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vendredi 18 avril 2014

Registre d’audience du Bailliage d’Aubière_10



commencé le 6 avril 1767

Cet épais registre, issu des archives communales d’Aubière, rassemble les jugements rendus à Aubière par le bailly Thoury entre 1767 et 1780.

Le bailli était, dans l'Ancien Régime français, le représentant de l'autorité du roi dans le bailliage, chargé de faire appliquer la justice et de contrôler l'administration en son nom. La juridiction en charge d'un bailli s'appelle un bailliage. En France méridionale, le terme généralement utilisé était sénéchal et la circonscription la sénéchaussée.
Mais il s’agit ici du bailliage seigneurial d’Aubière (les baillis royaux ayant perdu leur pouvoir au XVIème siècle).

Le notaire Thoury, bailli seigneurial d’Aubière, était néanmoins conseiller du roi en la ville de Clermont-Ferrand. C’était en quelque sorte un juge de proximité au service du seigneur d’Aubière.

Refus de succession

« Bon sang ne saurait mentir ! », le bon sens paysan, non plus !
Georges Gioux, journalier aubiérois, fils et neveu de Georges Gioux, se voit convoqué chez le notaire pour recevoir la succession de l’oncle Georges. Oncle Georges ? Mais qui est-ce ?

Registre d'audience du Bailliage d'Aubière (1767-1780)
- Page 29 -
(Archives communales d'Aubière)

Du jeudy 8 juin 1769

Nous chercherons l’identité du tonton plus tard.
Que peut bien léguer cet oncle, journalier de profession, et donc peu fortuné ? A la lecture de l’acte de succession, ce à quoi on pouvait s’attendre : il y a plus de dettes qu’autres choses !

Bref, « …est comparu au greffe du baillage d’Aubière George Gioux, fils à autre George Gioux, journalier habitant du lieu d’Aubière, authorisé dudit George Gioux son père, lequel assisté de Me François Montel son procureur, a dit et déclaré qu’il répudie par ces présentes à la succession d’autre George Gioux son oncle, vivant journalier audit lieu d’Aubière, décédé à l’hopital de l’hotel Dieu de la ville de Clermont, depuis le mois d’avril dernier, pour être ladite succession plus honéreuse (sic) que profitable, déclarant ne s’être jamais immissé dans icelle directement ny indirectement, de laquelle répudiation il a requis acte qui luy a été octroyé pour valloir (sic) et servir ainssy que de raison, et a déclaré ne scavoir signer de ce enquis… »

Recherches généalogiques :
On a bien retrouvé Georges Gioux, fils de Georges ; mais le tonton…
Point d’oncle homonyme ! Le registre des sépultures de 1769, entre avril et décembre, ne mentionne aucun Georges Gioux. S’il a existé, après tout il pourrait être le parrain, aucun acte (baptême, mariage) ne lui correspond en propre.
Ce pourrait être un oncle du côté maternel. Là encore, les recherches sont restées vaines.
Au mieux, on trouve un grand-oncle, prénommé Georges, mais c’est un Vallaix. Qui plus est, ce Georges Vallaix a eu au moins trois enfants avec une descendance. Pourquoi un petit neveu hériterait ?
Les parents des deux Georges Gioux, Anthoine et Anthoinette Mazen, ont eu des enfants entre 1700 et 1730. Il y a de nombreuses lacunes (années manquantes) dans les registres entre ces deux dates. Cela expliquerait pourquoi on ne retrouve rien sur le Georges qui lègue à son neveu.

Georges Gioux, fils de Georges et d’Antoinette Thévenon, est né et a été baptisé le 11 juillet 1743 à Aubière. Son parrain est bien un Georges Gioux, fils d’Antoine ; il est sans doute le frère de son père.

Georges Gioux, le père, est né le 12 juillet 1719 ; fils d'Anthoine et d'Anthoinette Mazen, il s’est marié à Antoinette Thévenon.

© - Cercle généalogique et historique d’Aubière – Pierre Bourcheix



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jeudi 23 janvier 2014

Estienne Thévenon, tailleur d’habits



Estienne Thévenon est fils de Pierre l’aîné, le laboureur, et d’Halips Legay. Comme ses ancêtres et ses frères, il a d’abord travaillé la terre et la travaillera jusqu’à la fin de sa vie. Cependant, Estienne est surtout connu comme tailleur d’habits.
Cette profession fut-elle une vocation ou une nécessité ? Va-t-il la pratiquer dès le règne du bon Henri IV ou bien Louis XIII était-il déjà sur le trône de France ? Ces questions vont-elles rester sans réponses ? C’est ce que nous allons voir…

Le tailleur d'habits

Pour son contrat de mariage, le 5 janvier 1606, avec Michelle Chastanier, Estienne Thévenon est laboureur (1). Comme la plupart des laboureurs aubiérois, il cultive du chanvre et du lin dans ses champs des Gravins ou des Ronzières (2). Le rouissage se fait dans les routoirs qui longent l’Artière ou qui bordent le lac de Sarliève.
Si l’on observe la parentèle d’Estienne, on trouve des tisserands mais pas de tailleurs d’habits. Sa nièce, la fille de son frère Pierre le jeune, Marguerite Thévenon, épouse en 1619 un tisserand, François Tisseranges, fils de Michel, lui-même tisserand, et de Jehanne Tixier. Si le métier à tisser est dans le bourg, au rez-de-chaussée de la maison, le foulage des textiles se fait hors les murs, au quartier du Massadou, le long de l’Artière.

Des tailleurs de braguettes
C’est auprès des Gioux Braguette qu’Estienne Thévenon fit ses « classes » dans le métier de tailleur d’habits.
Depuis la nuit des temps, les Gioux, tailleurs d’habits, traînent avec eux le sobriquet de « braguette » ! Oubliez l’acception actuelle de ce terme, même si l’on finira par y revenir.
L’origine remonte à nos ancêtres gaulois et à leurs braies. Les Romains, qui portaient des vêtements amples, non cousus, apprirent à connaître ce vêtement masculin (en latin : braca), ancêtre des chausses, caleçons et culottes. D’abord ridiculisé, ce vêtement fut adopté partout et le mot passa dans les langues romanes, et devint braga ou braya dans l’ancien provençal. La culotte était donc appelée brayette au moyen âge. Au 16ème siècle, on lui substitua braguette pour désigner la partie du costume masculin, de forme triangulaire, attachée au devant du haut-de-chausses et formant une poche. Il faut sans doute en conclure que nos Gioux étaient spécialisés dans la confection des culottes d’homme qui deviendront nos pantalons.

On ne saura jamais si c’est le hasard ou la nécessité qui conduisit Estienne vers ce métier. De ses trois enfants connus, Pierre Thévenon, Halix Thévenon et Claude Thévenon, les deux fils devinrent apprentis, compagnons puis maîtres tailleurs d’habits. Pierre, l’aîné, s’installa à Montferrand avec sa femme, Gilberte Bernard, d’où elle était originaire. Claude, le cadet (sans alliance connue), s’installa au Broc, près d’Issoire ; on sait qu’il tenait boutique à Clermont en 1673.


Notes :
(1) – 1606. A cette date, Pierre l’aîné Thévenon, le père d’Estienne, est décédé. L’épouse de ce dernier, Michelle Chastanier, est fille de Jehan et d’Anna Salignat. Les Chastanier sont aussi laboureurs.
(2) – Gravins et Ronzières : noms de terroirs aubiérois.

© - Cercle généalogique et historique d’Aubière – (Pierre Bourcheix)


mercredi 13 novembre 2013

Les Gioux, ces boulangers…





Cinq générations de boulangers
À Aubière, le 7 août 1799 est célébré le mariage de Pierre Gioux, né le 11 janvier 1774 et décédé le 19 décembre 1846, fils de François et d’Isabeau Dégironde d’aoust, et de Jeanne Mioche, née à Clermont-Ferrand le 10 avril 1770 et décédée le 23 avril 1836, fille d’Étienne, boulanger à Aubière, et d’Élisabeth Cluzelle.
Pierre Gioux devient le premier boulanger de la famille, sans doute conseillé par son beau-père.
Pierre Gioux et Jeanne Mioche ont un fils, Amable, né le 7 avril 1804 et décédé le 20 janvier 1866 à Aubière ; mitron puis boulanger, il succédera à son père. Il se marie, le 12 janvier 1837 à Aubière, avec Delphine Malhot, née le 2 mai 1809 et décédée le 8 juillet 1897 à Aubière, fille de Pierre et de Marie Roche. Ils auront deux enfants :
  • Anne, née le 3 juillet 1838, décédée le 20 août 1895, épouse Louis Cougout, le 13 juin 1854 à Aubière ;
  • Pierre, né le 15 janvier 1841, décédé le 13 juillet 1917, épouse Marie Randanne, le 13 juin 1864 à Aubière.

Anne Gioux, née en 1869, fille de Pierre Gioux,
Épouse de Jean Pierre Roche

Le 28 novembre 1846, Pierre Gioux, veuf de Jeanne Mioche, partage ses biens, dont une boulangerie, rue de la Quayre à Aubière[1], entre ses enfants :
  • Étienne aîné, né le 29 juillet 1800, boulanger, il épouse, le 17 mai 1832, Antoinette Gioux, née le 26 octobre 1803. Leur fils, Pierre, né en 1835, boulanger, meurt le 22 décembre 1871 ;
  • Gilbert, né le 14 novembre 1801 ;
  • Amable, né le 7 avril 1804, boulanger, marié à Delphine Maillot, le 12 janvier 1837 ;
  • Jeanne, née le 19 mai 1806, épouse de François Joannet ;
  • Gilbert, né le 17 février 1808, garçon charcutier à Lyon ;
  • Étienne jeune, né le 17 mars 1816, époux de Marie Sabatier, boucher à Clermont en 1855 ;
Marguerite, née le 25 avril 1811, est décédée à la date du partage.

Mariage Joseph Sudre x Marie-Louise Roche en 1922
(Collection Sudre)

Suite à ce partage, les frères et sœurs laissent les droits sur la boulangerie à Amable.
Son fils, Pierre Gioux, boulanger, né le 15 janvier 1841, décédé le 13 juillet 1917, épouse le 13 juin 1864 à Aubière, Marie Randanne, née le 13 décembre 1838, décédée le 14 mars 1903, fille de François et de Ligière Bayle. Ils ont une fille, Anne, née le 11 mai 1869, qui épouse Jean Pierre Roche, cultivateur, le 25 septembre 1888.
Pierre Gioux vend le fonds de boulangerie à M. Émile, Gilbert Guy, originaire de Champrans (39) époux d’Anaïs Brugière, d’Aubière. En 1913, le four est reconstruit. La boulangerie semble perdue pour la famille, mais le 10 janvier 1922, la petite-fille de Pierre, Marie-Louise Roche, épouse un boulanger, Joseph Sudre. Ils rachètent le fonds. Marie-Louise, devenue veuve, exploitera le fonds jusqu’en janvier 1962.
Aujourd’hui, cette boulangerie est exploitée par M. Gilles Sauvestre.

© - Cercle généalogique et historique d’Aubière (Michelle Sudre +)

Voir complément ici

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[1] - Aujourd’hui, rue du 4-Septembre.

lundi 11 novembre 2013

Antoine Alexandre Gioux, mort pour la France



Antoine Alexandre Gioux, fils unique, est mort célibataire et donc sans descendance. C’est le cousin de tous les Aubiérois : je l’ai adopté, vous l’adopterez peut-être. C’est notre poilu, notre héros, discret et magnifique. Voici sa vie, qui m’a été inspirée par le récit de son père.

Antoine-Alexandre Gioux (1887-1918)

Antoine Alexandre Gioux, fils de Martin Gioux et de Marguerite Gioux, est né le 11 juin 1887 à Aubière.
Le milieu familial et rural dans lequel s’écoulèrent ses premières années, façonna, à son insu, son esprit et lui imprima les qualités maîtresses qui le caractérisèrent : amour profond de la nature, attachement au travail, culte du devoir.
Dès l’âge de trois ans, Antoine Gioux fréquente l’école communale d’Aubière qu’il quitte à l’âge de treize ans, pourvu du certificat d’études primaires.
En 1900, il entre en sixième au lycée Blaise-Pascal où, durant six années, il parcourt le cycle d’enseignement secondaire. En 1905, Antoine Gioux obtient le baccalauréat ès-sciences mathématiques qui couronne ses études secondaires. En juillet.1908, ses cycles d’études achevés, il obtient le brevet d’Ingénieur agronome. En 1910, le service militaire terminé, Antoine Gioux est affecté comme chimiste au laboratoire central des fraudes à Paris ; puis, à la station agronomique de Chartres. En 1912, reçu au concours pour le professorat d’agriculture, il exerce à Toul jusqu’en 1914.
La guerre survient et il est mobilisé à Clermont-Ferrand comme caporal à la 13ème section de commis-ouvriers d’armée. En cette qualité, il prend part à la campagne, puis à la triste et pénible retraite de Lorraine. Il passe ensuite dans l’Oise et y séjourne dix mois. Mais ses chefs ont apprécié sa valeur, ses connaissances, et le chargent des achats agricoles pour le ravitaillement des troupes. En 1915, il passe au 1er génie. Il a la satisfaction d’y être affecté à une tâche en conformité avec ses goûts. Il est chargé d’une exploitation forestière à proximité du front.
Antoine Gioux est plus tard versé comme sergent au 91ème régiment d’infanterie. Il y suit des cours spéciaux et est nommé chef de section et incorporé au 367ème régiment d’infanterie. Il apporte au milieu des combats, dans ses nouvelles fonctions qui nécessitent du courage, de l’intrépidité et des connaissances militaires, le calme tranquille, magnifique qui le caractérise.
Dans ses lettres, il relate les vides nombreux qui se font certains jours autour de lui. Le fracas des combats ne lui fait pas perdre de vue la vie active des siens. « Je vous adresse des journaux agricoles, écrit-il en mai 1918 à son père, vous y trouverez un article concernant le mildiou, et quelques idées intéressantes. Où est le temps où nous pouvions nous occuper de ces choses ? » Avec la même tranquillité d’âme il écrit quelques jours après : « Ma première patrouille en avant des réseaux m’a fortement intéressé, et puis on se sentait pour ainsi dire en toute sécurité, tellement notre artillerie, merveilleusement juste, sonnait le boche ! »
D’un mot, quand il écrit, il dépeint le site où il se trouve. « Dans un champ d’avoine, en toute première ligne » ; « En lisière d’un petit bois » ; « Dans un bois près du canal de l’Ourcq » ; « Couché au milieu d’un champ de blé ». Telles sont les indications placées en tête de ses lettres. La censure peut les laisser passer sans crainte : même prises, elles ne fourniront pas de renseignements à l’ennemi.
« Pour sa belle conduite au feu », pendant la journée du 8 juin 1918, Antoine Gioux est nommé adjudant. Deux jours après, il est proposé pour le grade de sous-lieutenant. Dans une lettre datée du 12 juin, il écrit : « qu’il fait bon se retremper des jours où on doit serrer le ceinturon et ne boire que de l’eau boueuse ».
Le 28 juin, un mot écrit en hâte, portant comme indication de lieu : « en contact avec le boche dans l’Aisne », annonce aux parents d’Antoine Gioux qu’il a été nommé sous-lieutenant « pour sa belle conduite aux derniers combats ».
Le 3 juillet, la lutte reprenait violente. Dans la matinée un éclat d’obus blessait grièvement Antoine Gioux au coude. Il fut conduit au poste de secours aux environs de Vinly (Aisne). Là, tandis qu’on procédait à un pansement, un nouvel obus éclatait près de lui, le tuant net.
La citation suivante à l’ordre de la 73ème division rend le plus juste hommage à cet officier fauché à l’aurore de la victoire, dont il fut un artisan irréprochable :
« Gioux Antoine, sous-lieutenant au 367ème R. I. : Officier extrêmement brave, ayant fait l’admiration de tous pendant la période d’opérations du 31 mai au 2 juillet 1918. A été tué à son poste de combat, sous un violent bombardement, le 3 juillet 1918. »
Son corps fut transporté au secteur de Brumetz et inhumé au cimetière de ce village.
Le 7 mars 1921, il est fait chevalier de la Légion d’Honneur à titre posthume.

Pierre Bourcheix, d'après Martin Gioux


La Montagne du 13 novembre 2013