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mercredi 2 juillet 2014

Mariage d’amour ou de nécessité ?



Le 8 février 1791 a été célébré, à Beaumont, le mariage de Ligier BERNARD et Françoise PAGEIX, tous les deux issus de vieilles familles beaumontoises, ce qui constitue un évènement banal. Pourtant, en regardant de plus près les actes, l’âge des mariés ne laisse pas de nous surprendre. En effet, le marié, né le 21 mars 1778, n’a pas 15 ans, un âge plutôt tendre pour un tel engagement. Quant à son épouse, née le 22 décembre 1769, elle est âgée de 21 ans. Alors, mariage d’amour ou mariage de nécessité ?

Beaumont

C’est dans le contexte familial que l’on peut expliquer une telle union : Ligier BERNARD est le fils de feu Ligier Bernard et de Madeleine MARADEIX, le dernier de leurs 10 enfants, dont seulement 4 atteignirent l’âge adulte. Il est le seul garçon, ses trois sœurs sont mariées, et sa mère, à 57 ans, se sent déjà âgée et aimerait bien établir son fils de son vivant.
Quant à Françoise PAGEIX, fille de Pierre et Marie MATTHIEU-FAYE, elle est aussi la plus jeune d’une famille de 10 enfants, dont 3 seulement (1 garçon et 2 filles) sont mariés. Son père était mort avant ce mariage.

Le contrat de mariage a été établi par Me LUQUET, notaire à Beaumont. Il n’apporte aucun éclaircissement sur cette particularité et ressemble à m’importe quel acte similaire de cette époque. Il n’y est même pas précisé quelle famille prendra en charge le jeune couple.

Ils eurent en tout 4 enfants :
Claude, °21 Fructidor An 3 (07/09//1795)
marié 1 - Jacquette Faye le 26/12/1822
marié 2 - Anne Francon le 14/09/1838
Jacques, °2 Brumaire An 7 (23/10/1798)
x Catherine Montel-Bony le 26/12/1822
• Marguerite, °26 Ventôse An 10 (17/03/1802)
Religieuse à Issoire +01/04/1875
Anne, °11 Brumaire An 13 (02/11/1804)
x Jean Veray le 23/02/1829


La famille Bernard :

Voici la composition de la famille de chacun de ces jeunes mariés :
Ligier BERNARD, °20/07/1729 à Beaumont, +19/10/1786 à Beaumont, mari de Madeleine MARADEIX, °06/11/1734 à Beaumont +1 Vendémiaire An 7 (22/09/1798) à Beaumont.
Leurs enfants :
• Jean + 06/03/1755 à Beaumont
• Jeanne o 08/11/1756 x Claude Domme le 08/01/1774 à Beaumont
• Jean °05/10/1759 +07/04/1767 à Beaumont
• Gabriel °02/03/1762 +13/08/1762 à Beaumont
• Marguerite °11/01/1764 x Jacques Veray 11/01/1785 à Beaumont
• André °21/02/1766 +25/02/1766 à Beaumont
• Jean ° 1767 +29/09/1781 à Beaumont
• Anne ° 1770 +24/09/1772
• Jeanne °03/04/1772 +04/09/1772
Ligier °21/03/1776 x Françoise Pageix 08/02/1791


La famille Pageix :

Pierre PAGEIX °1723 +25/09/1772 à Beaumont épouse, le 14/11/1741, Marie Mathieu-Faye + le 9 Vendémiaire An 3 (30/09/1794) à Beaumont. Leurs enfants :
• Jacques °11/11/1750 +18/01/1756 à Beaumont
• Toussaint °21/09/1754 +18/02/1756 à Beaumont
• Pierre °17/11/1756 x Marie Maradeix le 08/01/1774
• Marie °15/06/1758 +03/01/1760
• Antoinette °29/10/1760 x Jacques Maradeix le 08/01/1774
• Catherine °22/04/1763 +02/05/1769
• Antoinette °13/12/1764 x Paul Cousserand, le 6 Messidor An 4 (24/06/1796)
• Guillaume °31/08/1766 +19/09/1766
Françoise °22/12/1769 x Ligier BERNARD le 04/02/1791
• Marie °11/ 04/1772 +24/10/1772

Les mariages précoces n’étaient pas rares, à cette époque, particulièrement à Beaumont puisque les parents du marié, Ligier Bernard et Madeleine Maradeix, mariés le 4 janvier 1749 avaient respectivement 19 et 14 ans le jour de la cérémonie, Une des sœurs de la mariée, Antoinette Pageix, avait, elle aussi, 14 ans lors de son union avec Jacques Maradeix
Ce mariage nous parait extraordinaire, mais, à cette époque, il dépendait davantage de la volonté des familles que de celle des impétrants. Les jeunes couples continuaient parfois pendant une grande partie de leur vie d’être pris en charge par la génération précédente. Les enfants n’avaient pas beaucoup le droit à la parole, leur responsabilité, était, au départ, assez limitée, qu’ils soient mariés ou célibataires.
Nous n’avons aucun renseignement certain sur la motivation d’un tel mariage. Il faut toutefois savoir que Beaumont, fief ecclésiastique, était un pays de droit écrit, c’est-à-dire qu’un enfant était majeur dès la puberté. Un garçon de 14 ans était dans ce cas, ce qui ne signifiait pas qu’il puisse faire n’importe quoi et décider de son sort sans en référer à ses parents, mais il était maître de ses biens.
Lors du mariage de Ligier Bernard, il était le seul garçon vivant et le plus jeune de la famille, son père était décédé et sa mère avait 57 ans, ce qui était âgé pour cette époque. Il est possible que cette dernière ait envisagé ce mariage pour que son fils soit établi avant qu’elle disparaisse et qu’il n’ait pas de compte à rendre à ses beaux-frères.

Nous ne savons rien, bien sûr de ce qui s’est passé le soir de leur noce, mais je pense que la consommation du mariage a attendu que le marié ait acquis un peu plus de maturité, puisque leur premier enfant, Claude Bernard, est né le 7 septembre 1795, alors que Ligier avait 19 ans et son épouse 26 ans.


Descendance de Pierre Pageix

...... Pierre PAGEIX, N: 1723 Beaumont (63) D: 25/09/1772 Beaumont (63)
....- x Marie MATTHIEU FAYE M: 14/11/1741 Beaumont (63) D: 09/VEND/03 Beaumont (63)
.... Jacques PAGEIX N: 11/11/1750 Beaumont (63) D: 18/01/1756 Beaumont (63)
.... Toussaint PAGEIX N: 21/09/1754 Beaumont (63) D: 18/02/1756 Beaumont (63)
..... Pierre PAGEIX N: 17/11/1756 Beaumont (63)
..... x Marie MARADEIX M: 08/01/1774 Beaumont (63)
..... Marie PAGEIX N : 15/06/1758 Beaumont (63) D: 03/01/1760 Beaumont (63)
...... Antoinette PAGEIX N: 29/10/1760 Beaumont (63)
x Jacques MARADEIX M : 08/01/1774 Beaumont (63)
...... Catherine PAGEIX N: 22/04/1763 Beaumont D: 02/05/1769 Beaumont (63)
..... Antoinette PAGEIX N: 13/12/1764 Beaumont (63)
..... x Paul COUSSERAND M: 06/MESS/04 Beaumont( 63)
..... Guillaume PAGEIX N: 31/08/1766 Beaumont (63) D: 19/09/1766 Beaumont (63)
..... Françoise PAGEIX N: 28/12/1769 Beaumont (63) D: 10/01/1820 Beaumont (63)
..... x Ligier BERNARD N: 21/03/1776 Beaumont (63) M: 04/02/1791 Beaumont(63) D: 27/07/1822 Beaumont(63)
..... Marie PAGEIX N : 11/04/1772 Beaumont (63) D; 26/10/1772 Beaumont (63)


Descendance de Ligier Bernard

Ligier BERNARD N 10/07/1729 Beaumont (63) D: 19/10/1786 Beaumont (63)
x Madeleine MARADEIX N: 06/11/1734 Beaumont(63) M: 14/01/1749 Beaumont (63) D: 01/VEND/ 07 Beaumont (63)
..... Jean BERNARD D: 06/03/1755 Beaumont (63
..... Jeanne BERNARD N : 08/11/1756 Beaumont (63)
..... x Claude DOMME M: 08/01/1774 Beaumont (63)
..... Jean BERNARD N: 05/10/1759 Beaumont (63) D: 07/04/1767 Beaumont (63)
.... Gabriel BERNARD N: 02/03/1762 Beaumont (63) D : 13/08/1762 Beaumont (63)
... Marguerite BERNARD N: 11/01/1764 Beaumont (63)
..... x Jacques VERAY M : 11/01/1785 Beaumont (63)
..... André BERNARD N: 21/02/1766 Beaumont (63) D: 25/02/1766
..... Jean BERNARD N: 1767 Beaumont (63) D: 29/01/1781 Beaumont (63)
..... Anne BERNARD N : 1770 Beaumont (63) D: 24/09/1772 Beaumont (63)
..... Jeanne BERNARD N : 03/04/1772 Beaumont (63) D : 04/09/172 Beaumont (63)
..... Ligier BERNARD N: 21/03/1776 Beaumont (63) D 27/07/1822 Beaumont (63)
x Françoise PAGEIX N : 28/12/1769 Beaumont (63) M: 08/02/1791 Beaumont (63)
D:0/01/1820) Beaumont (63)

© - Cercle généalogique et historique d’Aubière (M.-J. Chapeau)


jeudi 19 septembre 2013

Prévisions climatériques en 1830



Comme tous ceux qui travaillent la terre, nos anciens vignerons, s’ils ne craignaient plus que le ciel leur tombe sur la tête, le regardaient souvent avec inquiétude.
Une année trop sèche ou trop humide, une averse de grêle, et c’est tout le revenu d’une année qui disparaît, entraînant de lourds problèmes financiers.
Si l’on pouvait au moins prévoir ces coups du sort !
Au XIXème siècle, nos ancêtres découvrent la lecture et l’écriture. Les colporteurs parcourent les campagnes et diffusent des recettes et des prévisions plus ou moins fiables.
Mon ancêtre, Claude Bernard, vigneron de Beaumont vers 1830, avait ces inquiétudes. Il avait un cahier où il écrivait tout ce qui le préoccupait. C’est ainsi que j’ai retrouvé des « Prédictions climatériques » tirées d’un mystérieux troisième livre des Prophéties perpétuelles


« …et la troisième partie de mon livre, comme la seconde partie, n’étant qu’une répétition de mes prédictions climatériques, sembleront inutiles si elles n’étaient soutenues et appuyées l’une et l’autre de mes prédictions particulières, qui en font le soutien et l’amusement… pour occuper mon lecteur et satisfaire sa curiosité, je dirai encore une fois avec lui que le soleil ayant fait son tour par 28 années [1], multipliées par neuf, qui font 252 ans, comme il se voit dans la première et seconde partie de mon livre, le soleil recommence derechef son tour parfait.
Qui est son premier nombre et qui auront (…) aura cours le premier cours et dont que tout les 28 ans, se commencera de nouveau sur chacune de chiffre qui sont marqués ci-dessous :
1773, 1801, 1829, 1857, 1885, 1913, 1941, 1969, 1997, 2025

En 1825 : Le printemps cette année sera venteux, froid et mal profitable à plusieurs choses. L’été sera propre à tous biens. L’automne sera humide jusqu’au milieu et le reste sera assez beau. L’hiver sera long et supportable, les blés seront chers et bien requis au commencement de l’année ; les vendanges seront bonnes en peu de pays et il fera bon acheter du vin qui puisse se garder longtemps, et ceux qui en achèteront et garderont feront grand profit ; les grains enrichiront ceux qui les garderont jusqu’à l’année suivante.

Le 26 solaire qui aura cours en :
1773, 1801, 1829, 1856, 1884, 1913, 1941, 1969, 1997, 2025

En 1826 : En cette année le printemps sera froid et… »
 

Je ne sais pas si Claude Bernard croyait beaucoup à ces Prédictions, mais cela lui a donné l’idée de relever dans son cahier, à la fin de chaque année, les conditions météorologiques qu’elle lui a réservé. Voici ses remarques :

1826, une année désastreuse

Ce climat de 1826, le mois de janvier a été très amer ; le mois de février a été très beau, que le mois de mars fait suite. Les chaleurs sont venues comme un grand coup de beau temps le 15 mars. Les arbres sont en fleurs, les vignes commencent à boutonner mais les rosées de la nuit sont froides. Cela retient les vignes. Les 22 et 23 mars a fait grande neige d’un pied à plapeye [?]. La nuit du vendredi au samedi saint, il a gelé comme au grand cœur de l’hiver. Le 28 avril a tombé la neige ; la nuit du 28 au 29 avril nous a emporté les autres vignes. Le 7 mai il a gelé. Le 20 mai, à peine on a pu trouver du ramage de vigne pour envelopper Saint-Verny qui est le 20 mai. Jusqu’à la Saint-Jean un temps froid, à peine on voit la fleur de vigne à la Saint-Pierre et le 20 juillet le raisin était gros de presque Clod [?]. Les derniers jours de juillet et les premiers d’août, a fait une chaleur qui a si bien brûlé le raisin. Le 4 août il a fait une pluie occasionnée par un tonnerre d’août et (…). Le 20 août on voit quelques graines changer ; le temps est chaud. La fin d’août et le commencement de septembre nous a fait de grandes pluies qui ont endommagé bien des pays. En octobre c’est assez bien et le 23, on vendange.

1829

Nous récoltons beaucoup de vin, mais petit. Ceux qui l’ont gardé jusqu’à l’année suivante l’on vendu 3 ou 4 francs.

1831

de vivant n’ont vu si peu de récolte. Nous récoltâmes à peu près 4 pots de vin par œuvre, ou une bachollée par œuvre. A Louche, le vin se vendait 6,50 francs, toute l’année a diminué de prix.

1831-1832

Température de 1831-1832. Au commencement de septembre 1831 jusqu’au commencement de juin 1832, la terre ne s’est pas abreuvée de 2 pouces, mais au commencement de juin, la terre s’abreuva d’environ 8 à 10 pouces, du mois de juin jusqu’au mois d’octobre. Au commencement d’octobre la terre s’abreuva d’environ 4 à 5 pouces. Le ban des vendanges est au 15 octobre ; les vendanges sont moyennes, mais de bonne qualité.
[rajouté plus tard :] Nous n’avons pas fait la qualité que nous prétendions, qui est assez médiocre. Pas beaucoup de requêtes au commencement.

1832

L’année de la sécheresse.
Cette année nous eûmes 3 petites pluies, la première au commencement de juin, la seconde au milieu d’août, la troisième au mois d’octobre. Malgré la sécheresse nous eûmes beaucoup de seigles, beaucoup de froment, mais que toutes les semences de mars ont manqué moyennement ; un vin de médiocre qualité. Les prix : 2,50 francs.

1833

L’an 1833 : le printemps a été sec, les vignes ont boutonné au 15 avril. Les vignes avaient passé fleur à la Saint-Jean. On prétendait grosse qualité de vin, mais la mauvaise température du temps nous a causé une légère qualité. Juillet : nous avons gelé, puis la grêle et la brande [2] ont fournie mauvaise récolte. L’hiver a fait ni froid ni neige et on voyait la fleur de l’amandier puis l’abricotier bien commencé au 15 décembre 1833. Prix du vin : 1,50 franc.

1835

Une année de catastrophe.
Le lendemain du 16 juillet de l’an 1835, occasionné par un tonnerre que la pluie a duré autour d’une demi-heure, l’eau est toute venue de Boisséjour, a démembré tous les arbres le long du ruisseau [l’Artière] et en a formé une barricade de 15 pieds de hauteur ; l’eau était dans le rivage. A la chapelle Saint-Pierre [de Beaumont] il y avait 3 pieds d’eau qui ont renversé les murs du grand verger. Les anciens de la commune ont preuve que la pareille pluie est arrivée depuis 70 ans dans la même situation. [3]
Le même, encore plus lugubre, à Royat ; l’eau a démembré tous les moulins le long du ruisseau [la Tiretaine] et a perdu même une douzaine de personnes ; 5 à 6 moulins détruits jusqu’au fondement.
Tout ce qui s’y trouvait, le monde, les chevaux, les voitures, les sacs, tous ces débris formaient des barrières avec des arbres les uns sur les autres de plus de 15 pieds de hauteur ; toutes les maisons de Chamalières étaient pleines d’eau de 4 pieds au 1er ; les caves, tout était plein.
Le 25 juillet il a fait une tempête qui a tombé de la grêle de la grosseur du poing, qui a brisé les vitres et massacré tous les couverts. Les tuiles se sont vendues jusqu’à 20 francs le cent ; une seconde fois l’eau a été encore plus fort.

1840

Température de 1840.
L’hiver a fait aucun froid excepté le commencement de janvier a fait 5 à 6 jours de froid un peu rapide. Au reste, un temps doux et des vents chauds. Le 2 février il a fait une pluie douce, neigeante en montagne. Le 20 février et tout le commencement de mars il a fait un temps serein la nuit et le jour. Il a gelé rapidement. A la fin d’avril il a fait un temps extrêmement beau ; les vignes ont boutonné et la feuille dans 4 à 5 ou 6 jours, ensuite ont fleuri. Au commencement de juillet il a fait des fraîcheurs.

© - Cercle généalogique et historique d’Aubière – Marie-José Chapeau (Archives privées).


[1] - Note de l’auteur : Je n’ai trouvé nulle part de cycle solaire de 8 jours. D’où l’auteur de ces Prophéties tenait-il ces renseignements ?
[2] - Brande : Dans le Puy-de-Dôme, maladie de la vigne qui apparaît en août-septembre, par vent froid qui dessèche et arrête la végétation. Les feuilles rougissent, se dessèchent et tombent (Dictionnaire du monde rural, Marcel Larchiver).
[3] - Note de l’auteur : Allusion à la crue de l’Artière du 22 septembre 1764 qui, suite à un orage, fit des dégâts considérables et des victimes, notamment à Aubière.