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jeudi 2 mai 2013

Les fours à chaux à Aubière



La chaux est utilisée depuis fort longtemps. Les monuments romains en sont un exemple et, probablement, elle s’est retrouvée en Auvergne au moment de la conquête romaine.
Les anciennes maisons d’Aubière, étaient bâties avec des moellons, souvent d’origine volcanique, liés entre eux par un mélange de chaux et de sable, ce que l’on retrouve sous le crépissage des bâtiments actuels.
La chaux est obtenue par la calcination du calcaire Ca CO 3 qui produit du gaz carbonique et de la chaux vive, Ca CO 3àCa O + C O². Pour être utilisable, cette dernière doit être « éteinte » par hydratation et on obtient Ca (O H)2. Mélangée à du sable, elle constitue un mortier qui augmente de volume en se solidifiant, et assure un lien très solide entre les moellons.
Même si ce matériau est utilisé, depuis longtemps à Aubière, on ne trouve pas de traces très anciennes de cette technique de fabrication ni de trace de four ou de carrière de calcaire. Cependant, dans certains actes notariés apparaissent des « chaufourniers », spécialistes de cette fabrication, comme Martin Tisserange, répertorié en 1773 et 1775.

Four à chaux à Romagnat chez Rouchon
 
D’après Lucien GACHON, il est probable qu’à cette époque, lorsqu‘on avait besoin de chaux, nos ancêtres entassaient du calcaire et du bois et la produisaient à la demande, mais ils n’éprouvaient pas le besoin de bâtir un four permanent.
Il y a suffisamment de calcaire à Aubière pour que ces carrières provisoires n’aient laissé aucune trace.
On pourrait pourtant penser qu’à Aubière il puisse y avoir un lien entre les carrières de calcaire et les cavités qui ont été creusées pour la construction des caves, mais une étude systématique de 400 actes notariés portant sur l’achat et le creusement de caves, s ‘échelonnant de 1656 à 1850, ne permet pas d’établir un lien entre les deux. On sait que le propriétaire d’une cave n’était pas toujours celui du terrain en surface, et très souvent, il était stipulé que les déblais évacués devaient être répandus sur la surface de la parcelle. Il n’est nulle part question d’anciennes carrières ou de l’utilisation de ces matériaux.
Les coteaux de la Limagne sont souvent constitués de marnes forte teneur en calcaire, protégées de l’érosion par une couche de lave ou de débris volcaniques, permettant l’extraction facile de ces pierres.
Dans les communes voisines, il en était de même, sauf à Romagnat où des traces de ces anciens fours ont été repérées. Toutefois les lieux-dits ont souvent gardé le souvenir de cette exploitation. Comment expliquer autrement le nom de ‘Lachaux’, donné au faubourg de Clermont, dominant Aubière, où l’on trouve une rue ‘du creux de Lachaux’. Vers le quartier Saint-Eutrope, il existe une rue ’des chaufours’ ; il en est ainsi un peu partout sur les coteaux de la Limagne. On trouve des mentions similaires dans les communes environnantes.
Le XIXème siècle a été une ère de prospérité sans précédent pour les vignerons de la région ; elle s’est accompagnée de beaucoup de constructions nouvelles. Ce fut aussi une période d’industrialisation et les artisans chaufourniers éprouvèrent le besoin d’installer des fabriques de chaux permanentes, à côté des gisements de calcaire. C’est ainsi que l’on a vu, dans tous ces villages la construction de fours plus élaborés et plus fonctionnels, avec une entrée par le haut, appelée gueulard, où l’on introduisait le calcaire et le charbon, et une ouverture vers le bas, servant de système d’aération, en fournissant l’oxygène nécessaire à la combustion. La chaux vive ainsi produite se récoltait à la base du four et était hydratée pour obtenir la chaux éteinte et livrée à la clientèle.
Ces installations eurent lieu d’abord à Cournon, Romagnat, La Roche- Blanche. C’est ainsi qu’en 1852, lorsqu’on envisagea de rebâtir l’église d’Aubière, le cahier des charges stipule : ‘les moellons employés pour la maçonnerie des murs seront des matériaux en provenance de la démolition de l’ancienne église ou des bâtiments particuliers acquis par la Commune pour cet agrandissement, et la chaux sera prise à Cournon et devra être de bonne qualité ; le sable ne sera pas mélangé de terre’.
La Roche Blanche, Cournon et surtout Romagnat bâtirent des fours industriels dès le second Empire. Ils contribuèrent à la prospérité de ces villages. Des sociétés se formèrent : Cournol et Lèbre à Romagnat ; Sabatier, Mme Rigaud-Bonsans à La Roche Blanche. Aubière ne devait pas tarder à suivre cet exemple. Il ne faut pas oublier qu’au XIXème siècle, avant 1873, notre Commune englobait Pérignat-lès-Sarliève ; et c’est ici que tout a commencé. Le 22 mai 1846, le notaire, Me Foulhouze, établit un bail à ferme entre Mr Antoine Fleury, propriétaire au Petit-Pérignat, qui délaisse à François Raymond et Ligière Cristal, sa femme, -le dit Raymond, de l’état de chaufournier- habitant le même lieu. Mr Fleury leur donne le droit d’extraire de la pierre calcaire dans sa vigne, à la Croix-Saint-Michel, et d’y faire construire un seul four à chaux.
A cette occasion, on s’aperçoit que ce four ne fut pas le premier construit puisque « M. Fleury jouit actuellement de deux fours à chaux, appartenant aux héritiers de Mr de Pérignat et situés à peu de distance de la dite vigne ».
Le 15 mai 1847, le maire d’Aubière, Mr Noëllet, reçoit l’autorisation par la Préfecture du Puy-de-Dôme d’édifier un four à chaux au même lieu-dit La Croix-Saint-Michel, au bord de la Route Royale N°9, après une enquête de commodo et incommodo, auprès des habitants de la Commune.
Puis plus rien jusqu’au 16 décembre 1853 où le Préfet du Puy-de-Dôme, annonce au maire d’Aubière que le sieur Etienne Brun, habitant à Romagnat, a demandé l’autorisation d’établir un four à chaux au lieu  de La Croix-Saint-Michel, sur la route nationale n°9, entre les bornes kilométriques n°6 et 7 de la Commune d’Aubière, et Mr le Préfet demande au préalable de son autorisation, une enquête commodo et incommodo auprès de la population locale.
Le 28 mai 1854, le Préfet donne son autorisation, à la suite de l’enquête et elle définit les conditions d’exploitation.

J’ai aussi en ma possession un document de 1848, demandant à un maire (d’Aubière ou d’ailleurs) de dresser un procès-verbal parce que l’on avait trouvé un inconnu asphyxié dans un four à chaux et d’essayer de comprendre s’il s’agit d’une imprudence ou d’un suicide.
En ce qui concerne la ville d’Aubière, une demande adressée au maire d’Aubière d’autorisation de construire un four à chaux à Malmouche, par Mr Joseph Richard, fabricant de chaux, demeurant à La Pradelle, commune de Clermont, est datée du 5 janvier 1911.
Après quelques années de prospérité l’industrie de la chaux fut fortement concurrencée par les cimenteries et disparut petit à petit. Les fours d’abord achetés par la société Charles Boulard, puis par la Société des Ciments Vicat. Les fours s’éteignirent peu à peu.
En ce qui concerne le four d’Aubière, tous les Aubiérois se souviennent de l’avoir vu fonctionner jusque vers 1970, puis il fut laissé à l’abandon, et, avant la construction du quartier de Malmouche, les passants, sur la route nationale 9, ont pu voir, sur la colline, la coupe d’un four à chaux. Malheureusement, je ne possède aucune photographie de ces vestiges.

Références : Bulletin de l’Association du Site de Gergovie, n°29 - ‘’Les ressources du sous-sol’’, ‘’Les fours à chaux’’ - pages 71 à 83.
- Romagnat au fil du temps : ‘’Les fours à chaux’’ pages 263 à 268.
- Archives communales d'Aubière.

© Cercle généalogique et historique d’Aubière (Marie-José Chapeau)


mardi 30 avril 2013

Journal économique de Jean-Baptiste André - 59



1790-1842

Toutes les semaines retrouvez ce document inédit exceptionnel
Le Journal économique du fils du dernier seigneur d’Aubière

Épisode 59
Juillet 1797


Juillet 1797
[Page 62]

Prix des denrées : froment 20£ ; seigle 14£ ; orge 10£ ; vin 9£

1- J’ai vendu au nommé Doyen, charron à Aubière, huit ormeaux à prendre le long du verger de Noyers, à raison de 24£ la pièce. J’ai vendu de plus au nommé Imbert, charron à Cornon (1), six gros ormeaux que j’avais fait couper dans le bois pour faire des tirans de grange, plus autres trois moins forts, moyennant 306£. J’ai pris le parti de faire venir des tirans de sapin de quarante pieds de long un pied dans le même bout. On m’en a conduit huit à raison de vingt un pièce ; le prix de mes ormeaux s’est employé à les payer.

2- J’ai affermé de trois à six et de six à neuf à la veuve de Gilbert Oby (2) la maison du courtier touchant le fossé d’Aubière, moyennant la somme de 100£ à commencer au 25 mars 1799 par bail reçu Chassagne, notaire à Clermont.


3- J’ai fait faire cette année à Noyers plusieurs réparations. J’ai fait construire le four à neuf ; j’ai acheté pour cet objet trois cent briques à raison de 4£ le cent, deux douzaines de grands carreaux pour le pavé à raison de huit sols la pièce. On a employé pour le surplus les anciennes briques et les anciens carreaux. J’ai fait prendre à Durtol un tombereau de terre rouge et trois autres tombereaux au puy d’Ansay (3) territoire de Cornon, mais cette dernière n’est aussi bonne. J’ai fait aussi arrangé la porte dud. four. J’ai fait aussi détruire la charpente du cuvage qui est à côté, elle était entièrement pourrie à l’exception des tirans et des arbalétiers (4) qui ont demeuré comme ils étaient. J’ai employé les filières (5) et les sablières (6) qui étaient à Aubière dans le bâtiment de la caudale. J’ai employé des planches neuves pour une partie que j’avais achetées à Clermont à la foire d’aoust à raison de 4£ 10s la douzaine ; environ un quart a été fait aux dépens des vieilles planches de la caudale. Les murs de ce bâtiment étant fort mauvais, j’y ai fait faire beaucoup de reprises, mon intention étant d’y faire un grenier. J’y ai fait percer des fenêtres, savoir deux du côté de midy de trois pieds en quarré, et une du côté de bise sur la cour. Il devait en être percé une autre de ce même côté mais comme le poulailler embarrassait pour cela, j’ai fait différer de la faire percer. J’ai fait descendre d’environ un pied les poutres qui y étaient placées afin qu’il y ait dans le grainier par-dessus une hauteur suffisante ; comme il en manquait trois, j’ai fait placer trois pièces que j’ai prises à Aubière. Les bestiaux de mes fermiers m’ont conduit tous mes matériaux attendu qu’ils sont en retard pour me payer et que je leur ai donné du temps. La pierre de taille que j’ai employée, soit pour les fenêtres soit pour placer le long des murs pour empêcher de déborder la charpente soit pour faire des mo… [illisible] du four, a été prise à Aubière. Les bois y ont été pris pareillement soit pour la couverture soit pour les solivaux pour faire le plancher. J’ai employé le sable que j’avais fait tirer du ruisseau dans le printemps. J’ai employé pour cette réparation, y compris une brèche de mur que j’ai fait bâtir le long du jardin, et une porte que j’y ai fait percer sur la cour, et quelques autres menues réparations, 60 septiers de chaux.


Annotations de Pierre Bourcheix :
(1) – Cornon : lire Cournon.
(2) – La veuve de Gilbert Oby : il s’agit d’Élisabeth Bourcheix. Gilbert Oby était courtier de son vivant.
(3) – Puy d’Ansay : il s’git du puy d’Anzelle à Cournon.
(4) – Arbalétiers : Lire arbalétriers, pièces de bois obliques soutenant les rampants du toit et éléments essentiels, avec le poinçon et l’entrait, d’une ferme de comble.
(5) – Filières : petites pièces de bois sur lesquelles portent les chevrons, dans les couvertures des bâtiments.
(6) – Sablières : pièces de bois placées longitudinalement, sur lesquelles reposent soit les chevrons de la charpente, soit le pied d’étai.



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