charral [?] ; plus une vieille arche de sapin sans serrure ; plus un petit coffre de chêne avec sa serrure sans clef ; plus deux cendriers de fer ;
et dicelle nous nous sommes derechef transportés au bas de ladite maison où nous avons trouvé ce qui s’ensuit :
une grande maie à pétrir avec son couvercle ; plus trois grands arches de sapin à tenir du blé de peu de valeur vide ; plus un van à vanter le blé ; plus une quarte blé fèves ; plus un quarton* ; plus un jade* pastoize ; plus deux bacholles de peu de valeur ; plus deux seaux de toile à tenir blé ; plus vingt neuf livres de fil cru étant en écheveaux ;
et dicelle nous nous sommes transportés dans un cuvage appartenant audit défunt situé au quartier de la place, celui-ci acquis de Ligier Fourcaud, et dans lequel avons trouvé ce qui s’ensuit :
premièrement une grande arche étant dans ce cuvage dans laquelle avait été mis le blé ou seigle qui étant trouvé dans la maison dudit défunt et icelle transportée dans ledit cuvage dont j’ai parlé ci-dessus.
Plus une cuve de chêne dans laquelle j’ai trouvé quatre setiers seigle ; plus une autre grande cuve valant deux charges dans laquelle j’ai trouvé trois setiers émine pamoule ; plus certaines tuiles creuses ; plus six fûts de charge vide ; plus dix fûts de poinçon* vides ; plus un entonnoir ; plus deux bouteilliers* ; plus un grand coffre de noyer sans serrure dans lequel je n’ai rien trouvé et lequel ladite veuve a dit appartenir aux hoirs de Michel Dumolin.

S’ensuit les héritages des biens immeubles délaissés par ledit défunt :
Premièrement une terre contenant trois éminées ou entour située dans la justice d'Aubière et au terroir de Granier [Gravins] sive* de Mallemouche joignant à la terre de Blaize Esclavy d’une part, et la terre de Michel Solier d'autre partie ;
plus une autre terre audit terroir contenant trois quartelées ou entour joignant à la terre qui fut d’Anthoine Degironde d’une part, et la terre de Michel Mallet d’autre partie ;
plus une autre terre contenant une éminée située en ladite justice et terroir jouxte la terre de Jehan Feuilhade d’une part, et le chemin commun d’autre partie ;
plus une autre terre située au terroir du lac de Sarliève joignant à la terre de feu Me Gabriel Arlaud d’une part, le chemin tendant de Clermont à Cournon d’autre part, et la terre de Gilbert Lafaye, d’autre partie ;
plus une autre terre située dans la justice dudit Aubière et au terroir de Rochegeneix jouxte la terre de Me Jehan Taillandier d’une part, le vicinal commun d’autre partie, et la terre de Martin Bourchier, par sa femme d’autre partie ;
plus une autre terre située dans ladite justice et au terroir de las Varenas sive du veyrier joignant la terre dudit Taillandier d’une part, la terre de Guillaume Vaissas d’autre part, et le chemin commun d’autre partie ;
plus une autre terre audit terroir contenant une éminée ou entour jouxte la terre des hoirs de Jehan Bourchier d’une part, et la terre de Fontantige*, d’autre partie ;
plus une autre terre contenant une éminée ou entour située dans la justice de Clermont et au terroir de la Gauteyre joignant la terre de Guillaume Noellet par sa femme d’une part, et la terre de Jehan Legay d’autre partie ;
plus une autre terre contenant une éminée ou entour située dans ladite justice d’Aubière et au terroir du Chambon joignant [mot suivi d’un blanc… ?]
plus une autre terre contenant une autre éminée située dans ladite justice et au terroir du Sezot [Cézeaux] joignant à la terre d’Estienne Legay d’une part ;
plus une autre terre contenant dix quartelées ou entour acquise par ledit défunt des Nadauls de Beaumont située dans la justice dudit Aubière et au terroir de las Varenas joignant à la terre de Michel Degironde d’une part ;
plus une autre terre contenant trois journaux ou entour située dans ladite justice de Clermont et au terroir de la Gauteyre [la Gantière] acquise pareillement desdits Nadauls joignant au chemin commun d’une part, et la terre de [… en blanc] d’autre partie ;
plus une vigne contenant quatre œuvres ou entour située dans la justice d’Aubière et au terroir de Mallemouche joignant à la vigne de Pierre Eyraud d’une part et la vigne de [… en blanc] ;
plus une autre vigne dans ladite justice et au terroir du Creux des Malades joignant à la vigne de Michel Bourchier d’une part ;
plus un pré contenant une œuvre ou entour situé dans ladite justice et au terroir de las champs joignant un pré de la veuve Pierre Boudet d’une part, et le béal commun d’autre part ;
plus un autre pré contenant demi œuvre situé dans ladite justice et terroir joignant au pré des hoirs de feu Anthoine Chastanier d’une part, et le pré de Michel Degironde par sa femme d’autre partie ;
plus un autre pré contenant un quart d’œuvre ou entour situé dans ladite justice de Montferrand et au terroir du Grenouiller joignant au pré de Me Jehan Montorcier d’une part ;
plus un autre pré contenant un quart d’œuvre ou entour situé dans ladite justice et au terroir de la Ribeyre qui fut de Anthoine Fosson joust ;
plus un autre pré contenant un quart d’œuvre situé dans ladite justice et au terroir de las champs joignant au pré de François Oby d’une part, et le chemin commun d’autre partie ;
plus la moitié d’un verger planté d’arbres francs et autres, ses appartenances situées dans ladite justice et terroir jouxte le chemin commun d’une part, et l’autre moitié de verger appartenant aux hoirs de Michel Dumolin d’autre partie ;
plus une maison située dans le lieu d’Aubière et au quartier de la place où ledit défunt voulait faire sa résidence consistant en chambres et autres, ses appartenances joignant à deux rues communes de deux parties la maison de Jehan Rouchaud et Paul Dumolin d’autre partie ;
Plus une étable vide étant au-devant de ladite maison joignant à deux rues communes de deux parties, et le cuvage de Pierre Feuilhade d’autre partie ;
plus un cuvage acquis par ledit défunt de Ligier Fourcauld, situé dans ledit lieu d’Aubière et audit quartier de la place, jouxtant deux rues communes de deux parties, et la maison de Jehan Legay d’autre partie ;
plus un chezal* de grange situé hors le lieu d’Aubière et au quartier de la Quaire joignant à la rue commune d’une part, et la grange de Me Jamet Dumolin d’autre partie.
Fait lesdits jour et an susdits.
signé : G Aubeny commis greffier


Acte de tutelle
et nourriture de François Dumolin, fils à feu Pierre
(A.D. 63 - 5 E 44 5)

Aujourd’hui troisième de janvier l’an mil cinq cent quatre vingt dix en la ville de Clermont en la maison de honorable homme Me Jehan Galoubie, procureur fiscal en la justice et seigneurie d’Aubière, lieu des présents, a omis de l’injure de la guerre par-devant nous Jehan Fouchier, juge de ladite justice et seigneurie d’Aubière, étant, à la prière des parties, transporté audit lieu, et sont comparus en leurs personnes Me Jacques Dumolin, greffier en ladite justice, lequel en la présence dudit procureur d’office, et de Catherine Desparrin, veuve de feu Pierre Dumolin, Francois Sire, Anthoine Ramen, Anthoine Esclavy, François Gioux,
Pol Dumolin nous a remontré que, après le décès de feu Michel Dumolin son frère, vivant habitant dudit lieu d’Aubière, ayant délaissé quatre enfants, à savoir Noël, Anthoine, François et autre Anthoine Dumolin, ses enfants auxquels fut prononcé de tuteur de la personne du défunt Pierre Dumolin dernièrement décédé, en aurait échu la charge de cette tutelle jusques à l’heure de son décès lequel advenu dès le jour et fête de ladite ascension de l’année mil cinq quatre vingt neuf [1589] dernièrement passée, délaisse François Dumolin son fils, lequel avec les quatre enfants dudit feu Michel, sont demeurés sans leur pouvoir, avoir prononcé d’aucune conduite jusqu’à présent ; que voyant l’intérêt et fréquentation des habitants dudit lieu d’Aubière en être, celle de Clermont être libre, désirant que à ces premiers mineurs autrement de la justice soit donné condante à leurs personnes et biens, suivant la promission* à lui par nous donnée, il aurait fait accueillir tous les sus nommés à cette fin d’être prononcé de tuteur à ces mineurs pour après la dation de ladite tutelle être prononcée au requis et conduite des personnes et biens de ce mineur ; requérant ledit sieur procureur d’office d’adhérer à cette réquisition lequel procureur d’office, ayant entendu la remontrance, a dit regretter véritablement qu’un temps si long se soit écoulé après le décès dudit défunt Pierre, sans avoir pu poursuivre la dation de ladite tutelle et conduite desdits mineurs ;
mais l’injure de la guerre et malice du temps a donné empêchement à l’effet de l’exercice de la justice dont a procédé la dillation* et retardement de ladite tutelle et pour ce que maintenant je vois de jourdhui en ce lieu ladite veuve et parents et amis cy devant nommés appelés à l’effet d’être prononcé à ladite tutelle de sa part.
Il a requis que nous ordonnions que tous lesdits parents et amis cy présents s’assembleront promptement et entre eux aviseront celui qui sera capable pour avoir la charge de ladite tutelle et administration, et que eux, en étant résolus, ils nous rapporteront par leur serment.
Sur quoi, nous avons ordonné que les susdits parents et amis s’assembleront promptement et par leur jugement après avoir entre eux fait résolution de ladite nomination de tuteur en feront le rapport pour après être procédé à la réception du serment dudit tuteur, et autrement comme il appartiendra à celui-ci. Au même instant, les susdits parents et amis s’étant retirés à part, et après avoir longuement conféré de la dation de ladite tutelle, nous ont dit être prêts d’en faire leur rapport suivant ce nous avons, de chacun d’eux, pris et reçu le serment au cas requis, et jouxte lequel serment, par notre voix, nous avons rapporté qu’ils ont tous nommé et élu d’un avis concordant pour tuteur de tous les susdits mineurs desdits défunts ledit Me Jacques Dumolin, oncle paternel desdits mineurs. Après que ledit procureur d’office a déclaré ne vouloir empêcher ladite charge lui être baillée, nous lui avons fait prêter le serment de bien et décemment se comporter en cette charge de tutelle et administration desdits mineurs, régir et gouverner leurs personnes et biens comme de ses enfants propres.
Et d’un même avis et conseil de tous les proches parents a été baillé pour conseillers audit tuteur en ladite charge le dit Me Anthoine Desparrin et ledit Anthoine Esclavy, lesquels semblablement ont prêté le serment au cas requis.
Et après que ledit tuteur a déclaré, pour la conservation des biens desdits mineurs, avoir déjà commencé de découper par inventaire quelque partie du bien qu’il a demandé pouvoir faire parachever ; ce que ledit procureur d’office a voulu empêcher, et par ce avoir ordonné que ledit tuteur ferait reprendre ce qui a été fait dudit inventaire et le fera parachever par celui qui a recommencé d’y procéder pour, étant fait et communiqué audit procureur d’office, être rapporté et reçu.
Ainsi que pour ce faire, suivant l’avis desdits parents et amis, et pour permettre audit tuteur de vendre le bétail et autres meubles desdits mineurs, en la présence et consentement dudit procureur, au jour pris pour terme requis à ladite vente.

Signature de l'acte de tutelle et nourriture de François Dumolin
(A.D. 63)

Ce d’autant que tous lesdits parents sont d’avis qu’il est nécessaire de prononcer à l’administration dudit François, fils de Pierre et aussi de la veuve, qu’ils sont tous d’avis qu’il sera baillé à ladite veuve pour sa nourriture, et jusqu’à la st Jehan-Baptiste prochaine, dix quartes conseigle et le vin de ménage qui est en la maison dudit défunt ; et, pour la nourriture et l’entretien dudit François pour les années à venir à partir d’aujourd’hui, sera baillé quatre sétérées de conseigle et quatre écus sol journée ; lequel avis nous avons promis audit tuteur de payer et bailler les susdites quantités de blé partie vin, et devra être fait qui lui soit déduit, alloué, passé en son compte échappement de dépense.
Et en tout avons octroyé acte aux parties pour leur valoir et savoir en temps et lieu comme de raison.
Fait ce jour et an susdit.

Signé : Fouchier ; Galoubie ; A. Desparrin ; A. Esclavy ; J. Dumolin
et G. Aubeny, commis greffier.


Intérieur d'une auberge

Du point de vue généalogique, ces deux textes nous ont permis d’affiner les liens entre les Dumolin, mais laissent quelques ombres au tableau…

D’abord les certitudes, la présence de trois frères : Michel Dumolin, décédé avant l’ascension 1589 (entre décembre 1586 et janvier 1589) ; Pierre Dumolin le jeune, décédé le jour de l’ascension 1589 (le 11 mai) ; Jacques (ou Jacmet) Dumolin, encore vivant en 1601.
Michel, laboureur, dont nous ignorons le nom de l’épouse, a quatre enfants : Noël, Anthoine, François et autre Anthoine. Les trois premiers auront une descendance.
Pierre le jeune est hôte et sa femme est Catherine Desparrin ; il a un fils, François.
Jacques (ou Jacmet) est greffier de la justice d’Aubière et notaire ordinaire, nous ignorons le nom de sa femme, avec laquelle il a une fille, Marie (mariée par contrat du 25 août 1580 à Anthoine Samoël, de Clermont) et un fils, Hugues. Jacques épousera, en secondes noces, Jehanne Legay, veuve de Pierre Feuilhade, le 24 février 1601.
Par ailleurs, nous apprenons que Jehan Ronchaud, dont l’épouse est Jacquette Dumolin, est cousin de François Dumolin, fils de Pierre. Le texte confirme ce que nous pressentions : Jehan Ronchaud et Pol (ou Paul) Dumolin vivent à même pot et feu, et sont sans contestation beaux-frères. Le 3 février 1594, Jehan Ronchaud et Pol Dumolin confessent tenir à titre d’héritage et perpétuel tènement, un chezal de grange de Mgr Gilbert, seigneur d’Aubière. Dans l’inventaire, Pol Dumolin est aux côtés de Catherine Desparrin, la veuve de Pierre Dumolin le jeune. On peut donc penser que Jacquette Dumolin et Pol Dumolin, frère et sœur, sont cousins germains de Michel, Pierre le jeune et Jacmet Dumolin.
On nous parle aussi de Pierre Dumolin l’aîné. Il est engagé financièrement envers Pierre le jeune et Michel Dumolin, ses neveux. Pierre Dumolin l’aîné est le père de Jacquette et Pol, qui auront, comme Michel Dumolin, une descendance jusqu’à nos jours.

Quelques personnes citées :
- François Gioux (il s’agit de François Gioux carme, époux d’Antoinette Rancon) est également cousin de François Dumolin, mais à quel degré ? et cousin lui-même ou cousin par sa femme ? Trop d’incertitudes pour tirer parti de cette information.
- Anthoine Esclavy, marchand, a épousé Anthoinette Abrial, la veuve de François Morel.
- Anthoine Desparrin est le frère de Catherine Desparrin. Ils sont originaires d’Orcival.


Lexique

Bouteilliers : porte-bouteilles ou casiers à bouteilles.

Chaleil : lampe suspendue.

Chaslit : bois de lit.

Chezal : dans le Puy-de-Dôme, maison ou tout autre bâtiment en ruine, sur l’emplacement duquel on peut reconstruire. On dit aussi chazal.

Daran : d’airain, de laiton.

Dillation : gain de temps, retard.

Fontantiges : maison et domaine (aujourd’hui disparus) sur la rive nord du lac de Sarliève, le long et au sud de l’actuel « kilomètre lancé ».

Hoirs : héritiers.

Jade : variation régionale de jatte, panier en bois.

Mourtier : mortier.

Palle : pelle.

Pérol : chaudron.

Poinçon : mesure de capacité pour les liquides.

Promission : promesse.

Quarton : ancienne mesure de capacité pour les grains. On écrit aussi carton.

Reilhe : soc de charrue. On écrit aussi reille.

Roumane : « romaine », balance.

Sive : ou sivé, près de ou voisin de.


© Cercle généalogique et historique d’Aubière (G. F. et P. B.)





[1]  NOTE HISTORIQUE : La France vit une époque de troubles politiques et religieux au moment du décès de Pierre Dumolin. Catholiques et Protestants se disputent le pouvoir. Le roi Henri III est combattu par les Huguenots et, malgré tous ses efforts, se voit détesté par les Catholiques qui ont à leur tête Henri de Guise. Il ordonne l’assassinat de ce dernier, le 23 décembre 1588, ce qui provoque le soulèvement de toute la France contre lui. Paris, aux mains de la Ligue, le roi se réfugie à Blois, où il est assassiné par un moine dominicain, Clément, le 1er août 1589. Il meurt le lendemain. Henri IV sur le trône, mettra fin au conflit en janvier 1596. En Auvergne, cette époque est caractérisée par une anarchie sans précédent provoquée par les heurts entre ligueurs et royalistes, qui ne s’éteignirent que par la soumission de la ville d’Ambert en 1596.
[2] - Ascension : le jour de l’ascension de l’année 1589 était le jeudi 11 mai.
[3] - Chaslit * : l’astérisque renvoie au lexique en fin d’article.